Bénin: Des journalistes et acteurs culturels décryptent l’état actuel de la musique béninoise

Bénin: Des journalistes et acteurs culturels décryptent l’état actuel de la musique béninoise

Invités sur l’émission matinale 5/7 de la télévision nationale à l’occasion de la fête internationale de la musique le mercredi 21 juin 2017, des journalistes et acteurs culturels se sont prononcés sur l’état actuel de la musique béninoise.

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A travers des analyses, ils ont relevé des failles et préconisé des solutions. La musique béninoise n’a pas encore entamé une véritable ascension, mais ses acteurs avec plus de volonté ont de quoi y arriver. C’est en gros ce qu’on peut retenir des différentes analyses des invités du plateau 5/7 de la chaîne nationale, dans la matinée du mercredi 21 juin 2017.

Dans le cadre de la fête internationale de la musique, Donklam Aballo journaliste et ancien manager, Happy Goudou journaliste culturel, Casimir Kpédjo journaliste, et enfin Marcel Doubogan, ont été invités pour se prononcer sur l’état actuel de la musique béninoise.

Pour les débateurs, des artistes talentueux existent dans notre pays, mais beaucoup de raisons font que la musique béninoise a du mal à gagner les cœurs à l’international. Le manque de créativité, l’absence de formation, la qualité des œuvres, les financements, la piraterie, l’absence d’un cadre juridique… sont parmi tant d’autres, les raisons évoquées par ces derniers pour expliquer l’état de la musique béninoise.

Pour l’ex manager Donklam Aballo, ce qui freine l’évolution de la musique au Bénin, c’est le manque de vision et de créativité. Il avoue que les artistes béninois regorgent de talents, mais qu’ils ne créent pas assez de concepts innovants. Pour étayer son argument, le journaliste évoque l’exemple des artistes ivoiriens qui créent fréquemment de nouveaux concepts. « Nos artistes ne créent pas » insiste-t-il.

Donklam Aballo n’a pas manqué de toucher du doigt le cadre juridique qui doit être tracé par le gouvernement pour assurer une régulation du secteur. Dans le même sens que ce dernier, Marcel Doubogan pense que l’Etat doit prendre ses responsabilités en créant des centres de formation. Pour lui, l’absence de formation est la grande cause des problèmes de la musique béninoise. Il préconise une réorganisation du domaine musical au Bénin.

Le débateur soulève la diversité des langues au Bénin qui selon lui constitue aussi un problème. Mais d’un avis contraire, le journaliste culturel Happy Goudou estime que là n’est pas le problème. A l’en croire, on peut ne pas comprendre ce que dit une chanson, mais l’apprécier quand même.

Pour lui, c’est l’orchestration et l’harmonie qui fait la musique. Il estime que les artistes béninois doivent arrêter le plagiat et puiser dans leur patrimoine culturel. Happy Goudou cite en exemple Angelique Kidjo et Youssou N’dour qui eux, n’ont pas eu à faire du ‘’copier-coller’’ avant de connaître une éclosion dans la sphère musicale.

« La musique n’a pas de frontière mais il faut de l’originalité pour une bonne qualité des œuvres », explique-t-il.

Le journaliste Casimir Kpédjo quant à lui aborde l’aspect économique du secteur. Il juge primordial que l’Etat créée des centres de diffusions pour les artistes afin d’inclure efficacement le secteur dans son Produit intérieur brut (Pib).

« Il faut que l’Etat ramène la balle à terre et sollicite l’expertise de gens comme Ernest Adjovi et Angelique Kidjo, qui contribuent déjà, de par leur apport à la culture, au Pib des autres pays » recommande Casimir Kpédjo.

Il faut rappeler que bien d’autres recommandations ont été faites par les débatteurs pour rehausser le niveau de la musique béninoise et la rendre exportable.

Le 21 juin de chaque année, la communauté internationale célèbre la fête internationale de la musique. A cette occasion, des musiciens et mélomanes se retrouvent de par le monde pour commémorer cette journée à travers plusieurs initiatives. Au Bénin, des concerts de célébration, des conférences-débats et bien d’autres activités sont menées pour marquer ladite journée. Mais à la question de savoir quelle appréciation les béninois ont de la musique de leur pays, les réponses sont diverses et variées. Lisez-plutôt.

Sahabi , étudiant

La musique béninoise à mes yeux, surtout celle de la génération montante, souffre de ce que j’appellerais une tricherie musicale. Les jeunes musiciens béninois font le copié-collé des mélodies étrangères, avec une forte influence ivoirienne. Ils veulent ressembler à tel. Or, les ivoiriens en sont à ce stade parce qu’ils ont travaillé inlassablement. Toutes fois, il faut reconnaître les efforts de certains artistes qui font la fierté du Bénin. Je veux parler de l’homme-orchestre, de Zeynab…

Silvie Adjaho, esthéticienne

Les artistes béninois ont encore du chemin à faire. Ils sont parfois talentueux, mais on note des failles dans les clips vidéo. Il faut qu’ils s’entourent d’une bonne équipe de production. Une chose est de savoir chanter et une autre est de se faire adopter par ses fans. On écoute des chansons porteuses de messages dont les clips sont nuls. Du coup vous n’avez plus aucune envie de suivre. Le clip importe beaucoup, et ça les nigérians, les ivoiriens et les camerounais l’ont compris. Prenons l’exemple des vidéos jouées sur Trace Tv, c’est avant tout la beauté du clip qui compte. J’en profite pour faire un clin d’œil à Fanicko qui fait de gros efforts pour se hisser parmi les artistes africains du moment.

Marcelin Padonou, étudiant

Pour moi, la musique actuelle au Bénin est synonyme de dépravation. A part ceux qui font des efforts comme Sessimè, Zeynab, Don Metok et quelques-autres, le reste c’est du bluff. On chante des morceaux qui au lieu de comporter un enseignement prônent la nudité de la femme. Ce qui m’énerve le plus c’est la tendance qu’ont les femmes dans ce secteur de faire une publicité à la dépigmentation. Elles sont à compter du bout du doigt celles qui tiennent à la peau noire. Après quelques mois dans le métier, elles deviennent toutes blanches alors qu’elles y sont entrées noires de teint. C’est déplorable.

Eliane Doukpo, commerçante

La plupart des artistes béninois n’ont pas d’inspiration. C’est les mêmes thématiques. On chante soit pour insulter ou dire combien on est beau, ou encore pour supplier un homme de revenir dans sa vie. Il n’y plus rien d’autre et c’est triste. Je regrette beaucoup l’ancienne génération.

Nadège Accrombessi, revendeuse

La musique béninoise à mon avis n’est pas mal. Ce n’est pas encore ça mais de gros efforts sont en train d’être faits, surtout au niveau de ceux qui font de la musique moderne d’inspiration traditionnelle. Je pense que d’ici là on en aura d’autres comme Zeynab, Dibi dobo, le groupe Tèriba et autre.

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