Malgré les réformes ambitieuses du système éducatif et la généralisation des épreuves scientifiques au Brevet d’études du premier cycle (BEPC), le constat reste sans appel à la veille de la rentrée académique. Les élèves béninois boudent toujours les séries scientifiques, techniques et technologiques.
Ce constat ressort à la lecture des statistiques du Baccalauréat 2026. Sur l’ensemble des candidats ayant pris part aux examens sur toute l’étendue du territoire national, près de 65 % sont issus des séries littéraires (A1, A2, B), tandis que les séries scientifiques (C, D, E, F et autres) et l’enseignement technique et technologique se partagent le reste des effectifs, avec à peine 5 % d’inscrits en série C.
Ce déséquilibre perdure alors même que l’État béninois a multiplié les initiatives stratégiques : encouragement des apprenants ayant opté pour les séries scientifiques et refonte du BEPC contraignant désormais chaque apprenant à composer à la fois dans les disciplines littéraires et scientifiques.
La valeur ajoutée économique au cœur du débat
Si la formation littéraire demeure un pilier incontestable de l’identité culturelle, de la réflexion critique et du renforcement démocratique d’une nation, les enjeux économiques du XXIe siècle imposent un pivot de productivité. L’industrialisation, la transformation digitale, la souveraineté alimentaire et la modernisation des infrastructures béninoises reposent en priorité sur des compétences techniques avancées.
Le secteur privé local comme les grands travaux d’État peinent à recruter des ingénieurs, techniciens supérieurs, développeurs et spécialistes formés localement. Cette pénurie contraint le marché du travail à recourir à l’expertise extérieure pour des projets qui pourraient directement générer de la valeur ajoutée et des emplois qualifiés au profit de la jeunesse béninoise.
Comment expliquer un tel décalage ? La peur de l’échec joue un rôle prépondérant. Dans l’imaginaire collectif, les mathématiques et la physique-chimie restent perçues comme des disciplines exigeantes, réservées à une élite restreinte.
Pour inverser cette tendance, la réponse ne peut être uniquement institutionnelle : elle doit être culturelle et pédagogique. Il devient important de démystifier les sciences dès le primaire par des travaux pratiques interactifs et l’apprentissage de la logique informatique, de créer des programmes de parrainage mettant en avant des jeunes ingénieurs et femmes scientifiques béninoises pour susciter des vocations, notamment chez les filles, doter prioritairement les collèges de kits et redorer l’image des lycées techniques pour qu’ils ne soient plus vus comme des voies de relégation, mais comme des accélérateurs d’employabilité.
L’urgence est désormais nationale. Pour concrétiser ses ambitions de développement durable et d’autonomie économique, le Bénin ne peut plus se passer d’une jeunesse armée de compétences scientifiques et technologiques de premier plan.
