Examens de licence/master au Bénin: Motion de protestation des étudiants du privé

Examens de licence/master au Bénin: Motion de protestation des étudiants du privé

Les étudiants des établissements privés de l’enseignement supérieur, sont sortis ce vendredi 19 Mai 2017 de leur mutisme, pour donner leur avis sur la réforme relative à l’organisation des examens nationaux.

Crises dans l’enseignement supérieur au Bénin: Le Cames dans de beaux draps

Regroupés au sein du Collectif des Etudiants des Etablissements Privés d’Enseignement Supérieur (Ceepes), ils se sont insurgés contre cette décision et ont réclamé la suspension sans délai de ladite réforme.

L’organisation d’examens nationaux en Licence et Master pour les établissements privés d’enseignement supérieur, n’est pas du goût des étudiants de ces universités. Ils l’ont fait savoir ce vendredi 19 Mai, lors d’une assemblée générale. Pour ces étudiants venus entre autre d’écoles privées telles que l’Isma, l’Esae, Les cours Sonou, et réunis au sein du Collectif des étudiants des établissements privés d’enseignement Supérieur (Ceepes), l’organisation des examens est contraire aux dispositions du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (Cames), dont fait partie le Bénin.

Les griefs

A en croire le vice-président et porte-parole du collectif, Elie Tchaby, « le Cames précise que les Licence et Master sont des examens nationaux, dans le sens où ils font l’objet d’un arrêté d’habilitation du Ministère en charge de l’enseignement supérieur de chaque pays ». Ces diplômes s’obtiennent par validation de crédit (180 crédits à raison de 30 par semestre sur 6 semestres. Pour ces étudiants, le système proposé par le ministère et qui exige l’organisation d’un examen dans 03 matières (non encore connues) sur 80, entrave «la mobilité des apprenants en cours d’étude, et la personnalisation de leur parcours » car expliquent-ils, «les diplômes proposés ne sont reconnus par aucune instance d’habilitation nationale et internationale ».

En plus du fond, les étudiants se sont également attaqués à la forme du projet. Pour eux, le chronogramme proposé n’est pas conforme avec celui de leurs établissements qui coure jusqu’en décembre 2017. Ils estiment aussi que les épreuves de l’examen ne s’harmonisent pas avec le programme exécuté dans les écoles concernées. Par ailleurs, ils se disent consternés par les frais de 25 000 Fcfa et de 85 000 Fcfa demandés respectivement aux étudiants béninois et étrangers, pour leur participation à l’examen. Le paiement de ces frais vient augmenter le coût total de la formation, indiquent les étudiants. C’est aussi une violation des directives de l’Uémoa et du Cames, qui « prônent le traitement égalitaire » de tous les étudiants. Ces étudiants condamnent également l’organisation des examens pour les étudiants du privé uniquement.

Les revendications

Se basant sur tous ces précédents et s’adressant au Président Patrice Talon, le collectif a exigé « la suspension immédiate de la réforme pour les seuls établissements privés d’enseignements du supérieur », puis l’abrogation du décret instituant les examens nationaux et tous les actes y relatifs. Ils se disent cependant prêts pour « l’adoption d’un socle de référence commun en matière de qualification, reposant sur un système de crédits d’évaluation, garantissant à la fois capitalisation et transférabilité », pour un système de formation plus performant.

Les étudiants du collectif ont reçu le soutien de leurs pairs du secteur public, représentés par les présidents des organisations estudiantines Fneb, Uneb et Unseb. Ils envisagent organiser sous peu une grande marche de contestation suivie d’un sit-in au Ministère de l’enseignement supérieur, si rien n’est fait❒

Motion de protestation des étudiants des associations estudiantines des établissements privés d’enseignement supérieur contre les examens nationaux et le paiement de la somme de 25 000 FCFA pour s’y inscrire

Considérant que les pays du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES) et les pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) dont le Bénin, ont adopté le système Licence-Master-Doctorat (LMD) depuis 2007 et se sont engagés à coordonner leur politique pour atteindre les objectifs pour construire un espace africain de l’enseignement supérieur désenclavé, harmonisé et rénové;

Considérant que les universités publiques et privées se sont engagées dans le processus de refonte de leur offre de formation, avec comme objectif de faciliter la reconnaissance académique et professionnelle des diplômes, afin de permettre aux apprenants de faire valoir leurs qualifications, leurs talents et leurs compétences au niveau international;

Considérant que le document de référence du système LMD mis à disposition par le CAMES précise que les Licence et Master sont des diplômes nationaux, dans le sens où ils font l’objet d’un Arrêté d’habilitation du Ministère en charge de l’Enseignement Supérieur de chaque pays ;

Considérant que le système LMD est fondé sur la semestrialisation des parcours de formation et l’établissement d’un système de crédits d’évaluation capitalisable et transférable;

Considérant qu’ainsi, les grades de Licence et de Master sont obtenues par validation de crédits ;

Que pour obtenir le diplôme de Licence, il faut obtenir 180 crédits (soit 30 crédits par semestre pour 6 semestres) ;

Qu’au lieu d’adopter un socle de référence commun en matière de qualification, reposant sur un système de crédits d’évaluation garantissant à la fois capitalisation et transférabilité, le Ministère de l’Enseignement Supérieur du Bénin a donné les preuves de sa méconnaissance du système LMD en proposant des examens nationaux qui n’existent nulle part dans le monde;

Que ce système, qui exige que les étudiants passent un examen dans trois (03) matières sur  quatre-vingt (80) matières à une période spécifique de l’année, entrave le principe de la mobilité des apprenants en cours d’études et de la personnalisation de leur parcours, en fonction de leur projet professionnel et personnel;

Que les diplômes de Licence et de Master proposés par le Ministère de l’Enseignement Supérieur du Bénin ne sont reconnus par aucune instance d’habilitation nationale et internationale et que par conséquent tous les diplômés qui passeront cet examen n’auront pas de mobilité internationale;

Que le Ministère de l’Enseignement Supérieur du Bénin ait attendu la fin de l’année pour instaurer un examen dit national alors que nous sommes inscrits déjà dans un programme de formation et nous avons reçu du Comité scientifique de nos Universités le règlement des examens ;

Que le chronogramme proposé pour l’examen en août entre en conflit flagrant avec le chronogramme semestrialisé de nos universités privées qui courent jusqu’à décembre 2017 ;

Que les épreuves de cet examen ne sont pas harmonisées, en raison du programme effectivement exécuté par chacune de nos universités mais en fonction du programme bidouillé par le Ministère ;

Que avec cet examen national, la licence se fera en réalité en 4 ans ou 5 ans au lieu de trois (03) années à cause d’un examen national mal pensé ;

Que ignorant la situation socioéconomique actuelle de notre pays caractérisée par la montée du coût de la vie et la baisse du pouvoir d’achat de toutes les catégories sociales, en particulier de nous, étudiants, qui dépendons pour la plupart de nos parents, la Ministre de l’Enseignement Supérieur du Bénin Madame ATTANASSO Marie-Odile demande 25.000 FCFA pour que les étudiants prennent part à cet examen national improvisé;

Que le paiement de ces 25.000 FCFA exigés n’avaient initialement fait l’objet d’aucune prévision budgétaire et viennent ainsi grever le coût total de la formation à supporter par les étudiants;

Que ces frais ne sont qu’une décision unilatérale des autorités chargées du secteur, sans aucune concertation préalable avec les établissements privés, les étudiants et les associations de parents d’étudiants;

Considérant la large désapprobation observée dans les milieux estudiantins, tous établissements confondus, et la montée croissante du mécontentement due au paiement de ces frais et des ces examens dits nationaux;

Attendu par ailleurs que dans sa diatribe au cours de la conférence de presse du lundi 15 mai 2017, la Ministre ATTANASSO déclare « Somme toute, l’organisation des examens nationaux est, en l’état actuel des défis qui se posent au système, la meilleure réforme pour assainir le secteur. Elle permettra entre autres, de réduire substantiellement les inégalités et injustices observées, d’assurer l’équité de fait à tous les apprenants et enfin de légitimer davantage le travail remarquable que font les EPES » ;

Attendu qu’il est paradoxalement curieux que, pour réduire les inégalités et injustices et assurer l’équité, la ministre demande 25.000 F CFA pour un examen, alors que les étudiants et leurs parents peinent à s’offrir dignement un repas par jour ;

Attendu qu’elle veut, au nom de l’équité, faire perdre une année supplémentaire blanche aux étudiants qui sont ainsi bloqués juste pour composer trois (03) épreuves dont les matières sont inconnues à ce jour ;

Au nom de quelle équité et de quelle égalité, la Ministre Marie-Odile ATTANASSO veuille faire payer pour les examens nationaux 25000 FCFA aux béninois  et 85000 FCFA à nos frères non béninois en violation des Directives de l’UEMOA et du CAMES qui prônent le traitement égalitaire pour faciliter la mobilité de nos frères africains.

Pourquoi doit-on faire payer à nos frères centrafricains, togolais, congolais, burkinabé, sénégalais, tchadiens, des frais différents alors que le Président Patrice TALON vient de rendre gratuit les visas de circulation.

Pourquoi la Ministre Marie-Odile ATTANASSO pense que les établissements publics sont supérieurs aux établissements privés, alors que le Président Sénégalais Macky SALL affirme aux assises de l’Enseignement Supérieur, que les établissements publics et privés sont d’égale dignité ?

Attendu que la Ministre ATTANASSO affirme aussi que: « les examens nationaux offrent une historique  opportunité et une chance pour la formation de ressources humaines de qualité » ;

Attendu qu’elle ne nous démontre pas en quoi un examen national peut améliorer la qualité de la formation, alors que l’adage populaire connu de nos parents paysans dit : on ne récolte que ce qu’on a semé.

Attendu qu’au lieu que sa réforme concerne l’évaluation du système de formation en vue de la rendre performante, la formation de nos enseignants à la pédagogie active, la création des conditions favorables pour un meilleur encadrement et  équipement des salles de TP, des laboratoires et la création de filières porteuses en relation avec les besoins de compétences exprimées, elle veuille évaluer  les apprenants que le ministère n’a pas formé.

Attendu en outre que la méconnaissance du système LMD par le Ministère de l’Enseignement Supérieur est à leur comble quand le Directeur Adjoint de Cabinet déclare sur Canal 3 qu’ « un semestre en LMD est de 6 mois » alors que cela équivaut en vérité à 30 crédits pour 14 à 16 semaines de travail global de l’étudiant.

Qu’il y a lieu de constater que nos conducteurs ne connaissent pas le code de la route.

Ainsi, le Collectif des Etudiants des Etablissements Privés d’Enseignement Supérieur du Bénin, réuni en assemblée générale le 19 mai 2017, demande au Président Patrice TALON :

La suspension immédiate de la réforme des examens nationaux pour les seuls établissements privés d’enseignement du supérieur ;

L’abrogation du Décret instituant les examens dit nationaux et tous les actes qui en découlent;

En tout état de cause, le Collectif des Etudiants des Etablissements Privés d’Enseignement Supérieur appelle à la mobilisation générale de tous les étudiants et des parents pour dire « NON » à ces examens dits nationaux, mal pensés et contraires aux normes nationale et internationale du système LMD;

Demande à tous les camarades étudiants de se tenir également mobilisés pour une opération d’envergure de tous les Etablissements privés et publics du Bénin.

Demande à tous les camarades étudiants de participer à la grande marche suivie d’un Sit-in au Ministère de l’Enseignement Supérieur pour dire :

« NON » à l’injustice,

« NON » à la perception des impôts chez les Etudiants,

« NON » au rançonnement des pauvres étudiants,

« NON » à la promotion de la précarisation et du  chômage des jeunes.

OUI pour une évaluation du système de formation en vue de le rendre performant.

Vive le LMD !

Vive l’Education pour tous

Cotonou, le 19 mai 2017

Le Collectif desAssociations Estudiantines des Etablissements Privés d’Enseignement Supérieur du Bénin.

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