Cinq colonels camerounais ont été promus généraux de brigade par décret présidentiel, alors que Paul Biya n’est pas rentré au pays depuis 58 jours. Le chef de l’État, 93 ans, avait quitté Yaoundé le 7 juin 2026 pour un séjour privé initialement annoncé comme bref en Europe.
Une garde présidentielle placée sous un nouveau grade
Les décrets, publiés en pleine absence physique du président, touchent au dispositif sécuritaire le plus sensible du pays. Le général Raymond Jean Charles Beko’o Abondo, à la tête de la garde présidentielle depuis treize ans, a été promu général de brigade tout en conservant son commandement. Depuis la création de cette unité d’élite en 1985, aucun officier de ce rade n’avait jusqu’ici occupé ce poste.
Six nouveaux commandants territoriaux ont par ailleurs été désignés dans quatre des cinq régions militaires interarmées du pays, couvrant le Centre, siège des institutions, le Littoral, le Sud-Ouest anglophone et l’Extrême-Nord, où l’armée camerounaise combat le groupe Boko Haram. Le général de division Ebaka Hippolyte a également été nommé major général de l’état-major des armées, remplaçant son prédécesseur admis en deuxième section fin juillet.
Une question de légitimité qui divise
Un colonel à la retraite, sous couvert d’anonymat, résume le malaise ambiant : « personne ne peut procéder à de telles nominations au sein de l’armée hormis le chef de l’État ». La question de savoir qui a réellement validé ces décisions reste sans réponse officielle, le porte-parole du gouvernement n’ayant pas répondu aux sollicitations de la presse.
Du côté de l’opposition, le vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Mamadou Mota, dénonce ce qu’il qualifie de « vide institutionnel flagrant ». Son parti réclame des preuves tangibles que le président exerce encore réellement ses fonctions, alors qu’un nouveau gouvernement est annoncé depuis fin décembre 2025 sans jamais avoir été formé.
Un mécanisme de succession resté lettre morte
Le Parlement camerounais avait pourtant tenté d’anticiper ce type de situation. Le 14 avril 2026, une révision constitutionnelle a réintroduit le poste de vice-président, censé garantir une transition automatique en cas de vacance du pouvoir. Quatre mois plus tard, ce poste demeure vacant, laissant le mécanisme de succession inopérant au moment précis où il pourrait s’avérer utile.
Ce type de remaniement n’est pas isolé dans l’histoire du régime : Paul Biya, à la tête du Cameroun depuis 1982, a déjà procédé à plusieurs réorganisations de la hiérarchie militaire lors de périodes de forte pression politique ou de doutes sur sa capacité à gouverner. La durée actuelle de son absence, près de deux mois, figure parmi les plus longues depuis son arrivée au pouvoir, dans un contexte où aucune image ni déclaration présidentielle n’a été diffusée depuis début juin.
