Espagne - Maroc : la crise de Ceuta expose le rapport de force entre Mohammed VI et Sánchez

Le roi Mohammed VI dispose d’un moyen de pression sur le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez : le contrôle des flux migratoires vers Ceuta et Melilla. C’est ce que révèle un article du Financial Times publié le 4 août 2026, à la suite de l’afflux massif de migrants observé fin juillet 2026 dans l’enclave espagnole de Ceuta.

Un afflux qui rebat les cartes entre les deux dirigeants

Le président de la ville autonome a évoqué jusqu’à 80 000 entrées en quelques heures, le 30 juillet, par la mer et par la frontière terrestre. Sánchez a qualifié l’épisode d’invasion et d’atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne, avant de se rendre sur place, où il a été accueilli par des huées, les habitants scandant que « Ceuta n’est pas à vendre ». Un jeune Marocain ayant traversé à la nage a confié aux journalistes s’être senti utilisé comme un pion, expliquant que l’expérience avait complètement changé son projet de rejoindre l’Europe.

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Selon le Financial Times, le roi marocain occupe une position de force que le chef du gouvernement espagnol ne peut ignorer : Madrid dépend de la coopération de Rabat pour limiter les départs vers Ceuta, Melilla et surtout les îles Canaries, principale porte d’entrée des arrivées irrégulières en Espagne. Le quotidien britannique rappelle un précédent montrant cette dépendance : en 2021, le Maroc avait déjà laissé passer environ 8 000 migrants en représailles à l’accueil par Madrid d’un dirigeant du Front Polisario, mouvement indépendantiste du Sahara occidental. Interrogé par l’Irish Times, Riccardo Fabiani, directeur Afrique du Nord de l’International Crisis Group, n’exclut pas un rôle officiel marocain dans l’épisode récent, pour faire passer un message à Sánchez.

Deux dirigeants que tout oppose ailleurs

Le différend territorial nourrit aussi le déséquilibre, relève le Financial Times. Le Maroc ne reconnaît pas la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla, passées sous la couronne d’Espagne au XVIe siècle et seules parcelles européennes sur le continent africain ; certains cercles marocains parlent encore de « Ceuta occupée », et la planification militaire espagnole envisage l’hypothèse d’une défense armée de ces territoires.

Sur la scène internationale aussi, note le quotidien britannique, Mohammed VI et Sánchez ont pris des chemins opposés. Le roi a cultivé une proximité affichée avec Donald Trump — Rabat a même annoncé cette semaine le baptême d’une autoroute traversant le Sahara occidental au nom du président américain. Sánchez, lui, s’est opposé à la guerre en Iran et refuse l’accès de Washington aux bases militaires de Rota et Morón, s’attirant l’hostilité de la droite américaine et israélienne. Toujours selon le Financial Times, le Premier ministre espagnol cherche par ailleurs à resserrer ses liens avec l’Algérie, rival régional du Maroc et fournisseur de gaz pour l’Espagne : il s’était rendu à Alger dix jours avant l’incident de Ceuta pour saluer une nouvelle phase des relations bilatérales.

Ce grand écart géopolitique n’empêche pas une interdépendance économique forte entre les deux royaumes voisins, souligne le journal. Bien que l’économie marocaine ne représente qu’un dixième de celle de l’Espagne, le réseau commercial qui lie les deux pays pousse Sánchez à ménager Mohammed VI, quitte à taire ses réserves sur la gestion marocaine de la frontière.

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