Anthropic a banni un compte lié à l’Iran accusé d’avoir utilisé son modèle d’intelligence artificielle Claude pour compiler des dossiers de ciblage visant des navires de guerre américains déployés au Moyen-Orient. L’entreprise a rendu ces conclusions publiques jeudi dans un rapport de 154 pages consacré aux usages malveillants de ses technologies par des acteurs étatiques hostiles.
Un script automatisé pour suivre la flotte américaine
Pour mener cette collecte, le groupe se serait appuyé sur un script automatisé développé avec le concours de Claude lui-même, capable d’agréger en continu des données ouvertes sur les positions de la flotte américaine. Parmi les éléments recensés figuraient notamment des noms de militaires identifiés via des légendes de clichés publiés par l’armée, des codes de transpondeurs équipant navires et aéronefs, ainsi que des requêtes automatisées vers des bases d’imagerie satellite commerciale. Le dossier réunissait aussi une cartographie de sites web où transitaient des informations sur les déplacements de la flotte.
Le groupe se serait par ailleurs servi de l’IA pour sonder les points faibles des équipements embarqués à bord des bâtiments, en dressant l’inventaire des failles déjà répertoriées touchant les terminaux satellite maritimes, du matériel réseau signé Cisco ainsi que des systèmes de pilotage industriel. Anthropic précise ignorer si ces informations ont ensuite été transmises à des unités capables de les exploiter sur le terrain.
L’entreprise affirme avoir banni le compte responsable dès sa détection, développé de nouvelles méthodes de détection pour limiter de futurs abus, et transmis l’ensemble des éléments de renseignement aux autorités gouvernementales américaines.
Un rapport élargi à plusieurs menaces liées à l’Iran
Le document d’Anthropic évoque aussi, dans une section distincte, un autre acteur lié à l’Iran ayant utilisé Claude pour construire un outil automatisé de profilage d’identité, ciblant plusieurs centaines de personnalités gouvernementales et non gouvernementales israéliennes, ainsi que pour modifier un logiciel malveillant de vol d’identifiants en source ouverte.
Le rapport, qui couvre des activités qu’Anthropic dit avoir perturbées entre décembre 2025 et août 2026, mentionne des campagnes de propagande menées par des comptes liés à l’État iranien et rattachés à des institutions gouvernementales. Un groupe basé dans le nord du Yémen, présenté comme lié à l’Iran, aurait quant à lui utilisé Claude dans le cadre de travaux liés au développement de missiles.
Des tensions croissantes entre Washington et Téhéran
Cette révélation intervient six mois après un épisode distinct : en mars 2026, le commandement américain pour le Moyen-Orient a utilisé Claude pour des évaluations de renseignement et l’identification de cibles lors de frappes américaines contre l’Iran, selon le Wall Street Journal, malgré une tentative de l’administration américaine de rompre ses liens avec Anthropic. La même technologie américaine s’est ainsi retrouvée exploitée par les deux camps d’un conflit régional, tour à tour comme outil de frappe pour Washington et comme instrument de reconnaissance pour des acteurs liés à Téhéran.
Le rapport d’Anthropic documente également des cas distincts impliquant la Chine, portant sur l’usage de ses modèles pour la surveillance de communautés religieuses et de journalistes critiques du pouvoir de Pékin.
