Prise en charge médicale des PPVIH au Bénin : bientôt, l’impasse

La lutte contre le Vih/Sida au Bénin est frappée de plusieurs obstacles qui n’augurent pas une bonne prise en charge médicale des Personnes vivant avec le VIH/sida. Au premier plan de ces obstacles se trouve l’insuffisance des ressources financières allouées sur le budget national pour l’acquisition des ARV et produits de laboratoire. Avec la crise de financement mondiale de la lutte contre le sida, il urge que l’Etat béninois prenne ses responsabilités. 

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La lutte contre le Vih/Sida au Bénin est confrontée régulièrement aux problèmes de rupture d’antirétroviraux (ARV) et de réactifs. Le peu de financement de l’Etat de la lutte en est pour beaucoup. D’abord le retard dans la mise en place du crédit qu’accorde le Bénin à la lutte est une première cause. «Parfois, on nous accuse au Pnls, programme national de lutte contre le sida, de n’avoir pas fait la commande à temps. Ce qui n’est pas vrai. Déjà en mars, j’ai fait mes prévisions jusqu’en juin 2013. L’Etat nous donne souvent sa subvention en retard.», déplore le Dr Mireille Ahoyo, Chef service gestion des médicaments et produits de laboratoire au Pnls. Quand le retard de crédit entraîne effectivement le retard de commande, le non respect du calendrier préétabli en termes d’acquisition et de distribution d’ARV et de réactifs est évident. Cette situation “brouille” les cartes au niveau du processus de prise en charge des malades quelle que soit la volonté affichée de certaines autorités. Le recours dans ce cas, ce sont les stocks de sécurité.
Malheureusement, ce secours ne peut en aucun cas remplacer un stock “ordinaire”. Les structures en charge de la lutte contre le sida ne peuvent pas disposer des stocks de sécurité devant couvrir une période de six mois de façon continue. La durée de vie des molécules est limitée. «On ne peut pas avoir un stock de sécurité de deux ans pour des molécules de trois ans de vie. La solution, le gouvernement doit nous permettre la dérogation aux procédures de passation des marchés. Entre temps, plus précisément sous le ministre Takpara, nous n’avons pas pu avoir cette autorisation. Selon le ministre, si cette dérogation devra être effective, elle ne pourrait l’être que de façon ponctuelle et non permanente.» se rappelle Docteur Ahoyo.
Le second recours souvent utilisé, c’est les pays amis auxquels le Bénin fait appel en cas de rupture d’ARV. Mais tout n’est pas rose pour ceux-ci non plus. Ils ont indubitablement leurs problèmes aussi à gérer. De ce fait, leur réponse aux demandes du Bénin n’est pas automatique toutes les fois.

Insuffisance des crédits de l’Etat

Même si les crédits de l’Etat venaient à temps, ils sont assez insignifiants par rapport aux besoins financiers dans le domaine du Sida. «Sur près de 1,5 milliard de F Cfa, l’Etat donne 140 millions.», nous apprend le Chef service gestion des médicaments du Pnls. A noter que ces montants ne concernent que les dépenses en ARV.
La principale source de financement de la lutte contre le sida au Bénin demeure les partenaires extérieurs. Ce qui fait de ces partenaires, les «dieux» de la lutte au Bénin. Ils ont toute la latitude de s’imposer aux instances nationales dont la marge de décision ne peut que se réduire du moment où ce sont les partenaires qui financent la presque totalité du combat. «Dans un pays où l’Etat ne donne que 140 millions F Cfa sur 1,5 milliard F Cfa, parce qu’il estime que le Pnls a plusieurs partenaires et n’a pas besoin d’aide de l’Etat, les partenaires peuvent s’imposer», confirme le Dr Mireille Ahoyo.
Les partenaires techniques et financiers qui appuient le Bénin ont leurs propres procédures de financement ou d’acquisition de biens et services. La diversité de ces procédures, en l’absence d’un mécanisme de panier commun des ressources, impacte négativement les délais de commande des ARV et réactifs. Et, le défaut d’un financement conséquent de l’acquisition des ARV et réactifs par l’Etat assujettit la prise en charge médicale des PVVIH aux contingences des procédures des partenaires.

La marche douce vers l’impasse

Plusieurs partenaires ont déjà arrêté leur intervention au Bénin, notamment la Fondation Clinton qui finançait l’acquisition des ARV de 2ème ligne et les pédiatriques. En guise d’avertissement, ils en appellent à une prise en charge plus conséquente par le gouvernement béninois. «Déjà, le Fonds mondial demande à ce que l’Etat prenne en charge les 60% des premières lignes», souligne Docteur Ahoyo. Les molécules de première ligne sont les premiers traitements en Arv que reçoivent les malades du sida.

En 2011, les dépenses pour cette première ligne ont été évaluées à 1.470.994 € (964.908.811 francs Cfa) contre 2.261.607 € (1.483.516.943 francs Cfa) en 2012. 60% des dépenses prévisionnelles pour l’année 2012 font déjà plus de 800.000.000 de francs Cfa. Il est aisé de déduire que l’entièreté de la  subvention actuelle de l’Etat, 750 millions dont 152 pour les ARV, ne pourra même pas suffire pour couvrir ces 60%. Et s’il va falloir ajouter toute la suite des dépenses, ce serait une cessation de prise en charge des Pvvih au Bénin. Pour 2012, seuls les Arv sont en effet estimés à 2.136.150.900 F Cfa.
«Depuis l’alerte du Fonds mondial, le Bénin ne réagit pas. Si à partir de l’année prochaine, le Fonds mondial cesse de couvrir les premières lignes, qu’est-ce qui va se passer ?», se demande Docteur Ahoyo. «Gratuité, certes, mais c’est quelqu’un qui finance. Et actuellement ceux qui financent cette gratuité ont de problèmes chez eux.», ajoute-elle.
Il est évident que le Bénin ne doit plus continuer à compter sur les financements extérieurs dans le cadre de la lutte contre le Sida. Il faut désormais une réponse nationale conséquente. «C’est de commencer par mettre de façon graduelle les Arv sur le budget national.», propose Docteur Mireille Ahoyo.

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Enquête réalisée avec le concours de l’ONG CeRADIS

 

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