Nil Bleu et mer Rouge : l'Éthiopie lance un avertissement à ses voisins sans les nommer

L’Ethiopie a déclaré ce 5 octobre, dans un communiqué signé par le ministère des Affaires étrangères, que ni les pressions ni les manœuvres de déstabilisation ne changeront la place du pays sur le Nil Bleu et en mer Rouge. Le communiqué, relayé par l’agence Fana, ne mentionne aucun pays malgré les tensions qui s’accumulent avec plusieurs voisins.

« L’Éthiopie est la source de la rivière Abay, communément appelée Nil Bleu. La quasi-totalité du Nil Bleu prend naissance sur les hauts plateaux éthiopiens, et l’Abay apporte environ 85 % du débit total du Nil. Toute discussion sur l’utilisation et la gestion de l’Abay doit être éclairée par ces réalités fondamentales. » peut-on lire dans le communiqué

Addis-Abeba déplace ensuite le débat vers la côte, car le pays n’a plus d’accès direct à la mer depuis des décennies. Le ministère y voit pourtant un lien intact : « La mer Rouge est un espace maritime auquel l’Éthiopie est liée à la fois géographiquement et historiquement. Malgré l’évolution des frontières politiques au fil du temps, l’Éthiopie reste étroitement connectée à la mer Rouge, sa frontière la plus proche se situant à peine à 30 miles de la côte. Par conséquent, toute discussion sérieuse sur les affaires maritimes régionales et l’architecture de sécurité doit tenir compte des intérêts légitimes de l’Éthiopie et de son lien durable avec la mer Rouge. »

Le passage le plus offensif vient juste après, sans que le moindre destinataire soit cité : « Ces réalités géographiques et historiques ne sauraient être modifiées par la rhétorique politique, les mesures coercitives ou les actes de déstabilisation. Les actions menées par procuration ou les actes d’agression ne changeront pas les faits sur le terrain et ne diminueront pas les intérêts légitimes, le rôle et les responsabilités de l’Éthiopie dans la région. »

Le communiqué se termine sur une double posture, entre main tendue et mise en garde : « L’Éthiopie continue de privilégier l’engagement pacifique, le respect mutuel et la coopération régionale. Elle se tient prête à défendre sa souveraineté, son intégrité territoriale et ses intérêts nationaux essentiels, tout en exhortant l’ensemble des acteurs régionaux à traiter les défis communs par le dialogue constructif, le partenariat et le respect des principes de bon voisinage, plutôt que par la confrontation et les approches à somme nulle. »

Égypte, Érythrée, Somalie : des fronts ouverts

Aucun pays n’est nommé, mais les dossiers en cours laissent peu de doute sur les destinataires du message. L’Éthiopie reste en conflit avec l’Égypte autour du barrage de la Renaissance, et les deux pays viennent de s’expulser mutuellement un diplomate, tandis qu’Addis-Abeba accuse Le Caire, l’Érythrée et le Soudan de soutenir une alliance d’opposition menée par le TPLF, ce que les trois capitales démentent. La Somalie, elle, avait rejeté en 2024 le mémorandum conclu entre l’Éthiopie et le Somaliland pour obtenir un accès à la mer. Or ce dossier pèse lourd pour un pays de plus de 120 millions d’habitants, enclavé depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993.

Laisser un commentaire