Plus de soixante-dix personnes sont mortes entre le 30 et le 31 juillet 2026 lors du franchissement massif de la frontière entre le Maroc et Ceuta, exclave espagnole d’Afrique du Nord. Entre 50 000 et 60 000 personnes ont traversé en quelques heures, un afflux déclenché par une rumeur virale diffusée sur les réseaux sociaux.
L’ancien commissaire européen Thierry Breton a publié le 4 août une tribune sur Le Grand Continent, dans laquelle il qualifie l’événement de première attaque hybride algorithmique de grande ampleur contre une frontière extérieure de l’Union européenne.
Une rumeur virale à l’origine du chaos
Selon les informations rassemblées, une interprétation déformée d’un arrêt du Tribunal suprême espagnol aurait circulé dès fin juillet, laissant croire que la nage garantirait une régularisation. Une rumeur horodatée annonçait une ouverture de la frontière à 22 heures. Dès le 27 juillet, plus de 20 000 personnes auraient rejoint la page Facebook « Hraga Ceuta », relais principal de contenus pratiques destinés aux candidats au passage — avant que TikTok, WhatsApp et Instagram ne prennent le relais de la diffusion.
Thierry Breton souligne l’absence totale de données publiques sur la diffusion de ces contenus : « nous ne savons rien des métriques de circulation », écrit-il. Aucune plateforme n’aurait communiqué de chiffres, ni fait l’objet d’une demande formelle d’accès à ses données.
À titre de comparaison, une « ruée TikTok » similaire s’était produite en septembre 2024, précédée d’une vidéo vue 500 000 fois. Elle avait mobilisé quelques milliers de candidats au passage, contre dix fois plus fin juillet 2026 — un écart que l’ancien commissaire juge inexpliqué à ce jour.
Le règlement européen sur les services numériques pointé du doigt
Dans son texte, Thierry Breton avance que le règlement européen sur les services numériques (DSA), entré en application en 2023, aurait pu rendre la manipulation « traçable, contestable, et coûteuse pour ses initiateurs », sans pour autant empêcher les départs. Il cite plusieurs dispositions du texte : l’évaluation des risques systémiques, l’atténuation de la portée des contenus trompeurs, ou encore un mécanisme de réponse aux crises activable par la Commission européenne.
L’auteur appelle également à l’activation du règlement du Pacte migratoire européen, entré en pleine application le 12 juin 2026, qui prévoit un mécanisme de solidarité obligatoire entre États membres en cas d’instrumentalisation migratoire par un acteur hostile.
Un contexte de tensions diplomatiques
La crise survient alors que l’administration de Donald Trump aurait émis plusieurs signaux hostiles visant Ceuta et Melilla, selon des informations relayées par la presse espagnole. Un rapport du Comité des crédits de la Chambre des représentants américaine, publié fin avril 2026, aurait par ailleurs évoqué ces deux exclaves.
L’Union européenne verse au Maroc environ 500 millions d’euros au titre de la coopération migratoire pour la période 2021-2027, dont 152 millions d’euros signés en 2023. La région marocaine de Fnideq, particulièrement touchée par le chômage des jeunes, souffre de la fermeture du commerce transfrontalier avec Ceuta depuis octobre 2019.
Le précédent épisode comparable remonte à juin 2022 à Melilla, où environ 2 000 migrants avaient tenté de franchir la barrière frontalière, faisant 37 morts selon les ONG. Vingt-deux pays, dont la Hongrie, ont adressé le 1er août une lettre ouverte à la Commission européenne exprimant leur inquiétude face à la situation.
