Pétrole : le Niger lance un ultimatum de 45 jours aux sociétés chinoises

La CNPCNP, WAPCO et la SORAZ, les trois sociétés du partenariat pétrolier avec la Chine, ont 45 jours pour corriger leurs manquements, depuis la déclaration publique du comité de négociation le 13 octobre 2026 au Niger. Le comité affirme que plus de 3 000 milliards de francs CFA de recettes d’exportation n’ont pas été rapatriés depuis le début des ventes de brut. Cette nouvelle étape s’ajoute à plus d’un an de tensions entre les autorités nigériennes et les groupes chinois, et elle ouvre une phase décisive pour la suite de leur coopération.

Le ministre des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, qui préside le comité, a lu la déclaration à l’issue d’une réunion avec les trois sociétés, selon Le Sahel du 14 octobre. Le comité dit avoir constaté des manquements du côté chinois sur les 45 engagements du protocole de partenariat signé en mai.

Recettes, recrutements et réserves : les griefs du comité

Sur l’argent, le comité a indiqué que « en deux ans, seuls 105 milliards de francs CFA ont été rapatriés ». Il explique que cette somme correspond au reliquat revenant à l’État après le remboursement du prêt de 400 millions de dollars en 2024, pour lequel l’État avait affecté 80 % de ses recettes. Il a ajouté que « le Niger ne peut pas continuer à dispenser ces sociétés du respect d’une obligation communautaire qui leur est applicable ».

L’emploi figure aussi parmi les griefs. Les recrutements devaient commencer dès la signature, avec un plan sur quatre ans pour remplacer progressivement les expatriés, dont 558 travaillent sur les sites opérés par la CNPC. Selon le comité, rien n’a été fait dans ce sens. Il relève aussi que les réserves du bloc d’Agadem n’ont jamais été certifiées par un cabinet indépendant depuis 2008.

Le comité relie enfin les difficultés d’approvisionnement en carburant à la raffinerie de Zinder. « Les tensions d’approvisionnement que connaît le pays ont plusieurs causes, parmi lesquelles figure la baisse de production de la raffinerie », a-t-il expliqué. Elle tourne à 15 000 barils par jour, soit 75 % de sa capacité nominale de 20 000.

Dans le délai fixé, les trois sociétés doivent transmettre des états rectifiés sur les rapatriements et leurs plans de nigérianisation des postes. Elles doivent aussi lancer les recrutements, engager les audits des ressources humaines, coopérer à la certification indépendante des réserves et appliquer la solution proposée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour le rapatriement des recettes.

Une année de tensions depuis mars 2025

Rappelons que ce délai de 45 jours suit une série de désaccords. En effet, en mars 2025, les autorités militaires ont ordonné aux dirigeants de la CNPC, de WAPCO et de la SORAZ de quitter le pays en 48 heures, en leur reprochant de ne pas appliquer les règles sur le contenu local. Puis, un comité de négociation a été créé par décret présidentiel le 29 juillet 2025 et a mené près d’un an de pourparlers. Ces discussions ont abouti le 18 mai 2026 à la signature du protocole. L’État nigérien a obtenu un accord de principe pour une participation de 45 % dans WAPCO, et le tarif de transport par le pipeline vers le Bénin est passé de 27 à 15 dollars le baril. La CNPC produit du brut dans le bloc d’Agadem depuis 2011.

Outre cet ultimatum, la pression monte aussi sur un autre dossier. Et pour cause, depuis le 25 septembre, du brut et du gaz s’échappent du puits Goumeri W8, dans le bloc d’Agadem exploité par la CNPC. Le ministère nigérien du Pétrole parle d’un incident d’une gravité « exceptionnelle », et une enquête doit établir les responsabilités.

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