Acquisition de logements sociaux du projet 2009: Les acquéreurs réticents (partie 2)

Acquisition de logements sociaux du projet 2009: Les acquéreurs réticents (partie 2)

Plus de la moitié des 942 villas effectivement achevées ne sont toujours pas occupées. Les acquéreurs sont réticents. A Adjarra, à Lokossa comme à Parakou, ils ne se bousculent pas aux guichets de l’Agence foncière de l’habitat, bras opérationnel de la mise en œuvre du projet. Non sans raisons…

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Les raisons de la réticence des acquéreurs sont nombreuses. Elles sont liées aux coûts des logements, à leur qualité, à la distance qui les sépare des lieux de travail des acquéreurs, à l’insécurité, à des considérations socio-anthropologique, etc…

Du point de vue géographique, tous les sites qui abritent ces logements sociaux à l’exception de celui de Agnivèdji dans la commune de Lokossa (500 m environ de la Préfecture) sont situés à au moins 3 Km des centres administratifs, lieux de travail des acquéreurs.

« Ceci constitue un gros handicap et expliquerait le dégoût affiché par des acquéreurs vis-à-vis de ces logements », analyse Hyppolite Dodji Amouzouvi, socio-anthropologue.

Il considère qu’entre ces logements sociaux et la ville, il y a comme « un désert » et que la viabilisation des sites (disponibilité de voies de circulation interne sur les sites des logements sociaux, de l’électricité et de l’eau) n’est pas suffisante comme offres aux acquéreurs potentiels. «Les endroits où les gens peuvent aller faire des courses, les infrastructures en termes de santé et autres relèvent également du confort qu’attendent les acquéreurs », ajoute-t-il.

Autre raison sociologique : « La mentalité du chez soi pour le Béninois est tellement forte que le tout fourni que représentent les logements sociaux est vu comme un élément allogène. Le Béninois veut lui-même négocier le prix de la parcelle, connaitre les tribulations qui président à la construction de sa maison avec son petit maçon qu’il a à côté et qu’il traine avec lui…Lorsqu’il fait tout cela et après il dit qu’il va chez lui, il se développe entre sa maison et lui un sentiment indéfinissable de bien-être d’avoir réalisé quelque chose de ses propres mains. Or ici, c’est du tout fourni, du prêt à habiter qui ne lui permet pas de vivre l’expérience existentielle d’avoir fait quelque chose », explique Hippolyte Dodji Amouzouvi.

Confort dans les courses

D’un point de vue purement sociologique, l’isolement de ces logements sociaux ne correspond pas à l’organisation sociale de la plupart des communautés au Bénin marquées par une sorte de relation de solidarité, de face-à-face. « Si je dois m’extirper pour aller vivre loin des miens, il y a un poids socioculturel qu’il faut travailler à amoindrir et à alléger. C’est ceux qui ont commis une faute qu’on envoie loin des communautés. Ce bon dosage n’a pas été réglé avant d’aller construire loin des habitations … Allez rester dans ces logements sociaux est vécu par certains comme une punition car toutes les commodités sont dans la ville et dans les logements sociaux, il n’y a qu’un début de commodités mal inspirées », témoigne Hippolyte Dodji Amouzouvi, qui fait observer que «la construction de ces logements sociaux ne répond pas à la sociologie des familles béninoises où les espaces de loisir sont incluses dans les maisons ; or ces villas n’en disposent pas pratiquement». C’est l’avis que partage Sanni Orou Pibou, directeur départemental du cadre de vie de l’Alibori/Borgou. Il relève que les logements construits ne tiennent pas compte de la sociologie de l’habitat dans le Nord-Bénin où les gens n’aiment pas vivre confinés dans un petit espace.

« Nous devons aller au-delà des standards habituels. Dans la construction des logements sociaux, il faut qu’on aille au-delà du plancher qui est de 300 m2. Il faut des espaces de 500 ou 600 m2. Il faut aussi commander une étude pour savoir au préalable les cibles éventuelles en tenant compte de leurs bourses et de statut social », a-t-il averti.

Les prix de cession de ces logements font partie des principales raisons de la réticence des acquéreurs : logement de Type F2 à 8 900 000 FCfa, logement de Type F3 à 11 000 000 FCFA et logement de Type F4 à 12 800 000 FCFA. Ces coûts d’acquisition sont assez élevés. Sur ce point, Komlan Zinsou Sèdzro, préfet du Mono est ferme sur sa position : «il faut revoir ces prix et les adapter à la bourse des fonctionnaires béninois. Ce sont des logements sociaux. Mais les prix de cession n’ont rien de social à mon entendement. Ces coûts dépassent la bourse du fonctionnaire béninois». Et c’est l’une des raisons pour lesquelles ces villas ne suscitent pas d’engouement. Orou Pibou, pour sa part renchérit cette thèse. Il estime qu’arithmétiquement, «très peu de fonctionnaires béninois peuvent sortir 60.000 F Cfa de leur salaire par mois sans en ressentir fortement l’effet ».

Gabin Aclombessi, directeur départemental du cadre de vie du Mono/Couffo ne partage pas l’avis de ceux qui lient la réticence des acquéreurs aux coûts élevés des villas. Pour lui, c’est en tout cas le minimum qu’on puisse débourser aujourd’hui pour avoir ces villas, « surtout que les travaux de viabilisation ont été entièrement pris en charge par le gouvernement à travers son bras opérationnel qu’est l’Agence foncière de l’habitat (Afh) ». Faut-il donc envisager un accompagnement financier ? « Oui ! », répondent en chœur certains acquéreurs. Car les conditions d’acquisition de ces villas sont très contraignantes (voir encadré). Mais en termes d’accompagnement, la plupart des institutions financières exigent des garanties qui ne sont pas faciles à fournir.

Matériaux de construction de mauvaise qualité

Aussi, faut-il douter de la qualité des matériaux utilisés pour construire les logements. La rapidité avec laquelle les murs des villas de Fongba et de Agnivèdji à Lokossa se sont déjà profondément lézardés étonne plus d’un. Il en est de même de la dégradation rapide des tuiles qui ont servi à couvrir l’ensemble des logements construits.

«Les entreprises qui ont construit les villas de Parakou ont été très peu sérieuses en termes de matériaux de construction utilisés. Ils ont utilisé des matériaux inappropriés et à bas prix. Mes agents et moi, nous sommes allés plusieurs fois sur le terrain et ce que nous avons vu est ahurissant. Les tuiles utilisées pour la toiture se cassent facilement à la main. Les bois utilisés pour la charpente n’ont pas résisté aux intempéries. Presque tous les plafonds sont mouillés», constate Orou Pibou.

Il doute carrément de la solidité des logements érigés. Pour M. Imeldus Turibus N’Vèkounou, directeur des opérations de l’Agence d’exécution des travaux d’intérêt public (AGETIP), ces accusations ne sont pas fondées : «Les villas ont été construites avec des matériaux de qualité et dans les règles de l’art. Nous avons dû engager ces travaux, sous la pression du gouvernement d’alors, sans même signer avec ce dernier la convention de Maîtrise d’Ouvrage Déléguée. C’est une fois les travaux achevés et conscients qu’aucune réception provisoire ne pourrait intervenir sans cette convention, et suite à plusieurs courriers échangés avec le Maître d’Ouvrage, que nous avons pu signer cette convention avec l’Etat. Pendant ce long moment d’attente, des dégradations ont commencé à être enregistrées sur les ouvrages. Dès lors, les acquéreurs se rétractent lorsqu’ils savent qu’ils doivent faire face à des charges de rénovation ; rénovation qui n’a jamais été confiée à l’AGETIP-Bénin ».

Il est épaulé dans cette thèse par le directeur départemental du cadre de vie du Mono-Couffo : «On ne peut pas soutenir que ces logements sociaux ne respectent pas les normes en matière de construction dans la mesure où ce sont des experts en urbanisme et en architecture qui ont travaillé à leur réalisation ». Narcisse Soglo, président de l’Ordre des architectes et urbanistes du Bénin situe les ratés à la conception du projet : «L’équipe capable de mener à bien ces initiatives d’intérêt public doit être constituée entre autres, d’experts en sciences humaines et sociales, de professionnels en aménagements du territoire et bien entendu de géomètres experts, d’architectes et d’ingénieurs. Notre connaissance du dossier laisse entendre le contraire. Il est possible que des confrères aient été consultés. A ce niveau, nous laissons parler leur conscience professionnelle et les invitons à exposer les résultats des éventuelles études menées vu que l’opportunité nous est donnée », tranche-t-il, en guise de défi.

L’Agence foncière et de l’habitat quant à elle ne mène aucune opération de communication et de marketing autour du projet. Pendant ce temps, l’insécurité est totale sur les sites abritant ces logements sociaux. Les promoteurs du projet restent désespérément injoignables et les quelques villas achevées et abandonnées aux pillards, tombent en ruine progressivement.

Conditions d’acquisition des logements

Ces conditions sont de deux degrés. Le premier est le crédit-bail, où l’acquéreur fait recours exclusivement à la Banque de l’Habitat du Bénin BHB). Pour ce faire, il apporte 25% du montant du logement et la BHB accompagne à hauteur de 75%. Le second est l’acquisition avec paiement par tranches. C’est ce qui est dénommé la Location-Vente. Dans l’un ou l’autre des cas, il faut : être de nationalité béninoise, ne pas être propriétaire d’un logement sur toute l’étendue du territoire, fournir le dossier de demande, être salarié du secteur public ou privé, être capable de payer le coût du logement selon le niveau de salaire, être capable de verser l’apport initial qui est de 25% au moins du coût de cession du logement, avoir un compte dans l’une des banques partenaires et remplir les conditions d’octroie de crédit bancaire.

 Enquête réalisée dans le cadre du projet « Pour des médias plus professionnels au Bénin » de la Maison des Médias financé par OSIWA

Commentaires

Commentaires du site 6
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    Che Guevara 2 mois

    Des absurdites a faire rire un mort.
    Le benin jardis quartier latin est devenu le quartier cretin. Ca Creve l’oeil tout de meme ces aberrations.

    La cite “vie nouvelle” a Akpakpa n’a jamais connue une telle degradation, ni cite Houeyiho.

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    Tchité 2 mois

    Et pourquoi ne pas parler des villas de Calavi? Tout est bafoue’ par les Administrateurs de l’Etats que nous sommes, dans ce pays. L’Etat, c’est nous. Si on fait bien, on le fait pour nous, si on fait mal, c’est aussi pour nous. Cela’ rattrape tôt out tard.

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    Akindès 2 mois

    Les mêmes absurdités révélées par les logements sociaux de 1998 sous Kérékou avec la direction technique de l’ancien ministre des TP devenu ministre de l’intérieur semblent avoir été reprises. C’est bien dommage. Malgré les rapports existants sur le sujet et mentionnant les responsables de ces graves insuffisances.

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    OLLA OUMAR 2 mois

    Les beninois veulent toujours la vache , le lait et les fesses de la crémière ;
    Ce dossier ne manque pas d’intérêt , qu’on ne vienne pas nous que le benin est un désert de compétence , et que ces ruptu.c.ons tiennent compte de cette analyse bien documentée , dans le projet de combien de logements déjà ??????

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      aziz 2 mois

      Là..tu vas un peu fort..deh

      Tu veux dire nos femmes peuhles donnent leurs fesses…donc
      Astagafirllah..!!!