Pendant que ses négociateurs discutaient de paix avec les Américains en Floride, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a vu Washington ouvrir le marché à l’ennemi. Vendredi 9 octobre 2026, il a dénoncé l’accord annoncé par Donald Trump après un appel avec Vladimir Poutine, qui autorise la Russie à exporter du diesel. « Notre équipe est simplement utilisée comme un paravent. Et c’est clairement malhonnête », a-t-il déclaré devant la presse. Kiev y voit une source de revenus supplémentaires pour Moscou, en pleine guerre.
Trump a présenté l’accord sur Truth Social. La Russie fournirait « immédiatement » plus de 300 000 tonnes de diesel, puis 500 000 tonnes en novembre et un million de tonnes juste après. Trois millions de tonnes supplémentaires suivraient, selon l’état des raffineries russes. Le Trésor américain a publié une licence générale temporaire qui permet la livraison de diesel russe sur le marché mondial. Trump promet que les prix vont « baisser à des niveaux records, et vite ».
« Une décision faible de partenaires forts »
Zelensky a insisté sur la concomitance des événements. « Au moment même où nous parlons de paix, l’Amérique donne à la Russie la possibilité d’exporter du diesel », a-t-il lancé. Il ne chiffre pas le manque à gagner : « Des millions, des milliards, je ne sais pas. Tout cela va à la guerre contre les gens, contre l’Ukraine, contre nous tous. » Il juge cette attitude « indigne d’un partenaire » et qualifie la mesure de « décision faible de partenaires forts ».
Sur X, le ton reste aussi sévère. Selon Axios, il y a écrit : « Les cadeaux à Poutine n’apporteront ni la paix ni aucun bénéfice au monde civilisé. » Il ajoute que la Russie « remerciera » pour ce diesel « par encore plus de terreur et de perfidie ». Pour lui, autoriser Moscou à vendre des produits pétroliers est « un investissement dans une guerre qu’il faut terminer, non prolonger ».
Le président ukrainien met aussi une proposition sur la table : « L’Ukraine n’incendiera pas les raffineries russes si la Russie ne détruit pas nos infrastructures énergétiques. » Il affirme que Kiev a fait savoir aux émissaires américains Jared Kushner et Steve Witkoff qu’elle était prête à des mesures de désescalade symétriques. Selon lui, les États-Unis ont assez de poids pour obtenir un tel compromis. L’accord a été annoncé alors que des diplomates ukrainiens et européens se rendaient à Miami pour des pourparlers sur la fin du conflit.
Les frappes ukrainiennes à l’origine de la pénurie
Le Kremlin donne une autre lecture. Il indique que les deux dirigeants ont longuement évoqué les perspectives de règlement de la crise ukrainienne et la situation des marchés énergétiques. Poutine s’est dit « convaincu » que l’engagement russe d’approvisionner le marché mondial aurait un effet positif sur l’économie mondiale. L’émissaire russe Kirill Dmitriev, qui a travaillé sur le dossier, assure que la coopération énergétique avec Washington va se poursuivre.
Cette pénurie vient en partie de l’Ukraine. Les attaques sur les raffineries russes ont conduit Moscou à suspendre ses exportations de diesel fin juillet. D’après des chercheurs de la Réserve fédérale de Dallas, ces frappes ont réduit jusqu’à 60 % la capacité de raffinage disponible en Russie cet été.
Un analyste de l’Atlantic Council, Joseph Webster, estime pourtant que ces volumes russes sont « incertains » et trop faibles pour régler le déficit mondial de diesel. Il accuse Moscou de profiter de la situation pour rejeter la responsabilité des prix élevés sur l’Ukraine, plutôt que sur la guerre qui oppose les États-Unis, Israël et l’Iran.
