Soudan : plus de 100 millions de dollars d'or volé transférés aux Émirats, révèle le Financial Times

Des lingots d’or dérobés à la banque centrale du Soudan ont été retrouvés sur le territoire émirati, pour une valeur dépassant 100 millions de dollars. C’est ce que révèle une enquête du Financial Times, qui pointe la responsabilité des Forces de soutien rapide (FSR) dans ce détournement visant également la raffinerie publique du pays.

Un flux financier alimenté par la guerre

Le conflit qui oppose depuis avril 2023 l’armée soudanaise aux FSR a bouleversé les circuits commerciaux de l’or dans la région. D’après un responsable émirati cité par le quotidien britannique, les échanges aurifères entre les deux pays auraient dépassé le milliard de dollars sur la seule année 2025. Une majeure partie de cette production, légale ou non, transiterait par les Émirats arabes unis, devenus une destination principale du métal jaune extrait dans les zones tenues par les paramilitaires.

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Selon la Banque centrale du Soudan, les Émirats auraient absorbé près de 90 % des exportations officielles d’or soudanais durant un premier semestre 2025. À l’échelle du continent, l’ONG Swissaid évalue à près de 30 milliards de dollars une valeur de l’or artisanal non déclaré qui rejoindrait chaque année Dubaï.

Un réseau déjà documenté par plusieurs enquêtes

Ce transfert de fonds volés ne constitue pas un cas isolé. Une organisation américaine The Sentry avait révélé en octobre 2025 l’existence d’un ensemble d’entreprises basées à Dubaï, utilisées pour convertir l’or de conflit en liquidités au profit de financiers proches des FSR. Ce réseau serait piloté par un chef paramilitaire Mohamed Dagalo, dit « Hemedti », qui aurait bâti autour du commerce aurifère un empire s’étendant à l’élevage, la construction et le secteur bancaire.

Des autorités émiraties ont pour leur part toujours démenti tout soutien à la milice. Un responsable du pays a assuré au Financial Times que les Émirats « ne prennent pas parti » dans le conflit soudanais, malgré un rapport onusien évoquant des livraisons d’armes régulières vers des zones contrôlées par les FSR via un Tchad voisin.

Un secteur aurifère sous tension depuis des années

L’or occupe une place centrale dans l’économie de guerre soudanaise depuis plusieurs années. Le pays aurait produit plus de 50 tonnes de métal précieux durant une première année du conflit, un volume supérieur à celui enregistré pendant douze mois de paix qui l’ont précédé, selon des chiffres officiels soudanais. Cette manne financière permettrait aux deux camps belligérants de poursuivre les hostilités indépendamment de tout soutien extérieur.

Une régulation du marché aurifère émirati reste sous surveillance internationale depuis plusieurs années. Entre 2022 et 2024, les Émirats avaient figuré sur une liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), un organisme chargé de la lutte contre le blanchiment d’argent, en raison d’un contrôle jugé insuffisant du commerce de l’or et des zones franches du pays. Un retrait de cette liste avait été obtenu après l’adoption de nouvelles règles censées interdire l’importation d’or issu de zones de conflit, conformément à des standards de l’OCDE. Le Soudan avait rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis en mai dernier, accusant Abou Dabi d’armer les FSR et de recruter des mercenaires étrangers.

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