La Corée du Nord a engrangé jusqu’à 22 milliards de dollars de revenus étrangers entre 2022 et 2025, un montant record porté par ses livraisons d’armes à la Russie. Ce chiffre, révélé par une analyse de Bloomberg Economics le 6 août 2026, fondée sur des données commerciales gouvernementales et des renseignements croisés, représente près de quatre fois la somme accumulée durant les quatre années précédentes.
Une manne née de la guerre en Ukraine
Selon Bloomberg, le basculement s’est produit en 2022, avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, qui a ouvert à Kim Jong Un une source de revenus inattendue. Moscou, à court de munitions, s’est tourné vers Pyongyang pour ses stocks d’artillerie hérités de l’ère soviétique. Selon les services de renseignement ukrainiens, la Corée du Nord fournissait fin 2025 jusqu’à 50 % des besoins russes en obus de calibre 122 mm et 152 mm.
Kim Jong Un a complété ces livraisons d’armement par l’envoi de troupes : entre 16 000 et 22 000 soldats nord-coréens auraient été déployés aux côtés des forces russes, rémunérés environ 2 000 dollars par mois chacun, selon des estimations sud-coréennes citées par Bloomberg. En échange, Pyongyang aurait reçu des devises, de l’aide alimentaire et des transferts de technologies militaires avancées plutôt que des versements bancaires classiques, une grande partie des fonds restant hors du territoire nord-coréen puisque Kim Jong Un demeure exclu du système bancaire international.
L’économiste Andrei Lankov, directeur du cabinet Korea Risk Group, résume la situation en affirmant que la Corée du Nord n’a jamais été aussi forte depuis 35 ans. Il compare les gains tirés des ventes d’armes à la Russie à un gain à la loterie, tandis que le soutien renouvelé de Xi Jinping jouerait le rôle d’une pension stable pour le pouvoir.
Les sanctions internationales contournées
Ce chiffre intervient alors que la Corée du Nord reste théoriquement sous le coup d’un des régimes de sanctions les plus stricts au monde. Depuis 2006, les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU interdisent l’essentiel des échanges commerciaux et financiers avec Pyongyang, un dispositif renforcé par l’Union européenne et par le programme américain NKSR, qui prévoit même des sanctions secondaires contre des entités étrangères commerçant indirectement avec le pays.
Mais la surveillance de ces mesures s’est fragilisée depuis que la Russie a bloqué, en 2024, le renouvellement du groupe d’experts indépendants de l’ONU chargé d’en vérifier l’application. Un groupe multilatéral de remplacement a estimé en juin 2026 que l’alliance militaire russo-nord-coréenne violait ouvertement ces sanctions, en finançant le programme de missiles balistiques interdit de Pyongyang.
Une économie et un arsenal renforcés
La conséquence directe de cette manne financière : l’économie nord-coréenne a progressé de 3,5 % en 2025, sa troisième année consécutive de croissance, selon la banque centrale sud-coréenne, qui estime que le PIB réel du pays a dépassé pour la première fois son niveau de 2017, année du durcissement des sanctions internationales. Le renseignement américain évalue par ailleurs à au moins un milliard de dollars par an les gains tirés par Pyongyang de ses opérations de piratage informatique, une autre source de financement échappant au contrôle international.



