Décès de l’écrivain Chinua Achebe : le monde littéraire africain perd un baobab

Le Nigérian Chinua Achebe, l’un des pères de la littérature africaine, est décédé jeudi 21 mars dernier, à Boston aux Etats Unis, dans sa quatre-vingt-troisième année.

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Le jeudi 21 mars 2013 était un jeudi noir pour la communauté littéraire africaine, surtout celle d’expression anglaise. Et pour cause ! C’est à cette date qu’est décédé dans un hôpital à Boston, aux Etats-Unis, l’un des Patriarches de la littérature africaine d’expression Anglaise ; le Nigérian Albert Chinualoumogu Achebe.

Né le 16 novembre 1930 à Ogidi au Nigéria, Albert Chinualumogu Achebe change son prénom au cours de ses études pour un prénom plus court, et devient Chinua Achebe.

Né de parents fervents chrétiens, Achebe s’instruit d’abord chez les chrétiens missionnaires, puis grâce à une bourse, intègre le lycée de l’Umuahia avant de poursuivre ses études à l’université d’Ibadan de 1948 à 1953 où il obtient un Ba (Bachelor of Art), l’équivalent d’une maîtrise dans le système français. Avant d’entrer à la Nigerian Broadcasting Corporation (Nbc), Achebe effectue quelques voyages en Afrique et aux États-Unis et travaille quelque temps comme professeur d’anglais. Il suit une formation à la Bbc britannique, et commence à travailler à la Nigerian Broadcasting Corporation en 1954.

Directeur des éditions Citadel Books à Enugu, il a fondé et dirigé de 1962 à 1972 la célèbre collection «Écrivains africains» aux éditions Heinemann, et dirige, depuis 1962, la revue littéraire Okike.

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«Père de la littérature africaine moderne».

Romancier, poète et essayiste très fécond (lire bibliographie en encadré), il est l’auteur du best seller de la littérature africaine d’expression anglaise, Things Fall Apart, vendu à dix millions d’exemplaires dans environ cinquante pays et traduit dans plusieurs langues. Il n’obtient pas le Prix Nobel de la littérature décerné plutôt en 1986 à son compatriote Wolé Sonyinka, mais Achebe obtient d’importantes distinctions honorifiques (lire encadré). Paralysé des membres inférieurs après un accident de voiture en 1990, Achebe a longtemps été professeur à la Brown University. Cet homme qui laisse à sa descendance scientifique un héritage bien dense, a été de deux grands combats menés par la littérature africaine. Après avoir écrit pour la réhabilitation de la tradition africaine, il était aussi au front pour dénoncer les tares qui ont caractérisé l’Afrique d’après les indépendances.  Il a, pour rappel, soutenu la guerre du Biafra.

«En sa compagnie, les murs de la prison tombaient», a commenté à son sujet Nelson Mandela, selon  la Fondation Mandela, cité par le journal Le Monde sur son site web. Le même journal donne les impressions de l’écrivaine sud-africaine et Prix Nobel de littérature, Nadine Gordimer, qui s’est déclarée «choquée» par sa mort et a salué «un ami proche» et un «humaniste». Celle-ci l’avait déjà qualifié en 2007, quand il recevait le Man Booker International Prize, émanation du Booker Prize, le plus grand prix littéraire britannique de «père de la littérature africaine moderne». Le Monde a cité aussi le commentaire du jury du prestigieux Prix de la paix des libraires allemands, qu’il a reçu en 2002. «Il était devenu un classique de son vivant, une des voix les plus fortes et les plus subtiles de l’Afrique dans la littérature du XXe siècle, un moraliste et un grand narrateur. Il passe pour le fondateur de la tradition littéraire de l’Afrique de l’ouest avec une œuvre très imprégnée par la tradition orale de son peuple.»

Quelques citations

  • « Pour ma part, je serais plus que satisfait si mes romans pouvaient déjà montrer à mes lecteurs que leur passé -avec toutes ses imperfections- n’était pas une longue nuit de sauvagerie dont ils ont été délivrés par les premiers européens agissant au nom de Dieu»
  • «Des auteurs comme Ernest Hemingway ont représenté la population noire africaine comme des sauvages et sont ainsi à l’origine d’un immense blasphème. c’est pourquoi j’ai décider de tenter d’écrire des livres où les personnages étaient des africains comme je les connais.»
  • «Les occidentaux voient un message moral dans l’art comme une faiblesse. Chez les occidentaux, un roman qui est qualifié de «politique» est un roman qui n’est pas très bon. Ou alors les critiques disent «malgré son message politique, il est bon», et dire ça constitue en soi quelque chose de très politique. Car cela signifie que «le monde est bien comme il est ; il n’y a pas besoin d’introduire des problématiques externes ou politiques dans l’histoire.»
  • «Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur.»

 Les Œuvres d’Achebe

  • Things Fall Apart, 1958
  • No Longer at Ease, 1960
  • The Sacrificial Egg and Other Stories, 1962
  • Arrow of God, 1964
  • A Man of the People, 1966
  • Chike and the River, 1966
  • Beware, Soul-Brother, and Other Poems, 1971 (prix du Commonwealth 1972)
  • How the Leopard Got His Claws (with John Iroaganachi), 1972
  • Girls at War, 1973
  • Christmas at Biafra, and Other Poems, 1973
  • Morning Yet on Creation Day, 1975
  • The Flute, 1975
  • The Drum, 1978
  • Don’t Let Him Die: An Anthology of Memorial Poems for Christofer Okigbo (editor with Dubem Okafor), 1978
  • Aka Weta: An Anthology of Igbo Poetry (co-editor), 1982
  • The Trouble With Nigeria, 1984
  • African Short Stories, 1984
  • Anthills of the Savannah, 1988
  • Hopes and Impediments, 1988
  • Home & Exile, 2000

Distinctions

  • Margaret Wrong Memorial Prize (1959)
  • Nigerian National Trophy for literature (1960)
  • Commonwealth Poetry Prize (1972)
  • Commonwealth Poetry Prize (1979)
  • Nigerian National Merit Award (1979)
  • Peace Prize of the German Book Trade (Prix de la paix des libraires allemands) (13 oct 2002)

Lire aussi : Le Doyen Olympe BHÊLY-QUENUM rend un vibrant hommage post mortem à l'écrivain nigérian Chinua Achebe

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