Talon, à l’épreuve du pouvoir !

Talon, à l’épreuve du pouvoir !

De mémoire d’homme, Talon n’est jamais apparu aussi blessé dans son amour-propre, aussi frustré de se sentir incompris comme il l’a affiché le 8 avril dernier lors de son interview ...

Talon célèbre ses 200.000 fans sur facebook : Guy Mitokpè critique

Le 24 août 2015, dans sa course à la présidence du Bénin, le candidat Patrice Talon déclarait au micro de la Radio France Internationale : « le Bénin présentement est dans une passe difficile. Toutes les institutions ont perdu la confiance du peuple et le pouvoir exécutif s’est révélé à la fois, surpuissant et décadent. Dans un tel contexte, il n’est pas impertinent de souhaiter qu’un homme, ayant à la fois, les réflexes du management entrepreneurial et la connaissance du milieu politique prenne la main pour rassembler afin d’opérer les mutations qui s’imposent».

Plein d’assurance et de certitude, il avançait, tout rassuré  qu’il détenait la réponse à l’énigme Bénin. Tout semblait d’ailleurs lui donner raison : businessman man à succès, il l’est !

Revenant à son discours du 24 août 2015, Talon avait raison sur un point, et sa déclaration résonne encore aujourd’hui comme une prophétie.

S’il décrivait en ce moment-là l’état du pays sous Boni Yayi, un an après sa prise de pouvoir, la situation n’est guère reluisante. En effet, le Bénin est actuellement dans une passe difficile. Le Président est soupçonné à tort ou à raison d’acheter les députés afin qu’ils votent pour son projet de révision de la constitution. Les déclarations de Rosine SOGLO affirmant avoir reçu de l’argent comme tous ses collègues députés ne sont pas de nature à infirmer cette rumeur. Les députés ont perdu tout crédit dans ce débat sur la révision de la constitution et leur soutien majoritaire au projet de Talon est perçu comme un soutien monnayé. Dès lors, des citoyens commencent par se demander s’il faille se déplacer prochainement pour aller voter aux prochaines législatives, si c’est pour qu’à la fin leurs voix soient marchandées par celui qu’ils auront choisi pour les représenter à l’Assemblée nationale. Une véritable crise de confiance entre le peuple et ses élus, du président de la république jusqu’aux députés !

Crise de confiance aggravée par la méthode Talon qui lui a valu le surnom de télécommande. Homme des réseaux, il est associé à plusieurs intrigues politiques sous ses différents prédécesseurs : financement des hommes politiques de tous bords, soutien à l’opposition au projet de révision de Yayi Boni, etc.

Une méthode de gestion entrepreneuriale en déphasage avec la gouvernance d’une république, peut-on dire ! C’est d’ailleurs l’autre point de sa déclaration du 24 août 2015 sur lequel le candidat Talon avait tout faux lorsqu’il « estime tout de même que l’entreprise est à l’image de la République » et que « les galons visibles d’un chef d’entreprise sont plutôt un atout pour la gestion du pays. » Surtout, il avait la certitude d’avoir « la main pour rassembler afin d’opérer les mutations qui s’imposent » au pays. Aujourd’hui président, il fait le constat qu’entre le discours et la pratique, c’est de la coupe à la bouche : il y a un parcours à faire.

Car, à la lecture du rejet de ce projet de révision de la constitution par une partie de l’opinion nationale et ensuite par l’Assemblée nationale, il est à penser que « les réflexes du management entrepreneurial et la connaissance du milieu politique » ne l’ont pas servi,incapable qu’il a été de rassembler le plus grand monde autour de son projet et de le faire passer au ¾ des députés de l’Assemblée nationale, alors que son ministre de la justice, géniteur putatif du projet avait juré que le mois de mars serait le mois de la révision de la constitution du 11 décembre 1990. Trop d’assurance !?

Si ce projeta révélé la fracture qui existe au sein de la population quant aux questions touchant notre loi fondamentale, son rejet affiché les failles de la méthode Talon et infirme que la république n’est pas à l’image de l’entreprise.

Un échec, et toutes les certitudes s’écroulent comme un château de carte !

De mémoire d’homme, Talon n’est jamais apparu aussi blessé dans son amour-propre, aussi frustré de se sentir incompris comme il l’a affiché le 8 avril dernier lors de son interview par trois journalistes lors de l’émission « à bâtons rompus ».

Le regard dépité, le cœur meurtri, face à ses interlocuteurs, Talon n’a pu contenir sa déception, sa colère qu’il a eu du mal à dissimuler. Cette colère s’est d’ailleurs exprimée sur la radio France internationale accusée d’avoir contribué [aux] évènements de ces derniers temps  [qui] justifient bien ce qui s’est passé (NDLR : l’échec du projet de révision).

L’homme, autrefois serein lorsqu’il s’agissait de se projeter vers le futur, parler de ses projets, s’est montré plus humain. Lui que ses soutiens laissaient pour quelqu’un qui réunirait à lui tout seul l’intelligence de tous les béninois n’a pas vu venir l’échec de son projet. « Je ne pensais pas que je n’obtiendrais pas la majorité. Cela m’a surpris »

C’est qu’en vérité, la République n’est pas à l’image de l’entreprise, et il l’a compris, après un an d’exercice de pouvoir. « Le Bénin, c’est l’ensemble des volontés (…) », avoue-t-il, réaliste !

Ce qui semblait échapper au président de la république, alors faiseur de roi, c’est qu’à la touche, on est bon joueur. Mais, une dois sur le pré, les donnes changent. Des pans du jeu échappent au joueur sur le terrain, des actions lui échappent. Pour voir la totalité des actions du jeu, le joueur devra visionner les vidéos pour tout voir. Talon lorsqu’il était faiseur de roi, maîtrisait tout ou presque. Il pouvait tout prévoir à l’avance sur les intrigues politiques. Mais, désormais qu’il lui-même roi, plus rien ne sera comme avant, comme quand il était dans l’ombre et tirait les ficelles. Qui va à la chasse perd sa place.

Marqué par cette épreuve, il a d’ailleurs donné le ton de ce que sera désormais sa gouvernance. « Désormais, je ferai la politique », a-t-il laissé entendre! L’homme qui semblait ferme et précis sur la question du mandat unique est devenu évasif et promet désormais aviser en 2021 s’il sollicitera à nouveau le suffrage universel pour un second mandat.

Le 1er août 2016, à l’occasion de la commémoration du 56ème anniversaire de l’accession du Bénin à la souveraineté internationale, l’homme s’est prêté aux questions des journalistes, acteurs de la société civile, étudiants, commerçants, enseignants et autres.Face à l’assistance qui voulait connaître sa position en cas d’un éventuel rejet du mandat unique proposé dans le cadre des réformes politiques et institutionnelles, il répondit sans hésiter « Dans tous les cas, je ne ferai qu’un seul mandat ».

Aujourd’hui, rien n’est plus certain. Il lui faudra attendre 2021 qui est désormais loin avant d’aviser s’il se représentera.

« Je n’ai pas d’aversion pour la fonction présidentielle », se justifie-il., avant de conclure que « comme mon projet de révision n’est pas passé, je ne vais me soustraire à la règle générale ».

En vérité, ce n’est pas facile le pouvoir. Mais cela donne des envies d’y rester plus longtemps que promis (et prévu).

Si on se rappelle tous ses arguments et toutes ses déclarations sur les mérites du mandat unique et les effets pervers du renouvellement de mandat, sa position actuelle est la preuve que le pouvoir peut transformer des convictions en illusions.Laquelle transformation conduit de plus en plus de présidents à vouloir s’éterniser au pouvoir en sautant le verrou constitutionnel de limitation des mandats.

En se justifiant que comme le projet de révision de la constitution pour instaurer le mandat unique n’est passé, il ne va pas se soustraire à la règle générale autorisant deux mandats dans la constitution de 1990, Talon donne raison à ceux qui, après 2 mandats constitutionnels, envisagent de sauter le verrou pour y demeurer à vie. Car, réviser la constitution pour sauter la limitation des mandats devient aussi une règle sur le continent africain.

A l’épreuve du pouvoir, les masques sont tombés !

Césaire Sèdagondji (contribution)

Commentaires

Commentaires du site 8
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    Cathie 6 mois

    C’est un coup très dur que Talon a reçu, surtout pour la mise en oeuvre du PAG qui est conditionnée par le vote du projet de la constitution. Figurez-vous qu’à ce jour, la loi PPP (Partenariat Public Privé) n’est pas promulguée, parce que rejetée par la Cour Constitutionnelle. Tous les contrats passés à travers cette loi PPP sont nuls et n’ont aucun effet. Or, la réalisation du PAG repose essentiellement sur la signatures des contrats PPP. D’où l’embarras de Talon par rapport au rejet du projet de la constitution. Talon est dans l’impasse pour son projet PAG. Les semaines à venir nous réservent beaucoup de surprises.

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      Gont Gont 6 mois

      Analyse très pertinente et lumineuse. J’avoue que je n’avais pas vu les choses sous cet angle.

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    sonagnon 6 mois

    Pourquoi les gens font preuve de complaisance vis à vis de Patrice TALON???!!!!

    Qui peut oser dire honnêtement qu’il est un businessman man à succès???

    Il a réussit quoi???
    A truander, à vo.ler et à violer la légalité!!!

    C’est un exemple de succès???

    Les mots ont leurs sens, et la complaissance et l’utilisation inapropriée de certains mots font le lit de l’impunité et l’apologie du mal.

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      Ménaho 6 mois

      Oui, vous avez raison. Talon est un m-a-f-i-e-u-x à la tête du Bénin. C’est grâce à la m-a-f-i-a qu’il est devenu riche. Devenu Président de la République, Talon continue à utiliser la même recette de la m-a-f-i-a en achetant 60 députés à l’Assemblée Nationale. Il a failli réussir son coup, malheureusement certains députés proches du pouvoir, ont rejeté le projet de la constitution. Aujourd’hui, Talon est dos au mur pour trouver plus de 9000 milliards et créer 500.000 emplois avec son PAG en 4 ans. Ne rêvons pas, c’est mission impossible.

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    Gont Gont 6 mois

    Talon n’est pas encore à l’épreuve du pouvoir.Non! Non! Non! Il n’a encore rien vu.

    Je crois qu’il aura le temps de goûter aux “délices” de l’épreuve lorsque les grèves perlées, les marches et autres manifestations vont commencer face aux nombreuses frustrations qu’il a créées dans la société.

    Il aura le temps de se rendre compte que toutes ses décisions irréfléchies, inhumaines, anti-sociales, ses licenciements sauvages, ses casses irréfléchies, dans lesquelles des personnes ont perdu des parents, des amis, leurs économies, leurs biens, etc vont lui revenir au visage tel un boulet.

    Et c’est en ce moment qu’il saura et comprendra qu’il n’est rien et que même son argent; toute sa fortune ne lui saura d’aucune utilité.

    Qu’il se rassure, en ce temps l’armée; la police ne lui seront d’aucun secours car cette armée est républicaine et le lâchera au moment opportun.

    Même le feu général Kérékou qui était militaire n’a pas pu faire le poids face au peuple.De même, si les Blaise Compaoré,Hosni Moubarak, Ben Ali, Mouhammar Khadafi ont été vaincus malgré toute leur fortune et leur puissance militaire, ce n’est pas lui qui y échappera.

    Talon ne perd rien pour payer tout le mal qu’il a fait à ce peuple.

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      aziz 6 mois

      Si entre temps ..comme il sait le faire..il ne s’est pas déguisé en p ute nigeriane…pour fuire

      De toute façon..il peut partir…mais sans nos blés..n’est ce pas

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        Gont Gont 6 mois

        Grand frère Aziz,

        Cette fois-ci il ne pourra pas s’enfuir car il sera lâché de tous.

        L’avenir nous le dira.

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    Totchénagnon 6 mois

    Je partage entièrement cette analyse. D’ailleurs, cet échec révélera les réelles motivations de ce changement. TALON vient par son attitude vient donner raison à ceux qui pensent qu’il mettait par ses réformes le Bénin dans une instabilité politique totale. Si lui, par coup de force réussissait à défoncer cette constitution, qu’est-ce qui empêchera son successeur de revenir là dessus et de proposer même plus de deux mandats ? TALON voulait simplement nous montrer que, j’ai la majorité des députés en poche, je peux en faire ce que je veux. Hélas, l’âme de ce pays ne l’a pas voulu. S’il le veut, il n’a qu’à se préparer pour 2021. Dieu nous prêtera vie et il découvrira le vrai visage du béninois qu’il ne connaît pas encore ou qu’il feint de connaître.