Deux décrets présidentiels retirent à François Fillon ses droits liés à la Légion d’honneur et à l’ordre national du Mérite pour dix ans. Le Journal officiel a publié ces textes datés du 19 août 2026, jeudi 20 août.
Une suspension, pas une radiation
Contrairement à Nicolas Sarkozy, l’ancien Premier ministre conserve son grade de grand officier — il en perd seulement l’exercice pendant une décennie. Le décret précise que Fillon, « né le 4 mars 1954 au Mans (Sarthe) », ne pourra plus se prévaloir des droits et prérogatives attachés à ce grade. La même mesure s’applique à sa distinction de grand-croix de l’ordre national du Mérite.
L’ancien président avait, lui, été rayé de façon définitive de l’ordre en juin 2025. Cette exclusion faisait suite à une condamnation distincte de celle de son ancien Premier ministre : le tribunal de Paris a reconnu Sarkozy coupable d’association de malfaiteurs dans le dossier du financement libyen de sa campagne de 2007, le condamnant à cinq ans de prison — une première pour un ancien chef d’État français. Ce jugement venait après une autre affaire, celle de corruption et de trafic d’influence, pour laquelle il avait déjà été condamné en 2021. La combinaison de ces deux procédures et de sa qualité d’ancien président a conduit à la radiation totale prononcée à son encontre, quand Fillon échappe à une exclusion pure et simple.
Treize mois après la condamnation définitive
Le déclencheur de la sanction visant Fillon remonte à juin 2025. La cour d’appel de Paris l’a alors condamné à quatre ans de prison avec sursis, 375 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, à l’issue d’un troisième procès dans le dossier de l’emploi présumé fictif de son épouse Penelope comme collaboratrice parlementaire. Fillon a ensuite formé un pourvoi avant de s’en désister, rendant la peine définitive.
Entre cette décision judiciaire et la publication des décrets de suspension, treize mois se sont écoulés, un délai rare pour une procédure administrative généralement automatique dès qu’une condamnation devient définitive.
Une distinction obtenue sous la présidence Sarkozy
Fillon avait reçu sa nomination de grand officier de la Légion d’honneur en 2012, alors qu’il occupait Matignon aux côtés de Sarkozy, dont il fut le Premier ministre de 2007 à 2012. L’ordre, fondé par Napoléon Bonaparte en 1802, compte cinq grades et dignités : chevalier, officier, commandeur, grand officier et grand-croix. Selon le code qui le régit, toute condamnation pénale peut entraîner une suspension ou une exclusion de ses membres, décidée par décret du président de la République, actuel grand maître de l’ordre.
L’affaire dite du Penelopegate, révélée par Le Canard enchaîné en janvier 2017, a éclaté en pleine campagne présidentielle. Elle reprochait à Fillon d’avoir rémunéré son épouse plusieurs centaines de milliers d’euros pour un poste d’assistante parlementaire dont la réalité du travail effectué avait été contestée par l’accusation. Ce scandale a fait chuter le candidat des Républicains, alors donné favori, à la troisième place du premier tour de l’élection remportée par Emmanuel Macron.
