Au Sénégal, une créatrice de contenus de 29 ans, connue sous le pseudonyme « Nourah Ba », est en garde à vue depuis le vendredi 9 octobre 2026. En effet, la Division spéciale de cybersécurité l’a interpellée pour des propos jugés contraires aux bonnes mœurs et incitation à la haine. Et pour cause, l’affaire éclate alors que les discours hostiles aux Guinéens installés dans le pays dominent le débat public depuis quelques mois.
Des élus et des responsables ont pris position sur les Guinéens
Le député non inscrit Papa Tahirou Sarr réclame depuis des mois un durcissement du contrôle des étrangers. Le 17 août 2026, devant l’Assemblée nationale, il a plaidé pour une politique plus rigoureuse sur le séjour des étrangers. Il accuse aussi des commerçants guinéens de peser sur l’économie nationale et avait déjà déclaré que « les rues de Dakar sont bondées d’étrangers problématiques ». Le député Guy Marius Sagna a de son côté adressé une question écrite au gouvernement sur la multiplication des publications haineuses visant des Guinéens sur les réseaux sociaux.
Le 8 septembre, lors de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a répondu sans nommer personne : « C’est un discours extrêmement dangereux. Il faut que cela cesse. » Il a dans le même temps annoncé un renforcement du contrôle des règles de séjour. Le 5 octobre, à Conakry, le vice-président de l’Assemblée nationale sénégalaise, El Malick Ndiaye, a affirmé que la xénophobie n’a sa place ni entre Sénégalais et Guinéens ni ailleurs en Afrique.
Rappelons que les Guinéens forment 40,3 % des étrangers recensés lors du dernier recensement, alors que les étrangers représenteraient environ 2 % de la population du pays selon les chiffres de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD)
Deux versions sur la nationalité
D’après Exclusif.net, des médias sénégalais affirment qu’elle est de nationalité sénégalaise et née à Nguidilé, ce qui contredit les rumeurs la présentant comme guinéenne. Le Collectif d’associations contre la xénophobie (CAX), lui, la présente comme une compatriote guinéenne et l’une de ses membres. Il a lancé une cagnotte pour financer ses avocats, initiative relayée par Mamadou Lamine Ba. À ce stade, aucune source officielle (état civil, parquet, défense) n’a tranché entre les deux versions.
Selon la presse sénégalaise, elle aurait visé les Sénégalais, le président de la République et des guides religieux. Une annonce antérieure à l’arrestation la disait attendue au Sénégal le 13 octobre, convoquée à la suite de plaintes dont les auteurs n’ont pas été identifiés. Cette chronologie diffère de l’autosaisine du parquet. Aucun déferrement ni aucune décision judiciaire n’avait été rendu public au 11 octobre 2026.
