Face à la Chine, la France sécurise des terres rares via un projet minier africain

Carester a signé un accord d’enlèvement contraignant de dix ans avec Lindian Resources le 3 septembre 2026. L’entreprise française achètera 70% du composé mixte de terres rares lourdes produit par l’australien, issu du gisement de Kangankunde, au Malawi. Cet accord s’explique par la nature même de ces métaux : les terres rares regroupent 17 éléments chimiques indispensables à la fabrication d’aimants, de batteries et de composants électroniques, dont l’extraction et le raffinage restent concentrés entre quelques mains à l’échelle mondiale. La Chine assure entre 60 et 70% de la production minière et plus de 90% du raffinage, selon l’Agence internationale de l’énergie et l’US Geological Survey.

Cette dépendance est précisément ce que l’accord signé début septembre vise à desserrer.

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Un leadership français ancien mais perdu depuis les années 1990

Pékin avait resserré ses restrictions à l’export vers le Japon dès janvier 2026, ravivant les craintes occidentales sur la sécurisation de ces matières critiques pour l’électronique, la défense et la transition énergétique. Ce n’est pourtant pas la première fois que la France pèse sur ce marché : dans les années 1960-1970, l’Hexagone raffinait 15 000 tonnes de terres rares par an et assurait, au début des années 1980, la moitié du raffinage mondial, avant de céder sa place face à la montée en puissance chinoise à partir des années 1990.

Un circuit qui passe par le Kazakhstan

Le concentré de monazite extrait à Kangankunde ne rejoint pas directement la France. Il doit d’abord transiter par une usine hydrométallurgique récemment acquise par Lindian au Kazakhstan, avant d’être transformé en oxydes de qualité “aimant” — neodyme et praséodyme — ainsi qu’en carbonate. Carester disposera d’un droit de premier refus sur 70% de la production totale de cette installation kazakhe.

Lindian a présenté cet accord comme une étape supplémentaire dans sa stratégie d’expansion vers l’aval de la chaîne de valeur, afin de capter davantage de bénéfices sur les terres rares extraites. Le groupe australien avait annoncé sa décision finale d’investissement dans Kangankunde en août 2025, avant de réaliser un premier tir de mine début juillet 2026. La mise en production industrielle du site reste attendue au quatrième trimestre 2026.

Une usine française attendue fin 2026

L’accord avec Lindian s’accompagne d’un projet industriel sur le sol français. Carester construit à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, une usine baptisée Caremag, financée à hauteur de 216 millions d’euros par l’État français et des partenaires japonais, dont le Japan Organization for Metals and Energy Security (JOGMEC) et Iwatani. Le site doit recycler 2 000 tonnes d’aimants et raffiner 5 000 tonnes de concentrés miniers chaque année, une fois opérationnel fin 2026.

Selon Carester, Caremag deviendrait le premier recycleur européen de terres rares et le plus important producteur occidental de terres rares lourdes séparées, avec 600 tonnes d’oxydes de dysprosium et terbium annoncées — soit environ 15% de la production mondiale actuelle — et 800 tonnes d’oxydes de néodyme et praséodyme.

Kangankunde représenterait la première mine industrielle de terres rares relancée en Afrique depuis l’arrêt de la production à Gakara, au Burundi, en juin 2021. Le projet malawite repose sur des réserves estimées à 23,7 millions de tonnes à 2,9% de teneur totale en oxydes de terres rares, pour une durée de vie de 45 ans en première phase.

L’ampleur réelle du rôle de Kangankunde dans l’approvisionnement français dépendra du démarrage effectif de la mine, des conclusions de l’étude sur l’usine kazakhe et de la mise en service de Caremag à partir de 2027.

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