Deux hommes cagoulés ont séquestré une mère et son fils à leur domicile de Nice, dimanche 6 septembre, avant de leur dérober un compte de cryptomonnaies évalué à 25 000 dollars. Le parquet de Nice a ouvert une enquête pour extorsion avec arme et séquestration, selon une source proche du dossier.
Un butin ciblé sur les actifs numériques
Les deux assaillants n’ont pas agi au hasard. Passeport, portefeuille et deux appareils mobiles sont passés entre leurs mains — l’un des téléphones dérobés renfermait précisément les codes d’accès au compte crypto des victimes. Le service interdépartemental de la police judiciaire a été chargé du dossier, confié par le procureur de la République de Nice. Aucune interpellation n’a pour l’instant été annoncée dans cette affaire.
Ce mode opératoire n’a rien d’isolé. Le parquet national anticriminalité organisée (PNACO) a recensé 135 enlèvements ou tentatives d’enlèvements liés aux cryptomonnaies en France, un chiffre qui donne la mesure de la progression de ce phénomène en quelques années seulement.
Une criminalité en pleine expansion
Les statistiques parlementaires confirment cette trajectoire. Une question écrite adressée au ministère de l’Intérieur par la députée Julie Lechanteux recense une soixantaine d’attaques en 2025, contre une quarantaine l’année précédente. Le texte évoque une nouvelle forme de criminalité organisée s’appuyant sur les spécificités des actifs numériques, qui ne cible plus seulement les détenteurs de cryptomonnaies mais aussi leurs proches, parfois sans lien direct avec ces actifs.
Plusieurs affaires récentes montrent cette escalade. En avril 2026, un couple a été séquestré et frappé à Dompierre-sur-Mer, en Charente-Maritime : l’un des deux, investisseur en cryptomonnaie, avait été contraint sous la menace de virer 8 millions d’euros. Un cas plus violent encore avait marqué les esprits en janvier 2025, lorsque David Balland, cofondateur de la société de portefeuilles crypto Ledger, avait été enlevé près de Bourges avec sa compagne. Les ravisseurs lui avaient sectionné un doigt pour exiger une rançon, avant qu’il ne soit libéré le lendemain.
Des familles de plus en plus exposées
Les proches de détenteurs de cryptomonnaies, même sans fortune personnelle dans ce secteur, deviennent des cibles à part entière. À Toulon, un lycéen avait ainsi failli être séquestré pour faire pression sur son frère aîné, résidant à Dubaï et actif dans les cryptomonnaies ; sa famille avait dû être relogée en urgence après une série de menaces à domicile.
Les enquêteurs peinent souvent à identifier des auteurs anonymes, agissant parfois pour le compte de commanditaires étrangers via des communications chiffrées, un obstacle qui explique en partie la difficulté à faire aboutir judiciairement ce type de plaintes.
À Nice, l’enquête ouverte par le parquet devra désormais déterminer si les deux agresseurs disposaient d’informations préalables sur les avoirs numériques de leurs victimes, comme cela a été observé dans plusieurs affaires similaires ces derniers mois.


