Le 19 mai 2026, le Premier ministre Kristen Michal a présenté au Parlement de l’Estonie une nouvelle stratégie de sécurité nationale. Le texte range la Russie parmi les menaces majeures et la qualifie de « plus grande menace pour la sécurité de l’Estonie et de toute la sécurité euro-atlantique ». Désormais, cette stratégie introduit un nouveau principe : la défense active qui active une présence militaire permanente à Narva, ville située sur la frontière russe.
Le gouvernement a placé ce discours sous une phrase du Premier ministre : « Notre sécurité nationale est guidée par le principe que l’Estonie ne se rendra jamais ». Le texte explicatif de la stratégie détaille la méthode : « La défense militaire repose sur le principe de défense active, selon lequel des mesures actives sont prises contre les forces ennemies pour prévenir ou entraver une attaque ou en réduire l’efficacité, y compris par des frappes en profondeur sur le territoire ennemi ».
La défense du territoire garde son importance, mais l’objectif change. Le document fixe comme but que « les hostilités n’aient pas lieu sur le territoire de l’Estonie ».
Narva, la base qui matérialise la doctrine
La radiotélévision publique estonienne ERR a confirmé en juillet que les travaux préparatoires avaient commencé à Narva. Une unité de la 1re brigade d’infanterie, jusqu’à 150 militaires, doit s’installer début 2027 dans une base provisoire en conteneurs. La base définitive pourra accueillir 1 000 personnes, dont environ 200 affectées en permanence. Son coût dépasse 20 millions d’euros, financés en grande partie par des fonds européens, et sa livraison est repoussée à l’été 2028.
Le retard s’explique par la politique locale. « La situation précédente dans la politique de Narva et l’administration de la ville nous a empêchés d’avancer », a expliqué Ando Voogma, responsable régional du Centre estonien des investissements de défense, à ERR.
Le choix du lieu n’a rien d’anodin. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la bataille de Narva en 1944 avait retardé de sept mois et demi l’effort de guerre soviétique dans la région de la Baltique.
Plus au sud-ouest, à Jõhvi, le quartier général de la 1re brigade d’infanterie quitte la base de Tapa, d’après ERR, pour une installation modernisée avec environ 20 millions d’euros d’investissements. Ce déménagement touche l’état-major, pas l’ensemble de la brigade.
L’idée d’une défense avancée n’est pas nouvelle à Tallinn. En janvier 2024, l’ancien ministre de la Défense Hanno Pevkur justifiait la ligne de défense balte par la nécessité de « défendre l’Estonie dès le premier mètre ». Les médias estoniens évoquaient alors jusqu’à 600 bunkers et positions de tir le long de la frontière avec la Russie.
Le ministère est depuis passé à Martin Herem, nommé le 16 septembre 2026. Le budget de défense du pays atteint 5,43 % du PIB cette année, selon les données publiques disponibles.
