La raffinerie d’Adrar, dans le sud-ouest de l’Algérie, a expédié vendredi 14 août son premier lot de kérosène vers le Niger. Cette cargaison de carburant d’aviation Jet A1 marque le début d’un contrat de vente conclu entre Sonatrach et la Société nigérienne des produits pétroliers, la Sonidep.
Un excédent de production algérien face à une pénurie régionale
La production annuelle algérienne de kérosène atteint 3,2 millions de tonnes, un volume presque double des besoins nationaux, estimés à 1,7 million de tonnes. Cet excédent permet à Alger d’exporter au moment où plusieurs compagnies aériennes africaines peinent à s’approvisionner. Ethiopian Airlines a supprimé plus de cent liaisons hebdomadaires, avec un manque à gagner chiffré à 137 millions de dollars en sept jours. Royal Air Maroc a de son côté gelé plusieurs liaisons vers l’Afrique et l’Europe. Selon Sonatrach, ces livraisons interviennent dans le cadre des orientations des hautes autorités du pays visant à renforcer les relations commerciales avec le Niger.
L’opération s’ajoute à d’autres accords conclus le même mois entre les deux pays. Le 13 août, la filiale de forage Enafor et l’entreprise nigérienne Sipex ont entamé l’exploration du puits Kafra Sud-Est 1, dans la région d’Agadez. Le lendemain, Sonatrach a chargé, depuis le terminal pétrolier de Sèmè au Bénin, la première cargaison de brut nigérien commercialisée conjointement avec la Sonidep.
Une rivalité d’influence avec le Maroc sur le terrain sahélien
Cette offensive énergétique algérienne intervient alors que le Maroc multiplie depuis 2023 les initiatives auprès des trois pays de l’Alliance des États du Sahel — le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Portée par le roi Mohammed VI depuis novembre de cette année-là, l’Initiative Atlantique propose à ces pays enclavés un accès à l’océan via les ports de Tanger Med et de Dakhla, reliés par un réseau routier et ferroviaire encore en construction. En avril 2025, les ministres des Affaires étrangères des trois pays sahéliens avaient réaffirmé à Rabat leur volonté d’accélérer sa mise en œuvre.
Un chercheur de l’Université des lettres et des sciences humaines de Bamako, cité par la Deutsche Welle, estime que cette stratégie marocaine viserait à redéfinir l’équilibre géopolitique du Sahel face à l’Algérie, qualifiée de principale adversaire de Rabat sur le dossier du Sahara occidental. Les banques marocaines et le groupe OCP poursuivent parallèlement leur implantation en Afrique de l’Ouest.
L’influence algérienne au Sahel, longtemps fondée sur la médiation diplomatique et le contrôle frontalier, s’est fragilisée après l’incident d’un drone malien abattu par l’armée algérienne en avril 2025, qui avait provoqué le rappel des ambassadeurs à Bamako, Niamey et Ouagadougou. Depuis le début de l’année 2026, Alger a multiplié les initiatives diplomatiques auprès du Niger et du Burkina Faso pour restaurer ses relations avec la région.
Le Niger diversifie aussi ses partenaires
Un jour après l’annonce de Sonatrach, le gouvernement nigérien a signé un accord distinct avec le groupe canadien Zimar pour la construction d’une raffinerie de 100 000 barils par jour à Dosso, un projet évalué à 1,9 milliard de dollars. Cette signature montre la volonté de Niamey de multiplier ses partenariats énergétiques, au-delà du seul contrat conclu avec l’Algérie.