Une « zone IA open source » réunissant les pays membres des BRICS sera pilotée par Pékin, a annoncé Xi Jinping dimanche à New Delhi, à l’occasion de la deuxième session du 18ᵉ sommet du bloc. Le président chinois a détaillé cinq initiatives destinées à approfondir la coopération entre les onze pays membres, la première portant sur « l’intelligence artificielle ouverte et inclusive », selon un compte-rendu diffusé par le ministère chinois des Affaires étrangères.
Les entreprises technologiques américaines privilégient depuis des années les modèles propriétaires fermés, tandis que leurs homologues chinoises misent sur des architectures dont le code reste accessible aux développeurs du monde entier. Selon un rapport publié par Hugging Face au printemps 2026, les modèles chinois ont vu leur part des téléchargements mondiaux de grands modèles de langage grimper à 41 % entre février 2025 et février 2026, portés notamment par les familles Qwen d’Alibaba et DeepSeek.
Un écosystème pensé pour les modèles de langage
Le projet inclut la création d’une communauté dédiée à l’IA, un soutien à la coopération sur le développement et l’usage des grands modèles de langage, ainsi que des séminaires et formations spécialisées pour les pays membres. L’objectif affiché est de « bâtir un écosystème ouvert pour l’IA », selon les propos de Xi Jinping rapportés par la chaîne publique CCTV.
Ce projet s’accompagne d’une invitation lancée aux pays des BRICS à rejoindre l’Organisation mondiale de coopération en matière d’IA (Waico), une structure rassemblant une trentaine de pays et récemment mise en place par Pékin. Xi Jinping a par ailleurs appelé à l’établissement d’un cadre de gouvernance mondiale de l’IA fondé sur un large consensus international.
Quatre autres chantiers pour le bloc
Au-delà de l’intelligence artificielle, la Chine a présenté quatre autres initiatives : la facilitation du commerce et de l’investissement, via un partenariat de zones économiques spéciales et un forum sur le commerce des services prévu en 2027 ; la coopération dans l’industrie numérique, avec une plateforme cloud dédiée ; ainsi que des projets liés à la fabrication intelligente et à la formation des talents scientifiques et techniques, incluant une alliance d’ingénieurs BRICS.
Ces annonces interviennent alors que le rapport de force technologique entre les deux puissances a nettement évolué ces dernières années. Depuis le lancement de DeepSeek-R1 en janvier 2025, un modèle de raisonnement entraîné pour moins de 6 millions de dollars et capable de surpasser certains produits américains sur des tests de référence, l’adoption mondiale des modèles chinois n’a cessé de progresser : leur part dans l’usage total des modèles open source serait passée de 13 % à près de 30 % au cours de la seule année 2025, selon plusieurs analyses du secteur. Cette dynamique a bousculé les prévisions d’adoption de l’IA en entreprise et pesé sur la valorisation de certains acteurs américains, dont le fabricant de semi-conducteurs Nvidia. C’est dans ce cadre que la proposition chinoise aux BRICS prend forme, cherchant à transformer une avance technique déjà mesurable en cadre de coopération institutionnalisé entre pays émergents.
Un sommet encore en cours
Le sommet de New Delhi, ouvert le 12 septembre, se poursuivait dimanche avec d’autres échanges entre chefs d’État. Xi Jinping devrait également se rendre aux États-Unis ce mois-ci pour rencontrer le président Donald Trump, un déplacement pendant lequel la question de la gouvernance de l’IA pourrait figurer parmi les sujets abordés.



