Un projet visant à kidnapper Kylian Mbappé a été démantelé par les enquêteurs parisiens. Le capitaine des Bleus comptait parmi 26 cibles fortunées répertoriées par un réseau criminel, où figuraient également un artiste et plusieurs entrepreneurs, selon une source judiciaire citée par Le Parisien.
Un réseau piloté depuis une cellule de prison
Le principal suspect, un Franco-Suisse de 18 ans déjà détenu pour une autre affaire, orchestrait le projet sans quitter sa cellule, en communiquant via l’application Snapchat sur des téléphones introduits illégalement en détention. Les investigations remontent à l’agression d’un horloger à Neuilly-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine ; l’analyse de deux téléphones saisis a permis aux enquêteurs de reconstituer la liste des adresses visées. Le jeune homme a rejoint les geôles de Nanterre fin août, placé en détention provisoire avec un complice. Déjà condamné deux fois pour des faits liés aux stupéfiants et à un vol violent, il minimise aujourd’hui son rôle et se décrit comme un simple exécutant.
Cette affaire éclate en pleine réussite sportive pour Mbappé, auteur d’un début de saison record avec le Real Madrid après avoir terminé meilleur réalisateur du dernier Mondial.
Le précédent Pogba, une menace venue de l’intérieur
Un autre international français avait connu un scénario comparable, avec un mécanisme différent. Au printemps 2022, Paul Pogba raconte avoir été séquestré sous la contrainte par des individus armés et masqués, qui exigeaient de lui une somme faramineuse au nom d’un prétendu service rendu par le passé. Il évoque avoir cédé une centaine de milliers d’euros pour tenter d’apaiser ses ravisseurs.
Contrairement au dossier Mbappé, cette affaire mêlait des visages familiers : des camarades de jeunesse originaires de son quartier natal de Roissy-en-Brie, mais aussi son propre frère, Mathias. Six prévenus comparaissent depuis cette semaine devant la justice parisienne pour ces faits d’extorsion organisée.
Ces deux dossiers montrent deux visages d’une même vulnérabilité. Footballeurs, rappeurs, chefs d’entreprise : les cibles à forte visibilité et haut patrimoine attirent une criminalité qui s’adapte, y compris via les réseaux sociaux et les téléphones clandestins en détention, résume une source proche du dossier. D’un côté, l’anonymat d’un réseau structuré ; de l’autre, la trahison d’un cercle intime.
Les grands clubs renforcent la protection des domiciles
Face à cette exposition grandissante, les habitudes changent dans les clubs les plus huppés. Joueurs et encadrants sont désormais poussés à limiter ce qu’ils dévoilent de leur quotidien en ligne, à faire surveiller leur lieu de vie et à éviter toute indication publique permettant de localiser leur résidence.
Ces précautions ont porté leurs fruits chez Lamine Yamal. L’attaquant espagnol a échappé à un cambriolage planifié pour le lendemain d’un match face à la France, déjoué grâce à cette vigilance accrue.
Le phénomène ne s’arrête pas aux frontières françaises ou espagnoles. En Angleterre, plusieurs vedettes évoluant à Manchester et sur les rives de la Mersey ont vu leurs véhicules dérobés par un gang spécialisé dans le vol via transporteurs. Une unité policière dédiée au football a lancé une opération baptisée Equalise pour épauler les clubs confrontés à cette vague de cambriolages ciblés.
Un précédent plus ancien rappelle que la menace ne se limite pas au vol ou au kidnapping organisé : en 2017, le milieu de terrain Gregory Sertic avait reçu des menaces de mort à son domicile après l’annonce d’un possible départ vers Marseille, poussant son club de Bordeaux à lui accorder une protection temporaire.
L’enquête sur le projet visant Mbappé suit son cours. Le procès des proches de Pogba doit, lui, déterminer dans les prochaines semaines la part de responsabilité de chacun dans cette affaire qui avait éclaté au grand jour à la veille du Mondial 2022.



