Accusés d'"ambition impériale", les Émirats répondent dans le Financial Times

Une lettre officielle des Émirats arabes unis a paru lundi 17 août dans le Financial Times. Signée par Afra al-Hameli, directrice de la communication stratégique du ministère émirati des Affaires étrangères, elle constitue une réponse directe à une série d’enquêtes du journal britannique sur l’expansion émiratie en Afrique.

Une enquête qui vise un réseau tentaculaire

Le quotidien avait publié le 4 août un premier volet documentant ce qu’il qualifiait d’« assaut impérial » d’Abou Dhabi sur le continent africain. Un second article, signé par les journalistes Katharine Houreld et Justin Lynch et paru autour du 15 août, détaillait le rôle d’une société de sécurité basée aux Émirats, la Global Security Services Group, dans le recrutement d’environ 2 000 mercenaires colombiens envoyés combattre aux côtés des Forces de soutien rapide au Soudan. Ces combattants auraient transité par des bases militaires émiraties avant d’être déployés à Nyala et à El-Fasher, ville tombée sous contrôle paramilitaire en octobre 2025 dans des circonstances jugées meurtrières par les Nations unies. Le même travail journalistique évoquait des lingots d’or dérobés à la raffinerie publique de Khartoum, retrouvés sur le sol émirati pour une valeur dépassant les 100 millions de dollars.

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Le contenu de la réponse émiratie

Afra al-Hameli reconnaît la « déception » d’Abou Dhabi face au traitement réservé à ses partenariats africains. Elle juge « profondément condescendant » de présenter des accords négociés avec des gouvernements souverains comme la preuve d’une ambition de domination. Selon elle, ce narratif reposerait sur une vision dépassée qui réduirait les États africains à de simples récepteurs passifs d’influence étrangère, incapables d’identifier eux-mêmes leurs intérêts. La responsable met en avant six décennies de relations qu’elle décrit comme fondées sur l’amitié et le respect mutuel, sans revenir sur les éléments factuels précis soulevés par l’enquête, ni le réseau de mercenaires, ni le trafic d’or.

Une réaction jugée insuffisante par certains observateurs

Cameron Hudson, ancien responsable du renseignement américain spécialiste du continent africain, a estimé sur le réseau social X que l’argumentaire émirati souffrait d’une faille logique. Il soutient que des investissements mutuellement profitables et des ambitions stratégiques de contrôle politique peuvent coexister sans se contredire. Les Émirats avaient déjà rejeté par le passé toute implication militaire directe au Soudan, pays sous embargo international sur les livraisons d’armes depuis le début du conflit en avril 2023, qui a fait plus de 40 000 morts selon les estimations disponibles et déplacé environ 12 millions de personnes.

La publication de cette lettre reste rare dans les pratiques diplomatiques d’Abou Dhabi, peu habitué à répondre publiquement à des accusations médiatiques concernant sa politique africaine.

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