Une médiation algérienne dans la crise malienne a été réclamée le 3 août par une députée française. Dans une question écrite au ministre des Affaires étrangères, Sophia Chikirou, élue du parti La France insoumise, demande au gouvernement de soutenir un processus politique placé sous la responsabilité d’Alger.
Selon elle, l’Algérie dispose de tous les atouts pour devenir le principal médiateur entre Bamako et les groupes armés présents sur le territoire malien. Sa position frontalière, ses liens anciens avec les différentes composantes maliennes et son statut de garant de l’Accord d’Alger de 2015 justifieraient ce rôle, argumente la députée. Elle réclame par ailleurs des précisions sur la teneur des échanges entre Paris et Alger au sujet du dossier malien, s’adressant directement au ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.
Une relation franco-malienne que la députée juge en échec
C’est à l’aune de cette relation dégradée que Sophia Chikirou construit son argumentaire. Les liens entre le Mali et la France se sont détériorés en cascade depuis le coup d’État militaire d’août 2020 : l’ambassadeur français Joël Meyer a été expulsé de Bamako en janvier 2022, avant que Bamako n’exige le départ des forces Barkhane et Takuba le mois suivant, sous l’autorité d’Assimi Goïta. Le français a ensuite perdu son statut de langue officielle en 2023. En septembre 2025, Paris a suspendu sa coopération antiterroriste avec Bamako après l’arrestation d’un diplomate français dans la capitale malienne. Fin avril 2026, les autorités françaises ont recommandé à leurs ressortissants de quitter temporairement le pays, avant qu’Air France ne ferme sa représentation locale fin juin.
Pour la députée, cet enchaînement découle directement de l’engagement militaire français au Sahel. Elle estime que les opérations Serval et Barkhane, lancées à partir de 2013, se sont soldées par un échec politique et militaire, qui aurait selon elle accéléré la dégradation régionale plutôt que de l’enrayer.
Un rapprochement algéro-malien que Chikirou entend consolider
C’est cette situation régionale, en apparence plus favorable, que la députée invoque pour justifier son appel. L’Algérie et le Mali ont rouvert leurs espaces aériens respectifs et réinstallé leurs ambassadeurs le 10 juillet 2026, mettant fin à quinze mois de rupture consécutive à la destruction d’un drone de reconnaissance malien près de Tin Zaouatine, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025. Alger affirmait que l’appareil avait pénétré son espace aérien sur deux kilomètres, une version toujours contestée par Bamako. La crise avait entraîné le retrait du Mali du Comité d’état-major opérationnel conjoint, structure de coopération sécuritaire créée en 2010 avec l’Algérie, la Mauritanie et le Niger.
Le 2 mai 2026, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait proposé une médiation de son pays si Bamako en formulait la demande. Fin avril, le chef de la diplomatie algérienne Ahmed Attaf avait de son côté réaffirmé le soutien d’Alger à l’unité territoriale du Mali — deux signaux que Sophia Chikirou considère comme une fenêtre à exploiter par Paris.
Le format d’une médiation que la députée laisse ouvert
Sophia Chikirou évoque la possibilité de contacts indirects avec certaines composantes des groupes armés, sous réserve que l’Algérie parvienne à rétablir un climat de confiance entre les parties. Elle insiste sur le fait que ce pays reste, à ses yeux, un acteur historique et incontournable du dossier malien, aux côtés du Niger et du Burkina Faso, qui ont eux aussi renoué avec Alger au premier semestre 2026. Aucune réponse officielle du Quai d’Orsay n’a pour l’heure été communiquée à la suite de cette interpellation.
