Et les éléphants se taisaient

Et les éléphants se taisaient

La démission de Candide Azanaï, aura été un coup de tonnerre dans un ciel clair. Le projet de révision de la Constitution aura été la toute dernière éruption du volcan Bénin

Bénin : L’opposition à Patrice Talon se dessine

Appelons-la ainsi. L’ère Patrice Talon, vieille d’une année, a déjà enregistré des secousses sismiques d’ampleurs variables. Des secousses suffisamment fortes pour qu’on s’y arrête. Les gens de Ouidah diront “Ni Mahu ma do houé wêya “si Dieu n’avait pas été là, le pays aurait tangué sur ses bases.

Qu’est-ce qui vaut à notre pays cette formidable baraka, c’est-à dire cette bénédiction, cette chance de sortir sans encombre, chaque fois et toutes les fois, des zones de turbulence ? La thèse selon laquelle “Dieu aime le Bénin” est suffisamment éculée pour retenir l’attention. C’est la formule lapidaire du professeur Albert Tévoèdjrè qui fait florès : “Ici, c’est le Bénin”. Comprenne qui voudra. Comprenne qui pourra.

Plus sérieusement, par temps d’orage et de tempête, quelles sont nos digues de protection durable ? Qui sont nos recours fiables ? Qui sont nos bras secourables ? Ceci, par-dessus et par-delà le jeu des institutions de la République. Commençons par appeler à la mémoire quelques unes des secousses qui ont ébranlé l’édifice national sous l’ère Patrice Talon.

L’élection présidentielle de 2016, qui a ouvert cette nouvelle ère, n’aura pas été des plus calmes. Ce fut une empoignade de titans à l’issue problématique : le calibre des candidats, l’importance des enjeux, le volume des moyens engagés, la somme des énergies libérées…La pression était forte dans le chaudron béninois alors au bord de l’implosion.

L’affaire Sébastien Ajavon était venue brutalement mettre fin à l’état de grâce postélectoral. Ce furent les premiers coups d’aiguilles pour détricoter la coalition au pouvoir. Une coalition embarquée pour un “Nouveau départ”. Le pays pourra-t-il partir ? Le pays pourra-t-il bien partir ?

L’an I de l’ère Patrice Talon aura été marqué par des destitutions en série de maires. Ces incendies locaux, périodiquement allumés, continuent de troubler la quiétude de nos entités décentralisées. Le développement peut attendre. La politique politicienne continue de faire des siennes.

La libération des espaces publiques, notamment à Cotonou, aura pris les allures d’un one man show qui contrastait avec le désarroi des déguerpis. Une mesure reconnue pourtant juste allait vite s’effilocher en des actions peu catholiques. Le Gouvernement dut le confesser avant de promettre réparation.

La démission du ministre de la Défense, Candide Azanaï, aura été un coup de tonnerre dans un ciel clair. C’est la rupture dans la rupture. Cela vaut lâchage au milieu du gué. N’est-ce pas le signe annonciateur d’une crise plus profonde qui ne dit pas encore son nom ? Quand on pose cette question, seul l’écho répond. L’intéressé a choisi de s’enfermer dans le silence.

Le projet de révision de la Constitution aura été la toute dernière éruption du volcan Bénin. Le cocktail des grèves, des marches, des sit-in, des jeux de coulisses et de couloirs a scellé le sort de ce projet rejeté finalement par le Parlement. Le pays, en quelques jours, a semblé avoir entendu l’appel sinistre du précipice.

Arrêtons la plaisanterie. Il n’y a pas de formule miracle pour conjurer le mauvais sort. Il n’y a que des cerveaux interconnectés pour chercher et trouver ensemble des solutions idoines. Nous avons, dans notre pays, de vrais éléphants. Ils sont doués de la faculté de calmer la fureur de la forêt, de réguler les humeurs de ses habitants. Ils peuvent décrocher, de jour comme de nuit, leur téléphone. Ils peuvent parler à qui de droit, appeler tous protagonistes à la raison, inciter les uns et les autres à faire l’accord sur leurs désaccords.

Dans cet esprit, comptons avec le leadership moral des anciens présidents de la République, de tous autres anciens responsables d’institutions. Recourons, en cas de besoin, à l’expertise de nos sachant, de nos intellectuels. L’éclairage de la science ne sera jamais de trop. Suscitons la médiation des sages et des instances de légitimation que constituent les collèges des rois et des têtes couronnées. Le cadrage des forces morales et religieuses ne doit pas nous faire défaut. La pression contraignante de la société civile est nécessaire. Les interpellations de la presse sont pédagogiques. “Seul ce qui fait mal, a dit Nietzsche, saisit l’homme tout entier et accélère le processus d’irruption de l’esprit en lui”.

Des éléphants, nous en avons. Réveillons-les. Eveillons-les à leur devoir national, à leur mission historique. Pour la paix des cœurs et des esprits, le bien du Bénin, le progrès du Béninois.

Commentaires

Commentaires du site 12
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    CODJO ATAKOUN 4 mois

    Les éléphants essaient quand même de ne pas rester silencieux et veulent absolument mettre leur grain de sel. Pour preuve notre Hercule national s’est rendu chez Patrice Talon accompagné de ses deux fils, le gentleman farmer Ganiou et le maire de Cotonou qu’on ne présente plus. Conciliabules. Ensuite cap sur le domicile de Tevos ou le Renard de Djregbé pour un petit apéro bien sec qui se boit dans un petit verre et d’un seul coup ! Les éléphants sont de sortie et sûest ce qui en ressortira ? Remarquez que maman Rosine n’est pas de la partie ! Comment pourrait il en être autrement puisqu’elle est persona grata après sa sortie concernant la révision de la constitution.

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    Che Guevara 4 mois

    Notre pays a besoin de stabilite sociale pour affronter ses defis economiques. Que les uns et les autres apprennent a se mettre a dessus de la melee afin de donner priorité a l’interet general.

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      CODJO ATAKOUN 4 mois

      Commençons d’abord par nous débarrasser de ce business de stupefiants qui donne de notre pays une mauvaise image sur la scène internationale. Patrice Talon s’est piégé tout seul car ce n’est pas encore gagné !

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    GbetoMagnon 4 mois

    Question de génération sans nul doute. Je vois les choses autrement.

    L’Histoire politique du Bénin montre, à mon avis bien sûr, que âge et sagesse n’ont (et toujours), pas rimé souvent…

    J’essaye de faire court et saute directement à la conclusion de mon propos. L’une des origines sociétales des problèmes du Bénin, de mon point de vue, tient au fait que la mentalité béninoise est tout simplement amorale (pas immorale),

    Autrement dit, lorsqu’on est soi même concerné (du côté du manche), seul vaut le profit qu’on peut tirer de sa position, pour soi même et les siens; avec la force de conviction que donne le sentiment d’une légitimité naturelle, qui prévaut sur le Droit.

    Quitte à retrouver le sens de l’intérêt général et des valeurs, avec la même ardeur et une sincérité qui forcent le respect, lorsque vient le temps de juger les excès de celui qui, ivre de pouvoir et d’impunité, se goinfre à son tour.

    Je concède pourtant que lorsqu’il y a le feu au lac, les derniers événements l’ont montrés; le pays a besoin de toutes les bonnes volontés pour stopper les fous, hallucinés de toute puissance obtuse.

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      GbetoMagnon 4 mois

      “les derniers événements l’ont MONTRE”

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      CODJO ATAKOUN 4 mois

      Gbetomagnon, ton commentaire pourrait avoir du sens pour les gens doués de raison. Ce qui nous a sauvé au Bénin, c’est le fait que la plupart du temps les gens du Nord ont dirigé le pays et cela a permis un certain équilibre. Si pendant toutes ces années le pouvoir avait été confisqué par les Sudistes il y a longtemps que l’explosion aurait eu lieu dans notre pays. Oui il est a regretté avec le recul qu’on n’est pas laissé Hubert Maga aller au bout de son mandat. Je ne sais pas pourquoi une certaine impression de surpuissance saisit les gens du Sud dès qu’ils ont le bâton de commandement en mains. Peut être bien qu’ils se prennent pour nos anciens rois avec leur pouvoir de vie ou de mort sur chaque citoyen.

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        CODJO ATAKOUN 4 mois

        Oui, il est à regretter ….

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        CODJO ATAKOUN 4 mois

        Oui, il est à regretter ….à l’époque que l’on n’ait pas laissé..

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    Gilou 4 mois

    Tu écris: ”Les amis et en particulier au Benin ne vous disent que ce que vous souhaitez entendre et encore plus lorsque vous êtes milliardaire et president de la République”.
    Pourquoi en particulier au Benin? C’est partout comme ça dans le monde. Donc c’est faux ce que tu écris car ce n’est pas plus particulier au béninois. C’est ce genre de pointage du doigt qui entraine des inimitiés, des hostilité désormais pour toi sur ce forum.

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      CODJO ATAKOUN 4 mois

      Je ne peux parler que de ce que j’ai vécu, c’est pour cela que j’ajoute en particulier. Mais ce n’est pas cela l’essence de mon commentaire. Vous vous arrêtez a des détails que je considère comme des précautions langagières. Je ne sais pas si cela vous parle, Gilou.

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      CODJO ATAKOUN 4 mois

      Vous voulez parler de SPD qui ne fréquente ce forum que depuis peu. Je vois que vous avez été impressionné par son curriculum vitae. Il paraît qu’il donne des cours par correspondance

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    CODJO ATAKOUN 4 mois

    Pour Patrice Talon, demander conseil à des gens expérimentés c’est se montrer pas assez intelligent, c’est céder une parcelle de son pouvoir, ce pouvoir durement acquis. Tous les grands hommes depuis l’antiquité ont des conseillers. De nos jour dans les pays développés, c’est tout un cabinet d’experts qui s’occupe de la communication des ministres et de l’exécutif. Patrice Talon, prône la modernité partout sauf pour sa communication qu’il réserve à son ami Olivier Boco. Mais comment un ami peut il vous dire la vérité en certaines circonstances ? Les amis et en particulier au Benin ne vous disent que ce que vous souhaitez entendre et encore plus lorsque vous êtes milliardaire et president de la République. On connaît bien lh’istoire de ces deux amis dont l’un a été élu chef. N’avait t il pas dit au second que toute familiarité doit cesser entre eux à partir du moment qu’il a été élu ? Vous attendrez longtemps ces éléphants qui décrocheront leur telephone pour prodiguer à notre president des conseils car il n’est pas encore prêt à ce genre de pratique.