L’or vert des femmes au Bénin: Le karité, une potentialité économique en révélation

Dans les parcs naturels de l’Alibori, de l’Atacora, du Borgou ou des Collines, des dizaines de milliers de femmes parcourent la savane dès les premières lueurs de l’aube. Poussant les herbes hautes et bravant le poids des charges, elles récoltent une ressource précieuse qui ne pousse nulle part ailleurs qu’en Afrique de l’Ouest : l’amande de karité (Vitellaria paradoxa).

Classé au quatrième rang mondial des pays producteurs et exportateurs de karité, le Bénin abrite un trésor dont la valeur ne cesse de grimper sur les marchés internationaux. Quatrième produit d’exportation agricole du pays derrière le coton, l’anacarde et le soja, le karité génère d’importantes devises tout en exigeant très peu d’investissements initiaux. Mais au-delà des chiffres macroéconomiques, c’est avant tout le moteur silencieux de l’économie rurale du Nord.

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L’« or des femmes » : socle de la stabilité sociale

Au Bénin, la filière karité est intrinsèquement liée au leadership féminin. Elles sont près de 600 000 femmes rurales (Peul, Dendi, Waama ou Ditammari), à vivre directement de la collecte et de la transformation artisanale des amandes de karité. Plus de 70 000 d’entre elles sont aujourd’hui regroupées au sein de la Fédération Nationale des Productrices d’amandes et de beurre de Karité du Bénin (FNPK-Bénin).

« Le karité est un trésor. C’est l’argent du karité qui permet la scolarisation des enfants et stabilise les foyers dans nos villages », résume un acteur de la filière. La période de ramassage coïncide en effet avec la soudure agricole et la préparation de la rentrée scolaire. De l’Atacora à l’Alibori, le barattage traditionnel et le pressage de ces amandes sauvages garantissent l’autonomie financière des ménages.

Cette dynamique collective attire un soutien international accru. Dans le village de Kotoubarou comme à Parakou, des initiatives soutenues par le gouvernement du Canada via le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI-Bénin) accompagnent la FNPK-Bénin. Du marketing stratégique à l’élaboration de plans d’affaires quinquennaux, des volontaires épaulent ces femmes pour renforcer leur autonomie de gestion et valoriser leur beurre sur les marchés à forte valeur ajoutée. Récemment, la FNPK a d’ailleurs reçu la distinction internationale de « Communauté Championne » décernée par le PNUE et la FAO lors du lancement de la campagne agricole 2026 à Komiguéa (N’Dali).

Le tournant de la transformation locale

Pendant des décennies, le modèle économique reposait essentiellement sur l’exportation des amandes brutes, principalement vers l’Asie. Or, les dérivés transformés, en premier lieu le beurre de karité recherché par l’industrie de la chocolaterie et de la cosmétique mondiale, se vendent deux fois plus cher selon les acteurs de la chaîne. Face à une demande globale qui excède l’offre et à une concurrence forte avec le cacao dans le secteur agroalimentaire, le Bénin amorce une transition décisive : réduire l’exportation brute pour créer de la valeur ajoutée sur place.

Les capacités nationales de transformation connaissent une accélération inédite. Entre les investissements privés locaux, les acteurs historiques et l’implantation récente d’une unité industrielle de près de 50 000 tonnes au sein de la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), le pays s’approche d’une capacité de transformation industrielle couvrant la quasi-totalité de sa production moyenne, estimée à 80 000 tonnes d’amandes. « Nous n’avons aucun choix, tous les pays qui se sont développés sont passés par l’industrialisation », affirme Armand Kingbo, secrétaire permanent de l’Interprofession du Karité du Bénin qui intervenait dans un entretien accordé à la télévision nationale. « L’enjeu actuel est de sécuriser l’approvisionnement des usines locales tout en veillant à ce que les retombées financières profitent directement aux ramasseuses à la base. », ajoute-t-il

Pour préserver cette ressource, des conventions locales de protection des parcs sont mises en place avec l’appui des Eaux, Forêts et Chasse. La recherche scientifique tente elle aussi de lever les verrous biologiques de l’espèce. Lors de la 16ᵉ Conférence internationale sur le karité organisée à Cotonou par l’Alliance Globale du Karité, des chercheurs de l’INRAB, du CIFOR et d’institutions régionales ont partagé des avancées prometteuses. Grâce aux techniques de greffage et à la biotechnologie (vitroplants), l’entrée en production de nouveaux pieds pourrait être ramenée à seulement 3 ou 5 ans, contre deux décennies à l’état sauvage.

En positionnant la transformation locale au cœur de ses politiques agricoles, soutenues notamment par le Fonds National de Développement Agricole (FNDA) et des partenaires majeurs comme la Coopération suisse, le Bénin trace la voie d’un commerce plus équitable. Un modèle où l’« or vert » des savanes cesse d’être une simple matière première d’exportation pour devenir un véritable levier d’industrialisation et d’émancipation féminine.

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