Diplomatie béninoise : des succès en demi-teinte

Recevoir en un mois le souverain pontife, le président sud-africain Jacob Zuma et organiser le sommet du Conseil de l’Entente, cela ressemble bien à un exploit diplomatique pour le petit Bénin. Mais sous cette diplomatie de prestige, coûteuse et ruineuse pour l’Etat par ces temps de crise, il y a plein d’échecs et de déboires qui amènent à relativiser les quelques succès enregistrés.

Combien a coûté pour notre pays, l’organisation de la visite du Pape Bénoît XVI ? A cette question que lui a posée un confrère en conférence de presse, le ministre des affaires étrangères Nassirou Bako Arifari est resté très circonspect. « L’hospitalité n’a pas de prix », avait-il répondu succinctement. Si le coût officiel de ce voyage apostolique du vicaire du Christ n’est pas connu, les indiscrétions racontent qu’il avoisinerait le milliard de f cfa. Le prix importe peu surtout que l’arrivée de cette autorité morale de renommée mondiale a propulsé notre pays sous les feux de la rampe, et lui a permis de se taper trois bons jours de publicité au plan international. L’opération en vaut le coût surtout que le discours papal, tel un antidote, a contribué à la décrispation de l’ambiance politique dans le pays. Là, le Bénin a réalisé à la fois un coup médiatique et diplomatique. Idem lorsqu’il accueille le sommet du Conseil de l’Entente, important sommet qui marque la résurrection de l’organisation sous régionale née un peu avant les indépendances et sous les auspices du président Félix Houphouët Boigny. Si ici les retombées ne sont pas tangibles et quantifiables comme celles obtenues après le passage chez nous de Jacob Zuma, président du plus riche pays africain de l’heure, on peut au moins se réjouir d’avoir réussi à faire déplacer à Cotonou cinq présidents à la fois, dont Blaise Compaoré. Celui là même dont le pays -le seul- s’est opposé à l’élection de notre pays à la présidence de la commission de la Cedeao. Sur toute la ligne, le Bénin a pu impressionner.

Que d’échecs!

Ailleurs, la même diplomatie a montré d’énormes signes de faiblesse. C’est le cas du positionnement des cadres béninois dans les institutions internationales, régionales ou sous-régionales. Non seulement le Bénin n’a pu imposer de nouveaux cadres dans ces institutions mais, plus grave, il a perdu en moins de six mois d’importants postes de responsabilité que ces derniers occupaient.

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C’est Abraham Zinzindohoué qui inaugure la série noire avec la perte de son poste de président de la Cour de justice de l’Uemoa alors que depuis Cotonou, il a reçu les assurances des autorités que toutes les négociations étaient bouclées pour lui permettre d’être maintenu. A l’Unesco, le prof Joseph Olabiyi Yaï connaîtra la même fortune et le Bénin perd sa place de membre du conseil exécutif. Des mois plus tôt, notre pays avait eu la chance inouïe de bénéficier de deux postes dans les institutions régionales avec la démission d’Abdoulaye Bio Tchané de la présidence de la Boad. Christian Adovèlandé l’autre Béninois qui dirigeait la Banque d’investissement de la Cedeao (Bidc) a pris la tête de la Boad, histoire pour notre pays de conserver le poste abandonné par Tchané happé par le virus de la politique. Or, il était souhaitable de laisser Adovèlandé à la tête de la Bidc et de nommer un autre compatriote à la tête de la Boad pour autant que les deux institutions appartiennent à des institutions différentes: l’Uemoa et la Cedeao. Le plus affligeant des déboires diplomatiques est venu d’Abuja le mois dernier où le Bénin a été incapable de briguer la présidence de la commission de la Cedeao qui lui revenait de droit, après s’être débarrassé de la Bidc. Alors que tous les pays de la Cedeao -ou presque- étaient acquis à notre cause, le Burkina Faso surgit de nulle part et remet en cause cet acquis. Depuis, les chances du Bénin se sont amenuisées lors des négociations. Et pour cause, d’autres pays se seraient ajoutés au Burkina Faso. On susurre aussi que lors des négociations en coulisse pendant ce sommet, le Bénin a été incapable de présenter de visu son candidat comme le bon sens et le respect pour ses pairs le prévoiraient.

Sur toute la ligne, le Bénin a monté ses limites dans les tractations de coulisse, les conciliabules très nécessaires pour convaincre ses partenaires. Or, ces postes de responsabilité permettent aux pays qui les détiennent de se donner plus de visibilité sur le plan international et de s’ouvrir d’autres opportunités. A ce niveau, le Bénin ne fait pas amende honorable. C’est ainsi qu’il a eu des difficultés à imposer le port de Cotonou comme le port de transit pour l‘uranium du Niger. Depuis les leçons du président de l’Assemblée nationale du Niger, le Bénin court derrière l’uranium de ce pays avec un concurrent de taille: le port d’Abidjan. Là aussi la diplomatie béninoise est mise à nouveau en difficulté. Et face à ce tableau peu reluisant des échecs, la valse des visites de prestige ici n’apparaissent plus comme des exploits mais des opérations de charme d’une diplomatie vraiment malade.

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