L’opposant Issa Tchiroma Bakary a annoncé, ce 12 août 2026, un retour « imminent » au Cameroun, alors que Paul Biya reste absent du pays depuis plus de deux mois. Le communiqué de son équipe de communication ne fixe cependant aucune date précise.
Une annonce qui fait suite à plusieurs messages publics
Cette nouvelle sortie traduit une série de messages récents de l’opposant, qui revendique la victoire de la présidentielle d’octobre 2025. Le texte y fait explicitement référence, évoquant « ses messages adressés à la Nation Camerounaise, à la Diaspora et aux Forces de Défense et de Sécurité », au cours desquels plusieurs dates de retour avaient déjà circulé. Son équipe dénonce à ce sujet des informations « délibérément hasardeuses voire malveillantes » relayées sur les réseaux sociaux.
Tchiroma Bakary affirme avoir multiplié, depuis l’étranger, les échanges avec des interlocuteurs camerounais et internationaux portant sur « le dispositif pratique de son retour ». Son entourage appelle les Camerounais, au pays comme dans la diaspora, à se tenir prêts à accueillir celui qu’il présente comme le choix du peuple.
Une contestation de légitimité entretenue depuis octobre 2025
Le communiqué justifie l’urgence de ce retour par ce qu’il présente comme un vide institutionnel persistant depuis le 12 octobre 2025, date de l’élection présidentielle. Tchiroma Bakary s’était présenté face à Biya lors de ce scrutin, remporté officiellement par ce dernier avec 53,66 % des suffrages selon le Conseil constitutionnel, qui l’a investi le 6 novembre pour un huitième mandat de sept ans. L’opposant conteste ce résultat depuis et se désigne comme président élu, revendiquant de son côté 72 % des suffrages.
Peu après la proclamation des résultats, l’ancien ministre a quitté le Cameroun dans des circonstances qu’il a lui-même qualifiées de mouvementées, échappant selon plusieurs sources à des tentatives d’arrestation à son domicile de Garoua. Il s’est d’abord réfugié début novembre 2025 à Yola, au Nigeria, avant de rejoindre la Gambie le 7 novembre, où les autorités locales ont annoncé l’avoir accueilli pour des raisons humanitaires. Depuis Banjul, Tchiroma Bakary multiplie les messages à la Nation, à l’armée et à la diaspora, et a également déposé en juin 2026 deux plaintes à Paris contre des responsables camerounais, dont Paul Biya, portant sur la répression des manifestations post-électorales.
Biya absent du pays depuis le 7 juin
Cette annonce intervient alors que le chef de l’État camerounais reste hors du territoire national depuis plus de deux mois. Paul Biya, 93 ans, a quitté Yaoundé le 7 juin 2026 avec son épouse Chantal Biya pour un séjour présenté par la présidence comme privé. Plusieurs médias, dont Jeune Afrique, situent le président dans une clinique de Genève, en Suisse, où une partie de sa famille l’aurait rejoint.
Aucune apparition publique, aucune image récente et aucun bulletin médical n’ont été diffusés depuis son départ. Le député d’opposition Jean-Michel Nintcheu a saisi le Conseil constitutionnel pour faire constater la vacance du pouvoir, une démarche rejetée par le parti présidentiel, qui affirme que Biya continue de diriger le pays depuis l’étranger. Le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi a indiqué à RFI ne pas connaître la date du retour présidentiel, tout en assurant qu’il aurait lieu prochainement.
Cette absence égale un précédent déjà observé à l’automne 2024, lorsque le chef de l’État était resté 49 jours hors du Cameroun, entre un voyage officiel en Chine et des soins médicaux en Suisse, avant de regagner Yaoundé le 21 octobre de cette année-là. C’est dans ce cadre de double incertitude, sur la localisation du président sortant et sur le calendrier de retour de son opposant, que la scène politique camerounaise entre dans une nouvelle phase d’attente.
