Le détroit de Bab-el-Mandeb est entièrement passé sous contrôle houthi vendredi, après la chute de l’île stratégique de Perim. Un responsable israélien a jugé la situation « encore pire qu’Ormuz » dans une déclaration à la chaîne N12.
Pourquoi la géographie de Perim inquiète Israël
Longue de 5,6 kilomètres, l’île de Perim — aussi connue sous le nom de Mayyun — coupe le détroit en deux chenaux au niveau de son point le plus resserré. Cette proximité change la nature de la menace : à Ormuz, l’Iran doit mobiliser radars, systèmes de surveillance et missiles anti-navires pour viser un bâtiment. À Bab-el-Mandeb, un tireur posté sur l’île peut désormais frapper un pétrolier qu’il voit à l’œil nu, sans équipement sophistiqué. Le responsable israélien décrit cette capacité comme un « pouvoir énorme » conféré aux rebelles soutenus par Téhéran.
Trois jours d’offensive rebelle dans le sud du Yémen
Les combattants ont d’abord percé les défenses gouvernementales sur l’île de Zouqar, plus au nord en mer Rouge, avant de s’emparer de la ville portuaire de Mokha jeudi, à environ 80 kilomètres de Perim. Un responsable gouvernemental yéménite, cité sous couvert d’anonymat, a confirmé que l’ensemble de la zone de Bab-el-Mandeb était désormais sous autorité houthie une fois l’île atteinte le lendemain. Des habitants ont signalé la présence de véhicules militaires armés circulant le long du littoral.
Deux verrous pétroliers sous pression simultanée
Cette prise de contrôle prive l’Arabie saoudite de sa principale alternative logistique. Confronté à la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, le royaume avait réorienté une partie de ses exportations pétrolières vers la mer Rouge. Cette route de secours transporte quotidiennement environ six millions de barils, majoritairement saoudiens, et concentre 20 % du trafic mondial de conteneurs en direction du canal de Suez. Avec Bab-el-Mandeb désormais sous contrôle rebelle, les deux principales voies maritimes reliant le Golfe à l’Europe et à l’Asie se retrouvent simultanément exposées.
Un point de passage disputé depuis deux siècles
Perim n’en est pas à sa première convoitise stratégique. La Compagnie britannique des Indes orientales avait occupé l’île dès 1799 pour préparer une campagne militaire en Égypte, avant que Londres n’y fasse ériger un phare en 1861 pour surveiller les routes commerciales vers Suez. L’îlot a ensuite servi de station de ravitaillement en charbon pour les navires à vapeur jusqu’en 1935, date à laquelle son usage militaire a cessé — jusqu’à ce vendredi.
