L'ONU appelle les anciennes nations esclavagistes à ériger des statues en mémoire des Africains

L’installation de statues honorant les Africains réduits en esclavage figure parmi les recommandations formulées cette semaine par un comité des Nations unies à l’intention des anciennes puissances coloniales. Le quotidien britannique The Telegraph a révélé ce 2 septembre le contenu de cette directive, qui vise en premier lieu la Grande-Bretagne.

Une obligation morale et légale invoquée par l’ONU

Le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) estime que les espaces publics des anciens pays esclavagistes doivent rendre hommage aux personnes d’origine africaine, à travers des œuvres d’art ou des monuments dédiés. L’organe onusien juge que ces nations portent une responsabilité « morale et légale » qui les contraint à réparer les préjudices hérités de la traite transatlantique. Le texte précise par ailleurs que les statues déjà érigées à la mémoire de personnages liés à l’esclavage ne devraient plus être présentées de façon neutre, mais accompagnées d’une reconnaissance claire des torts commis par ceux qu’elles célèbrent.

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Le comité revient également sur la vague de dégradations de statues survenue lors des mobilisations Black Lives Matter en 2020. Selon lui, les personnes ayant pris part à ces actions auraient été traitées de manière injuste par certains médias, leur combat étant réduit à tort à une cause marginale ou partisane.

Écoles, entreprises et discours de haine dans le viseur

Les recommandations du CERD dépassent la seule des monuments. Les autorités britanniques et leurs homologues des autres anciennes puissances esclavagistes sont invitées à revoir le contenu des manuels scolaires pour y intégrer une présentation rigoureuse et documentée de l’esclavage transatlantique et de ses répercussions actuelles. Le comité demande aussi un renforcement de la lutte contre les discours haineux, contre les idéologies prônant une hiérarchie raciale, ainsi qu’un travail de fond contre les fausses informations circulant sur ce pan de l’histoire.

Le rapport, coécrit par la juriste américaine Gay McDougall et son homologue libérienne Pela Boker-Wilson, insiste sur le fait que la dimension financière ne constitue qu’une facette des réparations attendues. D’après les deux expertes, l’objectif recherché touche à une transformation plus large du fonctionnement des sociétés concernées. Des acteurs privés sont également ciblés : banques, assureurs, universités ou institutions religieuses seraient appelés à documenter publiquement leurs liens historiques avec le commerce d’esclaves.

Cette publication du CERD intervient cinq mois après un vote décisif à l’Assemblée générale de l’ONU, où les États membres avaient approuvé une résolution en faveur de réparations liées à l’esclavage. La Grande-Bretagne s’était alors abstenue lors de ce scrutin de mars.

Un nouvel élan aux revendications de réparations

Le sujet des réparations avait déjà pris une ampleur inédite quelques semaines plus tôt grâce au Ghana. Le pays avait accueilli en juin à Accra une conférence rassemblant des délégations venues de plus de 80 nations, où le président ghanéen avait dévoilé la création de trois groupes de travail chargés de traduire ces revendications en mesures concrètes. C’est cette dynamique portée par Accra qui avait conduit à l’adoption de la résolution onusienne qualifiant la traite transatlantique de crime le plus grave contre l’humanité.

Le Royaume-Uni avait officiellement aboli la traite des esclaves dès 1807, soit plus de deux siècles avant la publication de cette nouvelle directive du CERD. Bien que dépourvues de force contraignante, ces recommandations pourraient néanmoins servir d’appui juridique devant les tribunaux, selon les experts à l’origine du texte.

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