Jamais de mémoire de Béninois, le Parti social démocratique (Psd) n’a connu une si longue crise. Souvent, elle ne dure guère que le temps de la contestation d’un militant. Cette fois-ci, on est face à un combat de gladiateurs. Et même si la justice s’en occupe, on a bien l’impression qu’on est dans une guerre fratricide, entre deux hommes que tout devrait unir… Sauf les intérêts égoïstes du moment.

L’onde de choc des tergiversations politiques lors de la présidentielle de 2016 semble être à l’origine de la crise qui secoue le Psd actuellement. Bien que le parti ait été victime de l’effet de contagion de la crise à la Rb, il faut noter que la crise actuelle tire ses racines des options faites par le parti, lors de la dernière élection présidentielle. A la manœuvre, Bruno Amoussou, président de l’Union fait la nation (Un) -la galaxie politique dont fait partie le Psd aile Golou vient de l’y soustraire-.

C’est lui qui a conçu et mis en œuvre toute la stratégie brumeuse qui n’a pas permis à la coalition de choisir un candidat à l’interne parmi les deux prétendants et qui a, en plus, empêché la même coalition de soutenir un candidat au premier tour. Pourtant lancée, la procédure de désignation du candidat unique de l’Un comme en 2011 a été un fiasco. Pourtant, deux valeureux militants de l’alliance que sont Eric Houndété et Emmanuel Golou avaient déposé leur candidature et attendaient que le processus soit conduit jusqu’à son terme. Erreur ! A un moment donné, la procédure s’est engluée dans les considérations politiques.

Il fallait chercher mieux à l’extérieur de l’union ou trouver un candidat qui fera le point, et qui dispose d’une assise financière confortable. Et petit à petit, on a vu le président de l’Un, Bruno Amoussou, conduire la procédure à l’abattoir sans trop de bruit. Eric Houndeté, bien que l’alliance Force Clé l’ait investi candidat, ne sera jamais désigné. Idem pour son challenger Emmanuel Golou, président du Psd et de l’International socialiste, section Afrique. L’union a été aussi incapable de désigner l’un des candidats influents à l’externe.

Pour clore le débat, Amoussou fait une apparition à la télévision, quelques jours après celle de son « frère ennemi » Adrien Houngbédji, où il demande aux militants de l’Un de faire le choix d’un des nombreux candidats de la rupture au premier tour. En clair, ils devraient choisir entre Patrice Talon, Sébastien Ajavon, Pascal Irénée Koupaki, Abdoulaye Bio Tchané… Déçu par les options de celui qu’il considère comme son mentor, Golou se recroqueville sur son Psd dont il est devenu le président depuis plusieurs mois après le retrait de Bruno Amoussou. Il fait le choix de Sébastien Ajavon comme candidat du parti.

C’est alors que quelques fédérations et leaders politiques décident d’aller contre le choix de Golou.  Plusieurs maires leur ont emboité le pas. Depuis, les relations entre Bruno Amoussou et Emmanuel Golou se sont bien refroidies. Le premier reproche au second de mal diriger le parti ; le second de l’avoir écarté de la course à la présidentielle.

Une longue guerre fratricide

C’est cette volonté de vengeance au niveau des deux hommes qui entretient réellement cette crise. Bien que Bruno Amoussou et Emmanuel Golou soient parents par alliance, il n’en demeure pas moins qu’ils s’en veulent l’un à l’autre. C’est ce qui explique la

hargne notée dans l’entretien de cette crise que le tribunal a lui-même du mal à régler. Or, il est le seul à pouvoir le faire dans un régime démocratique. La question nodale ici est de savoir si Bruno Amoussou continue d’être, au regard des textes et de la réalité, le président du Psd. Si cette question est tranchée, on pourra savoir de quel côté se trouve la légalité.

Avec les plaintes formulées par les deux camps, on risque d’aller à un procès à rebondissements. Un procès long et inutile qui risque de conduire à l’enlisement des positions et au bicéphalisme annoncé. Cette situation pourrait être favorable à Bruno Amoussou qui, après tout, reste le leader charismatique du Mono Couffo.

Mais, elle est aggravée par la position du ministre de l’Intérieur, Sacca Lafia, qui semble avoir pris fait et cause pour l’aile Bruno Amoussou. En effet, dans une correspondance récente adressée à Emmanuel Golou, le ministre de l’Intérieur a affirmé reconnaître le Psd dirigé par Bruno Amoussou. Dans plusieurs de leurs déclarations, les acteurs du camp Amoussou ont souvent surfé sur la lettre du gouvernement pour se défendre, fixant naïvement l’opinion sur cette question.

A l’allure où vont les choses, seule la sagesse pourrait amener les deux camps et surtout les deux leaders politiques à s’entendre. Autrement, ils réussiront à ensevelir dans les tréfonds de leur haine ce parti qui montre les signes d’essoufflement depuis les deux dernières législatures

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