Centrafrique : l'ambassadeur français qui recevait «beaucoup de visiteuses» embarrasse le Quai d'Orsay

Bangui, capitale de la Centrafrique, a vu défiler des dizaines de jeunes femmes dans la résidence de son ambassadeur français entre janvier 2024 et mars deux mille vingt-six. Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé mardi 11 août l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre le diplomate concerné, Bruno Foucher.

Une faille de sécurité signalée par les services de protection

Les visites répétées de ces jeunes femmes dans les appartements privés de la résidence auraient fini par alerter les services chargés de la protection du site, selon les informations révélées par Le Canard enchaîné. L’hebdomadaire, qui affirme avoir consulté le rapport d’inspection, évoque environ quinze visites mensuelles sur la période concernée. Une de ces femmes aurait même reçu l’autorisation, sur instruction de l’ambassadeur, de séjourner sur place en son absence.

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Alertée par ce signalement, l’administration a diligenté une enquête à Bangui en avril. Le ministère indique avoir lancé une mission d’inspection sur place avant d’engager, sur demande du ministre, la procédure disciplinaire. C’est sur la base des conclusions de cette mission que la procédure a ensuite été ouverte.

Interrogé à deux reprises dans le cadre de l’enquête, l’ambassadeur aurait reconnu avoir eu des relations sexuelles avec deux de ces jeunes femmes, toujours selon l’hebdomadaire satirique. Le Quai d’Orsay n’a pour sa part précisé ni la nature exacte des griefs retenus contre le diplomate, ni les suites qui pourraient être données au dossier.

Un poste sensible dans un pays sous influence russe

Bruno Foucher, né en 1960, occupe le poste d’ambassadeur en République centrafricaine après une carrière diplomatique passée notamment par le Tchad, l’Iran et le Liban. La sensibilité de son affectation actuelle tient à la présence durable de mercenaires russes dans le pays, chargés depuis plusieurs années d’assurer la sécurité du président Faustin-Archange Touadéra.

Cette dimension sécuritaire renforce le poids de l’affaire : une résidence diplomatique fréquentée par des dizaines de visiteurs extérieurs constitue, dans ce contexte, un risque potentiel de renseignement pour des services adverses. La procédure intervient alors que Paris tente de reconstruire sa relation avec Bangui, deux ans après une feuille de route signée en avril 2024 entre les deux présidents. En mars dernier, le ministre Jean-Noël Barrot s’était rendu dans la capitale centrafricaine, première visite ministérielle française depuis 2018.

Des sanctions graduées, du blâme à la révocation

Le régime disciplinaire des agents diplomatiques prévoit un éventail de sanctions graduées, pouvant aller d’un simple avertissement jusqu’à une exclusion définitive de la fonction publique, en passant par une mise à la retraite anticipée. L’issue de la procédure déterminera si le diplomate conserve son poste à Bangui ou fait l’objet d’une mesure plus lourde.

Les relations franco-centrafricaines s’étaient nettement dégradées après 2018, avant un rapprochement progressif engagé depuis 2024, marqué notamment par la reprise des appuis budgétaires français à Bangui, en novembre 2024 puis en octobre 2025.

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