Boris Nadezhdin vit désormais en France après avoir quitté la Russie fin juillet. Installé à Paris depuis le début du mois d’août, l’opposant russe affirme que le pouvoir de Vladimir Poutine traverse une période de désordre et que la guerre en Ukraine pourrait finir par contraindre le Kremlin à revoir sa stratégie.
Dans une interview accordée au journaliste allemand Artur Weigandt pour ntv.de, Nadezhdin revient sur l’évolution du système politique russe, l’état de l’opinion publique et les conséquences de la guerre.
Nadezhdin décrit un pouvoir désorganisé
L’ancien député estime que le fonctionnement des institutions russes s’est fortement dégradé. Selon lui, le système serait désormais marqué par « la panique et le chaos », avec des décisions prises en fonction des circonstances plutôt que selon une stratégie clairement définie.
Il cite comme illustration l’exclusion de Iabloko des prochaines élections législatives. À ses yeux, cette décision révèle les inquiétudes du pouvoir face à la progression des voix critiques. Nadezhdin estime aussi que l’influence exercée auprès de Poutine dépendrait de la proximité immédiate avec le président russe.
Cette lecture rejoint des propos qu’il avait déjà tenus au cours de l’été. En juillet, avant son départ, il avait accusé les autorités de vouloir empêcher sa candidature aux élections législatives et dénoncé une situation politique qu’il jugeait de plus en plus instable.
Une opinion publique devenue plus critique
Nadezhdin affirme également avoir observé une évolution de l’opinion russe au cours des derniers mois. Il dirigeait avant son départ un institut réalisant des enquêtes d’opinion dans la région de Moscou.
Selon lui, les difficultés économiques et les conséquences de la guerre alimenteraient une hausse de l’irritation dans la population. Il assure que les critiques ne se limiteraient plus à l’opposition et seraient également perceptibles parmi certaines personnes proches du pouvoir.
Cette analyse intervient alors que la Russie se prépare aux élections législatives prévues en septembre. Le parti Iabloko, qui se présente comme une formation d’opposition, a été écarté du scrutin après une décision de la Cour suprême rapportée par Le Monde le 10 août.
Une guerre que Nadezhdin juge lourde de conséquences
Pour Nadezhdin, Vladimir Poutine aurait commis une « erreur fatale » en lançant la guerre contre l’Ukraine. Il estime que le président russe reste convaincu de la nécessité de conserver le soutien d’une majorité de la population et qu’il ne peut durablement gouverner uniquement par la répression.
L’opposant avait déjà tenté de défier Poutine lors de la présidentielle russe de 2024. Sa candidature avait été rejetée par les autorités électorales, malgré une mobilisation importante autour de sa collecte de signatures, un épisode rappelé dans une interview récente accordée au Monde.
Son départ vers la France intervient après plusieurs semaines de pressions. Le ministère russe de la Justice l’avait inscrit sur la liste des « agents de l’étranger » le 10 juillet, avant son arrestation temporaire et l’ouverture d’une procédure liée à la diffusion présumée de symboles considérés comme extrémistes. Reuters a rapporté qu’il a annoncé son arrivée à Paris le 3 août, après avoir quitté la Russie.
Désormais installé en France, Nadezhdin poursuit donc ses prises de parole depuis l’étranger. Son départ transforme aussi son rôle : après avoir tenté d’agir dans le système politique russe, il intervient désormais depuis l’exil pour critiquer la conduite de la guerre et le fonctionnement du pouvoir.



