L’association franco-béninoise « Itinéraire et mémoire de l’esclavage » a présenté, vendredi 16 octobre à l’Université d’Abomey-Calavi, un projet de parcours immersif reliant Abomey à Ouidah. Vingt sites historiques, huit communes, trois départements : la première vague de volontaires est attendue en décembre.
Des chaînes, une marche forcée, et au bout de l’horizon, l’océan et la porte du non-retour. C’est ce chemin que l’association franco-béninoise « Itinéraire et mémoire de l’esclavage », en partenariat avec le Larred du professeur Dodji Amouzouvi, veut transformer en parcours de mémoire et en levier de développement économique. Le projet « La Route des esclaves » a été dévoilé vendredi 16 octobre à l’Université d’Abomey-Calavi, devant un parterre de professionnels et d’acteurs institutionnels.
Il ne s’agit pas d’une simple visite guidée. Selon Hugues Mensah, président de l’association, le parcours reconstitue de manière quasi-chronologique le trajet effectué par les esclavisés depuis Abomey, l’un des foyers de départ, jusqu’à Ouidah. Plus de 111 km à travers trois départements — le Zou, le Couffo et l’Atlantique — et huit communes : Abomey, Agbangnizou, Zogbodomey, Lalo, Toffo, Allada, Tori Bossito et Ouidah.
Vingt sites historiques sur le tracé
L’équipe a répertorié pas moins de 20 sites historiques. Des lieux de mémoire comme la Maison Houinato à Abomey, le marché Kinta Danli, la place Ninsouxwé à Ouidah, ou encore le célèbre « marché de vente d’esclaves ». « Ce trajet est parsemé de plusieurs escales qui permettaient aux esclaves de bivouaquer, de se désaltérer, de prendre des forces, de manger ou même de dormir », explique Hugues Mensah. L’association promet de « mettre les touristes dans les mêmes conditions que leurs illustres ascendants », en s’appuyant sur une documentation détaillée de chaque étape.
Un écosystème touristique en construction
L’initiative s’inscrit dans l’ambition touristique portée par le gouvernement depuis 2016, qui propulse le tourisme, la culture et les arts comme catalyseur de développement socio-économique, avec un investissement de près de 2 milliards d’euros. Le projet « route des esclavisés », qui cible particulièrement les Afro-descendants, vient enrichir un écosystème déjà marqué par les Vodun Days et la réinvention de la cité lacustre de Ganvié.
« Vu l’idée du projet, il y a différents axes, différents prismes qui peuvent être appréhendés pour se greffer sur des choses qui se font déjà. Peut-être qu’un ou deux événements peuvent permettre d’aller dans une globalité pour pouvoir donner une vision plus précise », a suggéré Suzanne Delaunay, membre du Comité des rites Vodun.
Appel à la mobilisation
Au-delà de la dimension éducative et de la politique mémorielle, le projet contribuera au « soft power » du Bénin. « Il y a la question de la connexion interne et externe des Béninois de la diaspora avec leur famille d’origine », souligne le président de l’association. L’objectif est aussi de créer des emplois et d’insérer cette offre unique dans la boucle des circuits touristiques nationaux.
Si le rêve est grand, les défis le sont tout autant. Les initiateurs l’admettent : les obstacles sont d’ordre administratif, socio-économique, technique et financier. L’aménagement du circuit à certains endroits nécessitera de gros investissements. La mobilisation des ressources financières reste le plus grand défi, tout comme la réussite de la mobilisation sociale autour du projet pour en faire une initiative communautaire.
Rallier les populations locales
Jean-Marie Anigle, directeur départemental de la Culture, accueille le projet avec enthousiasme. « Celui qui a initié ce projet, il faut le féliciter. Il faut le féliciter tout simplement parce qu’il est en train de faire renaître la mémoire de notre pays, la mémoire de tout ce que nos ancêtres avaient vécu. » Il y voit une opportunité de booster le tourisme local.
« Nous-mêmes qui sommes là, qu’on fasse ce trajet avec ceux qui viennent de l’extérieur pour vivre cet événement. Que le jour où il y aura réellement le rendu de ce projet, qu’on puisse surtout se rendre disponible, sensibiliser la population pour qu’elle soit présente, pour qu’on puisse aller jusqu’à Abomey, marcher dans les lieux du possible pour aller jusqu’à Ouidah, pour montrer que nos ancêtres ont souffert et grâce à eux nous avons aujourd’hui la liberté. »
L’association a prévu de conduire la première vague de volontaires sur « les traces des ancêtres esclavisés » en décembre prochain.