Migrants de retour au Bénin : Comment le Bénin peut retenir ses enfants par l'espoir

Face à l’exil dangereux qui endeuille les familles et épuise la jeunesse, une autre voie peut être envisagée. Entre élan communautaire pour prévenir les départs et dignité retrouvée pour les migrants rapatriés, la solidarité agissante devrait être le plus puissant rempart contre les pièges de l’aventure clandestine.

Chaque année, poussés par la quête d’un statut social, des centaines de jeunes béninois font le choix de la route. De la Donga aux plaines de Savè, en passant par les zones urbaines, le rêve d’un avenir meilleur pousse des hommes et des femmes vers le Nigeria, l’Afrique centrale, le Maghreb ou l’Europe. Selon les données du rapport Afrobaromètre 2026, 46 % des Béninois ont déjà envisagé de quitter le pays pour une destination où il ferait bon vivre, avec 23 % d’entre eux qui y pensent « beaucoup ». Les motivations restent avant tout économiques, portées par la recherche d’un emploi (50 %) ou la volonté d’échapper à la pauvreté (29 %).

Si près d’un candidat au départ sur trois privilégie la sous-région (32 %), près de la moitié lorgne vers l’Europe (25 %) ou l’Amérique du Nord (23 %). Mais sur le terrain, le parcours est impitoyable. Pirogues de fortune en panne au large de la Guinée équatoriale, errance dans le désert ou désillusion dans les camps de détention d’Afrique du Nord.

Conscient des tragédies humaines qui se jouent le long de ces itinéraires périlleux, l’État béninois multiplie les opérations de rapatriement humanitaire financées sur le budget national. Volontaires ou secourus en mer, des groupes de compatriotes reviennent régulièrement fouler le tarmac de l’aéroport de Cotonou. Si cet engagement gouvernemental sauve incontestablement des vies, l’enjeu fondamental commence dès l’atterrissage : comment réintégrer ces filles et ces fils du pays qui rentrent souvent le cœur lourd et les mains vides ?

Briser la spirale du vide et du rejet

On parle abondamment de ceux qui partent, fascinés par les mirages de l’exil. On mesure beaucoup moins le courage nécessaire à ceux qui reviennent. Revenir au bercail après l’échec d’une traversée s’apparente trop souvent à un second calvaire. Privés de leurs économies, confrontés à la perte de leurs documents administratifs et parfois brisés par des traumatismes psychologiques ou sanitaires, les migrants de retour doivent faire face à l’épreuve la plus redoutable : le regard de leur propre communauté.

Dans plusieurs localités, la pression sociale et la stigmatisation nourrissent un sentiment d’humiliation. Pire, pour éviter ce sentiment de déchéance, certains candidats vont jusqu’à pratiquer des rituels d’adieu avant leur départ, se préparant spirituellement à la mort plutôt qu’à l’échec. Cette spirale isole le migrant et l’incite parfois à tenter à nouveau l’aventure au péril de sa vie.

C’est précisément là que l’accueil doit changer de nature. L’urgence n’est pas seulement matérielle ; elle est profondément humaine. Paradoxalement, cette rejetabilité sociale contraste fortement avec la culture d’hospitalité du pays : l’étude d’Afrobaromètre révèle en effet que 89 % des Béninois acceptent volontiers des travailleurs migrants comme voisins et 88 % accueillent favorablement les réfugiés. De plus, 74 % sont fervents partisans de la libre circulation des personnes en Afrique de l’Ouest. Il apparaît donc essentiel d’étendre cette ouverture culturelle et cette bienveillance naturelle envers les étrangers à nos propres concitoyens revenus d’exil.

Pour éviter les récidives et restaurer la dignité, l’accueil réservé aux migrants clandestins de retour doit être empreint de fraternité et de valorisation. Avoir survécu à l’épreuve de la route donne une résilience et des compétences qui ont une réelle valeur pour la collectivité.

Quand la solidarité du terrain prend le relais

Pour combler le vide qui suit les premières formalités d’urgence à l’aéroport, la Société civile et les migrants de retour eux-mêmes prennent aujourd’hui la parole et l’initiative. À Djougou, épicentre des flux migratoires dans le septentrion, un déclic historique s’est produit le 18 septembre 2026. Des femmes et des hommes venus de différents départements du Bénin se sont rassemblés pour poser les jalons d’une réponse communautaire autonome. Née de la conviction que personne ne devrait avoir à recommencer seul, cette initiative portée par des miraculés de l’exil incarne la solidarité agissante à l’état pur. Ce mouvement s’articule autour d’une synergie essentielle entre deux piliers.

D’une part, la Société civile apporte un soutien direct par l’écoute psychosociale, la formation professionnelle, l’accompagnement juridique et le combat quotidien contre la stigmatisation. D’autre part, les communautés locales s’engagent dans la déconstruction du culte de l’échec et la revalorisation des acquis des migrants. Ensemble, cette action conjointe permet de bloquer l’engrenage des départs répétés et d’assurer une réinsertion durable au pays. Ces initiatives citoyennes transforment le traumatisme du retour en un levier d’action collective.

Prévenir les départs par la responsabilité collective

La solidarité agissante ne se limite pas à réparer les blessures du retour. Elle constitue également la meilleure stratégie de prévention. Lorsque les parents, les dignitaires religieux et les leaders d’opinion arrêtent de faire de l’exil périlleux un critère de bravoure ou de réussite sociale, le regard sur la jeunesse change.

Les témoignages poignants des migrants revenus au pays sont infiniment plus dissuasifs que n’importe quel discours théorique. En montrant qu’il est possible de reconstruire sa vie au Bénin grâce aux programmes sociaux existants, aux opportunités régionales encore méconnues comme la ZLECAF (dont seulement 8 % des citoyens ont entendu parler) et à l’entraide locale, la communauté redonne un horizon à ceux qui doutent. En tendant une main fraternelle à ceux qui reviennent, le Bénin peut démontrer que sa plus grande richesse réside dans sa capacité à ne laisser aucun de ses enfants au bord du chemin.

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