Bénin : Les mémoires d’un infirmier rescapé du Lassa à Tchaourou

Bénin : Les mémoires d’un infirmier rescapé du Lassa à Tchaourou

L’hygiène, une solution efficace contre le virus Lassa

Au contact des malades de la fièvre hémorragique à virus Lassa lors des épidémies survenues au Bénin de 2014 à 2017, certains agents de santé ont été contaminés et en ont perdu la vie.

Mais Vito François Coffi, infirmier diplômé d’Etat à l’hôpital Saint Martin de Papané, l’hôpital de zone de Tchaourou dans le département du Borgou, est l’un des ‘’revenants’’. Retour sur un vainqueur du Lassa.

Sur les traces du triste épisode des épidémies de la fièvre hémorragique à virus Lassa au Bénin de 2014 à 2017, nous arrivons ce lundi 19 juin 2017, à l’hôpital Saint Martin de Papané dans la commune de Tchaourou. C’est dans le département du Borgou, à 380 kilomètres environs de Cotonou ou 60 kilomètres au sud de Parakou. En cette première matinée de semaine dans ce célèbre centre de l’histoire desdites épidémies au Bénin, nous rencontrons entre autres, Vito François Coffi. 45 ans révolus, l’infirmier diplômé d’Etat en service ici depuis près d’une quinzaine d’années, nous reçoit l’air très heureux. Heureux pas seulement de sa blouse blanche qu’il lui sied, mais surtout, comprend-t-on très tôt, de vivre encore après avoir souffert du Lassa. «Je suis totalement heureux parce que ceux qui sont morts ne sont pas plus pécheurs que moi ; mes enfants et ma famille aujourd’hui me voient» déclare-t-il. Mais derrière son sourire, se cache dans sa mémoire, le souvenir d’une période noire de sa carrière professionnelle. Il l’a connue avec le Lassa, un nom qui sonne toujours mal dans ses oreilles. «Lassa me rappelle un passé amer. Amer dans ce sens que je serais aussi parti de ce monde comme mes collègues et beaucoup d’autres patients. Mais je suis encore avec les miens. C’est la volonté divine.» confie-t-il la tête baissée.

Le 3 janvier 2016 à Papané

«Nous avions eu un contact avec une patiente en son temps, un 3 janvier précisément. Quelques jours plus tard, je me suis senti vraiment mal : une hyperthermie et une asthénie très intenses» se souvient-t-il encore.

C’est le début de l’épisode dans lequel il nous replonge ce matin. Le Directeur actuel de l’hôpital, Dr Emile Kouton Cossi qui était à l’époque médecin en chef et Président du comité de lutte contre les infections nosocomiales, s’en souvient aussi très bien. Il relate : «Je me rappelle bien de ce lundi 3 janvier 2016 à l’hôpital St Martin de Papané. J’étais de garde quand l’infirmier de kassouala –village frontalier avec le Nigéria-, nous a appelés vers 10h. Elle a dit ‘’docteur, j’ai une femme enceinte qui fait la fièvre depuis 15 jours ; je vais vous l’envoyer. Vers 15h la femme est venue et je l’ai examinée personnellement. On l’a ensuite hospitalisée. Le lendemain, la gynécologue qui a fait la garde du mardi au mercredi m’a dit : ‘’Dr Kouton, la dame s’est mise à saigner d’un peu partout dans la nuit, elle est aux urgences’’. Le mercredi, la dame est décédée. Une à deux semaines après, on a constaté que toute une série du personnel de l’hôpital a commencé à avoir la fièvre, précisément ceux qui étaient de garde du mardi au mercredi. Les infirmiers, la technicienne de laboratoire, l’aide soignant. Tout ce monde avait un signe en commun : la douleur de la gorge. Le 21 janvier, l’infirmier de la pédiatrie, qui théoriquement n’a pas eu contact avec la dame est décédé. C’est de là qu’on a alerté les autorités, et que la direction départementale de la santé (Dds) a dépêché une équipe.».

Jusque-là, aucune certitude sur la cause de la mort des deux agents. C’est cette équipe de la Dds qui 5 jours après les investigations et l’analyse des prélèvements, a révélé qu’il s’agissait d’un cas de fièvre hémorragique à virus Lassa. Le jour de l’annonce fut une journée noire à l’hôpital. «C’est comme si le ciel nous était tombé sur la tête, c’était la désolation» raconte le Dr Kouton.

L’instinct et le fameux stylo rouge qui rachetèrent François

Entre-temps, François qui s’était rendu dans son village est rentré à Papanè, et ceci contre la volonté de ses parents qui ont voulu l’envoyer à l’hôpital de Comè dans le département du Mono. Ce fut sa première chance.

«C’est au moment où j’ai effectué un voyage sur Grand-Popo, mon village natal, que la crise a gagné en envergure. Les parents ont décidé de m’envoyer à l’hôpital de zone de Comé, mais comme j’avais sur moi les analyses des collègues avec qui je constitue normalement une équipe de garde, et que j’avais déjà commencé à prendre en consultation avant mon voyage, j’ai refusé. J’ai me suis obligé à revenir ici.»

Revenu effectivement à Papané, François n’est pas resté inactif. Il a trouvé la formule pour signaler l’urgence. C’était le début de sa résurrection. «De retour ici, j’ai fait appel au médecin de garde et actuel directeur. Il a lancé les bilans. J’avais déjà les bilans lancés par le Dr Kotchoffa sur moi, mais que je n’avais pas faits. Je me suis donc saisi du stylo rouge et ai écrit urgent, urgent, urgent, puis je l’ai fait transmettre au labo. Je dirai en résumé que c’est l’instinct qui m’a guidé.» confie le rescapé.

21 jours de traitement comme des années de prison

Les résultats d’analyse de François ont été positifs. Du coup, il fut isolé. «Quand la situation est arrivée, nous avons choisi un endroit que nous avons séparé du reste du personnel et des malades.» informe Gervais Nassouhouèdé, surveillant général de l’hôpital, chargé de la sécurité des agents entre autres. C’était précisément dans le service de chirurgie du Dr Cyrille Agoli-Agbo. Cet isolement a été pour François une prison d’après son récit qu’il livre en ces termes : « A l’hôpital ici, je fais déjà parti des plus anciens. Je suis familiarisé avec beaucoup de gens. Je suis souvent demandé pour des consultations services ou conseils. Mais pendant cette période, je me suis vu éloigner de tout le monde, même ceux qui me semblaient les plus chers ; tout le monde a pris peur, paniqués. C’est un souvenir amer». Il soupire.

C’était en réalité un scandale au sein du personnel, d’après Dr Jacques Emalin Idjakotan Balogoun Kotchoffa, Chef service des urgences médico-chirurgicales.

«Certains ont cessé de travailler, d’autres rendaient plus visite à leurs collègues, or en période de maladie on a plus que jamais besoin de ses proches».

Le Dr Kotchoffa est celui qui a vraiment été au chevet des malades du Lassa, et grâce à qui, avec l’aide de Dieu, l’infirmier François a été déclaré guéri 21 jours après. Il retrouva son sourire. «C’était une joie, une consolation de regagner ma famille, ma maison et mes enfants.» Le reste du personnel aussi retrouve dès lors la quiétude et une fierté. «Quand nous les voyons aujourd’hui, nous sommes fiers d’avoir un personnel qui a été au front, qui a fait la maladie et qui s’en est sorti », déclare le Directeur. «C’est comme des revenants. Les mots nous manquent pour qualifier cela. On se dit simplement que Dieu est grand, et on s’en réjouit», renchérit le Dr Jean Paul Leno, médecin chef du service de médecine général de l’hôpital.

L’irrécupérable

La victime de son côté, ne s’en réjouit pas totalement car, elle a perdu à jamais son physique d’avant le Lassa.

«Je ne suis plus solide et endurant parce que depuis ce moment, j’ai eu un problème de lombalgie, je traîne encore ce mal» regrette-t-il.

La cause à l’en croire, c’est qu’il

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Commentaires

Commentaires du site 1
  • Avatar commentaire
    Tchite' 2 mois

    Triste! Mais que la veille continue, car comme le Ebola,le lassa, apres eradication, reapparait des annees plus et dans d’autres regions du (des) meme pays.