Bénin : Michel Adjaka, l’empêcheur de « gérer en rond »

Bénin : Michel Adjaka, l’empêcheur de « gérer en rond »

La qualité d’une démocratie, est fonction de l’état des libertés publiques ou individuelles. Les libertés sont consubstantielles à toute démocratie. Autrement dit, si la démocratie est un être humain, les libertés en constituent la santé.

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En ce qu’elles en sont le baromètre, les libertés publiques doivent mériter des pouvoirs publics une attention soutenue, et une permanente protection. En clair, tant que la jouissance desdites libertés n’entrave pas l’ordre public et les bonnes mœurs, l’Etat a le sacré devoir de les protéger et de les promouvoir.

C’est soucieux de garantir ces libertés, que le président Kérékou a toléré le mouvement «Touche pas à ma constitution», et le Président Yayi, le mouvement dit du «Mercredi rouge», dont le seul objectif était de faire descendre dans les rues tous les mercredis quelques citoyens, pour attaquer son régime.

Malheureusement, depuis l’instauration du régime dit de la rupture, ayant pour idéologie la ruse et la rage, les libertés sont constamment bâillonnées et bafouées.

En effet, après avoir tenté de retirer aux étudiants le droit à la liberté d’association, les empêcher de se réunir dans un hôtel, interdire des marches et manifestations pacifiques, perturber les prières musulmanes et réduire la plupart des journaux à la propagande au moyen de titres siamois, le gouvernement s’apprête à en découdre avec la liberté d’expression ou d’opinion de certains citoyens. Au nombre de ceux-ci, se trouve le magistrat Adjaka, président de l’Union Nationale des Magistrats du Bénin (Unamab). Le crime à lui reproché, n’est rien d’autre que sa constance présence sur les réseaux sociaux. Tout se passe comme si le juge Adjaka est le seul magistrat actif sur le net, et si sa présence constante sur les réseaux sociaux, date seulement de l’élection du président Talon.

En réalité, pour cerner les contours de ce vil et futile acharnement contre un citoyen gênant de par ses combats, il y a lieu d’interroger les textes.

L’article 23 de la constitution du 11 décembre 1990, dispose que «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion, de culte, d’opinion et d’expression, dans le respect de l’ordre public établi par la loi et les règlements.».

L’article 9 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, précise que «1-Toute personne a le droit à l’information.

2-Toute personne a le droit d’exprimer et de diffuser ses opinions dans le cadre des lois et règlements.».

La loi portant statut de la magistrature en son article 18, prévoit que «Comme citoyens, les magistrats jouissent de la liberté d’expression, de croyance, d’association et de réunion. Toutefois, dans l’exercice de leurs droits, les magistrats doivent se conduire de manière à préserver la dignité de leur charge, et à sauvegarder l’impartialité et l’indépendance de la magistrature. ».

Ces textes renseignent à suffisance que le magistrat est d’abord et avant tout citoyen. Et en tant que tel, il jouit des mêmes droits que tous les autres citoyens. Seulement, il doit éviter que la jouissance de ces droits ne porte atteinte à l’œuvre de justice. Le magistrat doit donc se garder de prendre position publiquement sur toute question relevant de la compétence de la justice, et de porter atteinte par son expression ou son opinion à la dignité de sa charge.

Ces exigences sont universelles et ont vocation à favoriser une bonne administration de la justice. Mais malgré ces dispositions, en France le 12 avril 2012, l’Union Syndicale de la Magistrature (Usm) a ouvertement critiqué la gestion du président Sarkozy. Le Syndicat de la Magistrature (SM) a carrément appelé à voter contre lui. Si c’était au Bénin, on aurait crié au scandale.

Sous nos cieux, le souci de profiter des positions éphémères du moment pour régler des comptes aux rares voix dissidentes du pays, incline à tout confondre pour mieux sévir, afin de véhiculer la fureur et la terreur. L’essentiel est de nuire et de museler.

Vous avez dit violation du statut de la magistrature ?

Et quand la volonté de détruire ou de réduire au silence presse, point de temps à la réflexion ou la quête de preuves solides. Loin d’avoir une peur inconsolable d’un citoyen dont les combats ne datent pas d’hier, le gouvernement ferait œuvre utile en révélant les dossiers dans lesquels le magistrat Adjaka a publiquement pris position sur les réseaux sociaux, en violation de son serment.

Mieux, en quoi la liberté d’opinion ou d’expression du magistrat Adjaka empêche-t-elle la justice de jouer convenablement le rôle qui est le sien dans la République ?

En réalité, ce qui gêne c’est moins la présence du magistrat sur la toile, que son action contre les manœuvres liberticides du gouvernement qui a inondé les réseaux sociaux de ses thuriféraires, incapables du moindre raisonnement cohérent.

Par ailleurs, le magistrat Adjaka est responsable d’une association syndicale. Comment peut-il assurer ses responsabilités syndicales, s’il n’a pas la possibilité de s’exprimer ouvertement sur les questions qui engagent la vie de la nation?

Que serait devenu le pays si ce magistrat et ses collègues, aux côtés d’autres citoyens, n’avaient pas combattu la révision opportuniste de la constitution ?

En quoi le magistrat est-il indifférent à ce qui touche la cité ?

Pourrait-on parler aujourd’hui de rupture si le peuple n’avait pas investi la toile et les rues pour étouffer la tentative de révision de la constitution du président Yayi ?

Ceux qui œuvrent pour la répression ou la restriction du droit syndical, du droit à la liberté d’opinion et d’expression, feraient mieux de faire de la jouissance de ces droits un crime, et faire condamner à perpétuité le magistrat Adjaka, afin d’être certains qu’il n’écrira plus sur les réseaux sociaux et ne parlera plus.

C’est tout de même curieux que des Béninois ignorent qu’en tant que président de l’Unamab, le magistrat en question bénéficie d’une liberté d’expression et d’opinion supérieure à celle d’un magistrat lambda.

S’agissant de la violation du statut de la magistrature, il y a bien pire qui aurait pu intéresser les moralisateurs du nouveau départ.

En effet, à Dassa le 15 août 2017, des magistrats ont participé à un meeting de vulgarisation du Pag aux côtés du Garde des Sceaux. Après Dassa, le cortège s’est s’ébranlé sur Savalou, pour une activité non moins politique.

Un tel affichage peu ordinaire et indigne d’un magistrat, fait avec la bénédiction du Ministre de la justice, n’est-il pas de nature à faire douter de l’impartialité et de l’indépendance de ces magistrats ?

Or, s’il est une évidence que le magistrat a le droit à une vie privée, il n’en demeure pas moins qu’il doit s’abstenir de tout prosélytisme pouvant porter atteinte à l’indépendance ou à l’impartialitéde la justice ; d’autant qu’il gère l’honneur, la sécurité, la sûreté, les sentiments, les intérêts matériels et parfois moraux de ses concitoyens.

Certes, l’article 12 du statut de la magistrature n’empêche pas le magistrat de mener des activités politiques. En effet ledit article explique que «Les fonctions de magistrat sont incompatibles avec l’exercice de toute activité politique.», mais la loi n’oblige pas le magistrat à démissionner avant d’occuper une fonction politique, car le même article précise clairement que «Tout magistrat avant d’entreprendre des activités politiques ou d’accéder à une fonction élective ou ministérielle, en informe sans délai son supérieur hiérarchique. II est d’office retiré des juridictions. La non observation par le magistrat de cette prescription est passible de sanctions disciplinaires.».

Il est loisible à ces magistrats de se retirer des juridictions et rejoindre le ministre Djogbénou, pour mieux vivre leur état d’acteurs politiques évangélistes du Pag.

Par ailleurs, si participer à une réunion politique n’est pas une violation de ce texte, en quoi le fait pour le magistrat Adjaka de rester longtemps sur whatsapp, est-il de nature à nuire à l’œuvre de justice ou à la dignité de sa charge ?

Voici pourquoi Adjaka gêne !

En quoi la présence sur la toile du magistrat Adjaka est-elle synonyme d’entreprendre des activités politiques ? Est-ce à dire que les millions de Béninois constamment présents sur la toile sont tous devenus politiciens ?

Combien d’hommes politiques fréquentent constamment les réseaux sociaux ?

Si être sur la toile affaiblit le rendement du magistrat Adjaka, il appartient à ses détracteurs d’en rapporter la preuve au lieu de vouloir détruire sa carrière.

En fait, le but de la manœuvre est ailleurs. Monsieur Adjaka est gênant par sa présence à la magistrature, l’efficacité et la qualité de ses combats. Il est redouté et craint, sinon le gouvernement ne s’attarderait pas sur son cas. Le magistrat Adjaka est dans l’œil du cyclone, à l’instar de la famille Soglo, du député Djènontin, du Ministre Koutché, de monsieur Golou, de l’opérateur économique Ajavon et du président Yayi.

Au lieu de s’accrocher aux convictions et ambitions légitimes d’un citoyen, le gouvernement gagnerait à trouver solution à :

  • l’emploi des jeunes,
  • la lutte contre la pauvreté, la précarité et le chômage,
  • le retour à une gouvernance locale apaisée,
  • la réforme du système partisan,
  • la promotion de la bonne gouvernance,
  • l’enracinement de la démocratie et de la liberté d’expression,
  • le contrôle de l’action gouvernementale et la lutte désintéressée contre la corruption,
  • la réforme du système sanitaire, éducatif et agricole,
  • la lutte contre l’insécurité,
  • l’arrêt de la prolifération des marchés de gré à gré,
  • la réparation des citoyens arbitrairement déguerpis des abords des voies publiques,
  • l’amélioration de la liberté de presse.

Ce faisant, le président Talon, comme il l’a souhaité, réussirait à être porté en triomphe à la fin de son mandat

Commentaires

Commentaires du site 9
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    virgile 4 semaines

    Michel ADJAKA n’a proposer une réforme du corps des magistrats. Il qu’à savoir que les magistrats sont des citoyens et non des Dieux qu’on doit vénérer. Des humains donc susceptibles de mensonges et de corruptions.

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    Joeleplombier 4 semaines

    Adjaka fait souvent de la littérature. Il a loupé sa vocation. Prof de littérature.

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      OLLA OUMAR 4 semaines

      En tous cas il est poil â ” ronger ” zut à gratter , dans les culottes des ruptu.c.ons

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    Boni YAYA 4 semaines

    la présente fréquente sur la toile peut diminuer le rendement de travail;

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      GbetoMagnon 4 semaines

      “la présente fréquente sur la toile peut diminuer le rendement…” 🙂 🙂 🙂 “Boni YAYA”, ça c’est un tacle irrégulier 🙂 🙂

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      Amaury 4 semaines

      @Boni yaya,

      Toujours à faire des affirmations gratuites. L’auteur de l’article a déjà écrit que si tel est le cas, il appartient au gouvernement de le démontrer. Point barre !

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    Boni YAYA 4 semaines

    A mon avis le fait que l’on soit constamment accroché a son portable pour des messages ne permet pas d’avoir un bon rendement cela a forcement un impact négatif sur le travail. Pourquoi dans certaines institutions certains sites comme Facebook , men singer etc… sont bloqués afin de permettre a l’employé de ce consacrer a son travail. Ces sites étant sur nos portable comme le WhatsApp l’utilisation fréquente va forcement impacter négativement le rendement au travail.

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    Alléluia 4 semaines

    Si ADJAKA est inquiété, cela signifie que le CHAT est entré à la cuisine. Que deviendrons-nous autres, vers de terre qui ne savons à qui nous confier ? Au moins, Dieu veille au grain et tout ce qui a un début, a également une fin.

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    Wilson 4 semaines

    Belle plume. Bonne semaine de travail a tous