Une hausse de 14 % : c’est la progression enregistrée par les exportations de marchandises africaines entre janvier et mars 2026, par rapport à la même période un an plus tôt. Ce chiffre place le continent au deuxième rang mondial des croissances régionales, juste derrière l’Asie, selon un rapport publié par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) fin juillet.
Ce résultat survient dans un cadre de forte tension énergétique. Le baril de Brent a franchi 114-115 dollars en mars 2026, son plus haut niveau depuis 2022, sous l’effet de l’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Le blocage redouté du détroit d’Ormuz, voie de passage d’environ un tiers des exportations mondiales d’urée, faisait craindre des perturbations pour les économies africaines dépendantes des importations d’engrais et de carburants raffinés.
Métaux et engrais en tête des ventes
D’après l’OMC, cette progression trimestrielle s’explique surtout par de meilleures ventes de métaux précieux, d’or, de cuivre, d’engrais et de minerais. À l’inverse, le cacao et les combustibles ont reculé sur la même période, un contraste qui rappelle la dépendance persistante du continent aux cours mondiaux des matières premières.
L’or a bondi de plus de 40 % en 2025, porté par son statut de valeur refuge en période de tensions géopolitiques. L’Afrique du Sud, premier producteur aurifère du continent, compte parmi les principaux bénéficiaires de cette flambée. Le Maroc, lui, a vu ses ventes de phosphates bruts grimper fortement, profitant de la hausse mondiale des prix des engrais liée aux restrictions commerciales.
Une dépendance structurelle aux matières premières
Ce rebond trimestriel tranche avec les prévisions annuelles plus prudentes de l’OMC, qui limite sa projection de croissance des exportations africaines à 1,2 % pour l’ensemble de 2026, contre 3,5 % pour l’Asie. L’organisation redoute un risque accru pour la sécurité alimentaire mondiale en cas de blocage prolongé du détroit d’Ormuz, qui toucherait de grands importateurs d’urée comme l’Inde, la Thaïlande et le Brésil.
Ces bons chiffres trimestriels masquent une trajectoire de long terme moins favorable. La part de l’Afrique dans le commerce mondial des marchandises est tombée de 5 % en 1994, année de création de l’OMC, à seulement 2,8 % en 2025, selon la Commission économique pour l’Afrique. Une étude de l’organisation estimait qu’un gain d’un seul point de cette part générerait plus de 200 milliards de dollars de revenus annuels supplémentaires pour le continent, soit environ cinq fois l’aide publique au développement qu’il reçoit actuellement.
Des transporteurs maritimes redirigés vers d’autres routes
Plusieurs grands transporteurs maritimes, dont MSC, Maersk et CMA CGM, ont suspendu ou redirigé certaines liaisons vers le Golfe et la mer Rouge depuis le début du conflit. Ces réajustements logistiques ont surtout renchéri le coût des importations alimentaires pour les pays africains, sans freiner pour l’instant la dynamique observée sur les exportations du continent.



