Quarante-quatre professionnels des médias burkinabè ont suivi cinq jours d’entraînement militaire à l’Académie de police de Pabré, près de Ouagadougou, du 9 au 14 août 2026. Le ministère de la Sécurité a annoncé que ce dispositif, baptisé « immersion patriotique », deviendrait une obligation annuelle pour les médias publics et privés du pays.
Un stage entre maniement d’armes et déontologie
Pendant leur séjour à Pabré, les journalistes ont troqué micros et carnets contre treillis et rangers. Le programme comprenait l’école du soldat, le secourisme tactique et une initiation au maniement des armes, encadrée par des instructeurs de la Police nationale. La session s’est achevée le 14 août par des exercices pratiques sur un champ de tir.
Le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, représentant le ministre de la Sécurité, a présenté ce stage comme un moyen de renforcer la compréhension du terrain sécuritaire par les journalistes, estimant que le combat contre les groupes armés se joue aussi sur le terrain de l’information et du récit qui en est fait. Le ministre de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a de son côté déclaré qu’un journaliste professionnel mais dépourvu de patriotisme représenterait une menace pour son pays.
Une obligation qui s’étend à plusieurs catégories de citoyens
Le dispositif ne concerne pas uniquement la presse. Depuis juillet 2025, les élèves admis au baccalauréat doivent également suivre une immersion patriotique d’un mois, articulée autour de l’histoire nationale, des valeurs civiques et de la vie communautaire. Une première promotion de 337 bacheliers est sortie du camp Liptako de Dori en septembre 2025. Selon le ministère de la Sécurité, la formation destinée aux médias a vocation à s’élargir à d’autres corps professionnels dans les années à venir.
Burkina Faso est confronté depuis 2015 à des violences jihadistes qui ont fait des milliers de morts et déplacé plus de deux millions de personnes selon les Nations unies, l’un des taux de déplacement interne les plus élevés au monde rapportés à la population du pays. Les autorités de transition, en place depuis 2022, ont suspendu plusieurs médias nationaux et étrangers ces dernières années, invoquant des raisons de sécurité nationale.
Des inquiétudes exprimées par des organisations de défense de la presse
L’organisation Reporters sans frontières a réagi à l’annonce de la pérennisation du dispositif. Son directeur pour l’Afrique subsaharienne, Sadibou Marong, a estimé que cette initiative pourrait constituer un signal préoccupant pour la liberté de la presse, ajoutant que les journalistes ne devraient pas être transformés en relais de l’effort de guerre, en uniforme et armes à la main.
Des organisations de défense des droits humains affirment par ailleurs que des dizaines de journalistes critiques envers les autorités auraient été enrôlés de force ces dernières années pour combattre les groupes jihadistes, sans que ces allégations aient pu être vérifiées de façon indépendante.
Le délégué des stagiaires de la promotion 2026, Da Sié, journaliste à WebActu, a pour sa part salué l’initiative, jugeant utile pour les professionnels des médias de mieux connaître les méthodes de travail des forces de sécurité dans le contexte actuel.
