États-Unis ou Chine : Washington doute désormais de sa suprématie dans l'IA

L’écart technologique entre les modèles d’intelligence artificielle américains et chinois est tombé à quelques semaines seulement en juillet 2026, contre plusieurs mois auparavant. Ce resserrement, provoqué par l’arrivée de nouveaux modèles signés Moonshot AI et Alibaba, a surpris de nombreux responsables à Washington, selon le South China Morning Post.

Trois ans d’avance réduits à quelques semaines

Trois ans : c’est l’avance dont bénéficiaient les États-Unis après le lancement de ChatGPT par OpenAI fin 2022, renforcée par les premières restrictions américaines sur l’exportation de puces avancées vers la Chine, entrées en vigueur le même mois. Cette avance a fondu progressivement : ramenée à quelques mois avec DeepSeek R1 début 2025, puis à quelques semaines avec Kimi K3 de Moonshot et Qwen3.8 d’Alibaba. Un chercheur du Center for a New American Security a rapporté que certains analystes américains pensaient que Pékin renoncerait à sa stratégie de modèles à poids ouverts une fois un certain seuil stratégique franchi — un pari qui ne s’est pas vérifié malgré le niveau atteint par Kimi K3.

Washington doit trancher trois questions selon la même source : le niveau de contrôle à imposer sur l’accès aux modèles américains de pointe, la possibilité de restreindre les modèles chinois ouverts sur le territoire américain, et les leviers à activer pour pousser l’adoption des technologies américaines à l’étranger.

Rivalité ouverte entre Pékin et l’administration Trump

Le président Donald Trump a annoncé vouloir évoquer l’intelligence artificielle avec le président chinois Xi Jinping lors d’une visite prévue fin septembre aux États-Unis, rapporte CNBC. Le ministère chinois des Affaires étrangères s’est dit prêt à coopérer avec Washington sur ce dossier.

Les tensions se sont accentuées ces dernières semaines. Le conseiller technologique Michael Kratsios a accusé Moonshot d’avoir distillé un modèle d’Anthropic et d’avoir acquis des puces Nvidia sous embargo, selon Rest of World. Pékin a répliqué fin juillet en dénonçant une « hégémonie américaine sur l’intelligence artificielle », accusant à son tour des entreprises américaines d’avoir copié des modèles chinois, et a menacé de représailles commerciales.

Sur le terrain économique, plusieurs start-ups américaines construisent leurs produits directement à partir de modèles chinois, séduites par leur faible coût et leur ouverture, selon un investisseur basé à Boston cité par CNBC. Ce dernier recommande désormais aux entreprises de garder la possibilité de basculer entre plusieurs modèles plutôt que de dépendre d’un seul fournisseur. Sur OpenRouter, la principale plateforme de routage de modèles, la part de trafic captée par les modèles chinois à poids ouverts est passée de moins de 2 % fin 2024 à environ 61 % des usages parmi les modèles les plus utilisés en 2026, selon Lawfare.

Les États-Unis toujours en tête, mais l’écart se resserre

L’édition 2025 de l’AI Index de l’université Stanford plaçait encore les États-Unis en première position, en nombre comme en qualité de modèles développés, tout en notant le rattrapage rapide de la Chine sur ce dernier critère. Entendue au Sénat, la dirigeante d’AMD Lisa Su avait résumé l’enjeu ainsi : « Les États-Unis sont en tête aujourd’hui, mais c’est une course », selon Medill Northwestern.

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