Constitution : ce que veut le peuple

Constitution : ce que veut le peuple

Constitution : Députés et juristes décortiquent le projet de Talon

Mémorable semaine que celle que nous venons de vivre. Le gouvernement est bousculé de toutes parts. Des voix se sont élevées. Des grèves ont flambé ici et là. Des sit-in ont été organisés devant le Parlement. Dans la ligne de mire de cette agitation une cible unique : le projet de révision de la constitution. En l’espace d’une année, quelle singulière expérience pour le gouvernement de la République. Il est passé de l’état de grâce qui l’habillait d’une candeur immaculée à un bras de fer sans merci avec certaines catégories sociales.

On peut le prendre de haut sur le mode de “laissons les enfants s’amuser” ou sur celui de “Pardonnez-leur, Seigneur, car ils ne savent pas ce qu’ils font”. On peut, a contrario, en faire une lecture plus engagée et plus engageante, dans l’esprit de cerner les contours d’une crise dont il nous faut faire coûte que coûte l’économie. Nous n’en avons pas besoin.

L’agitation de la semaine que nous venons de vivre est à apprécier comme la manifestation d’un peuple politiquement mature. Le Béninois est au fait des enjeux de l’heure. Il est prêt à défendre, bec et ongles, ses intérêts bien compris. Pourquoi un volcan endormi se réveille-t-il, soudain, et éructe tous azimuts des laves de feu ? Pourquoi le Béninois connu et reconnu comme pacifique sort-il, soudain, de son apathie et de son silence à l’occasion de la révision de sa constitution ?

La réponse à la question est simple. Le Béninois exige d’avoir son mot à dire et d’avoir sa partition à jouer. On peut prendre et on peut voter à tout moment des lois. Mais ce n’est pas tous les jours que l’on écrit ou que l’on révise une Constitution. Prendre et voter des lois, c’est du domaine de l’ordinaire, de l’histoire évènementielle. Réviser une constitution, c’est choisir de se situer sur le terrain historique d’un acte fondateur. Par rapport à quoi, le Béninois refuse de confier son sort à autrui. Le Béninois entend recouvrer la plénitude des prérogatives du citoyen qu’il est et qu’il entend rester. Le Béninois exige son droit, même si la plupart de nos textes de loi sont en français, à comprendre, dans le sens de ses intérêts, ce qu’on veut faire en son nom. De ce point de vue, l’actualité agitée de ces derniers jours est à comprendre comme la triple réponse du peuple béninois aux enjeux impliqués par la révision de notre constitution.

Première réponse : la Constitution est la mère de l’Etat de droit. Comme telle, elle gère le présent et l’avenir de chacun et de tous dans une société comme la nôtre que nous voulons de liberté, de responsabilité et de solidarité. Le Béninois sait et reste convaincu qu’il récoltera au centuple, demain, ce qu’il investit à participer, aujourd’hui, à la fondation de la loi suprême qu’est la constitution.

Deuxième réponse : il est des matières pour lesquelles autant mieux avoir affaire à Dieu qu’à ses saints. Etant entendu, par ailleurs, que la voix de Dieu et la voix du peuple. Il n’y a pas fondamentalement, comme on l’entend dire, une crise de confiance entre le peuple et ses représentants élus que sont nos députés. Mais il y a plutôt la volonté affirmée du peuple en faveur d’une prise en charge directe de soi par soi, sans intermédiation aucune. Au-delà des mots et des discours, c’est la souveraineté du peuple en action, dans son état le plus pur, dans sa manifestation la plus dure.

Troisième réponse : s’il en est ainsi, le peuple se sent et se sait non seulement concerné, mais surtout impliqué. La Constitution n’est pas et ne peut pas être la chasse gardée d’une poignée de spécialistes du droit. La Constitution ne peut se réduire en une partie de ping-pong entre l’Exécutif et le Législatif. Erreur de figer le texte de la Constitution dans la langue de Molière que ne parle et ne comprend qu’une minorité de Béninois. Erreur d’adopter une constitution sans un large débat à l’échelle de la nation entière.

Enfin, le Béninois sait qu’il n’aura pas à se servir de sa main pour écrire le texte final de la Constitution. Aussi souhaite-t-il se servir au moins de sa main pour glisser un bulletin dans l’urne : signe d’une légitime adhésion ou manifestation d’une totale désapprobation. Toutes les options doivent être ouvertes.

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