Les recettes tirées du pétrole pourraient s’effondrer de 87 % en Algérie d’ici 2030. Le Nigeria perdrait de son côté plus de 60 % des siennes sur la même période, selon une étude publiée mardi 8 septembre par le groupe de réflexion britannique E3G, spécialisé dans le climat et la politique étrangère.
Cette alerte tombe alors que le marché mondial du brut traverse déjà une phase de forte instabilité. Depuis l’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février, les cours du Brent et du WTI ont connu des variations brutales, entre pics au-delà de 90 dollars le baril et reflux successifs, sur fond de tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz. Cette volatilité de court terme s’ajoute désormais à une inquiétude de plus long terme : celle d’un recul structurel de la demande mondiale, que le rapport d’E3G tente précisément de documenter.
Une baisse des revenus attendue dès 2030
Le document, préparé sur deux ans à partir de scénarios élaborés avec plus de cent responsables publics et experts internationaux, anticipe un plafonnement de la demande mondiale de pétrole au cours de la prochaine décennie, avec un pic probable au début des années 2030. Passé ce cap, les pays producteurs devraient se disputer un nombre décroissant d’acheteurs, un cadre dans lequel les producteurs à faibles coûts comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis partiraient avantagés.
Dans dix-sept pays à travers le monde, le pétrole et le gaz fournissent plus de 40 % des recettes publiques ; en Irak et en Libye, cette part grimperait jusqu’à 70 à 90 %. L’Algérie, elle, tirait déjà près d’un quart de son PIB des hydrocarbures ces dernières années, un niveau de dépendance qui avait provoqué un effondrement de ses revenus pétroliers en 2020, tombés à 20 milliards de dollars sous l’effet conjugué de la pandémie et de la chute des prix du baril.
Des pays jugés particulièrement exposés
E3G cite l’Algérie, le Nigeria, l’Iran et l’Angola parmi les producteurs les plus fragiles, faute de diversification économique suffisante et de réserves financières capables d’amortir un choc prolongé. L’Algérie serait « un pays à surveiller » de près, selon Beth Walker, coautrice du rapport, en raison de sa proximité géographique avec l’Europe et de sa dépendance quasi totale à l’Union européenne comme débouché d’exportation.
Risques de tensions politiques et migratoires
Le rapport évoque des conséquences différentes selon les pays : fragilisation du système politique irakien, tensions accrues autour des infrastructures pétrolières libyennes susceptibles de peser sur la sécurité européenne, ou encore recul de la capacité de l’État nigérian avec des répercussions possibles ailleurs en Afrique. La dette aggrave la situation dans certains cas : l’Angola et le Mexique consacrent déjà plus d’un quart de leurs recettes publiques au seul remboursement de leur dette.
Pour Beth Walker citée dans le rapport, « la fragilité des producteurs devient un risque sécuritaire mondial » lorsque la transition énergétique est laissée aux seules forces du marché. Le rapport cite le cas du Venezuela — effondrement économique, prise de contrôle partielle par les États-Unis, dévastations sismiques supplémentaires — comme exemple des conséquences extrêmes que pourrait connaître un État pétrolier fragilisé. Les auteurs appellent les gouvernements à anticiper cette transition plutôt qu’à la subir.



