Communication gouvernementale au Bénin : De l’approximation à la médiocrité

Communication gouvernementale au Bénin : De l’approximation à la médiocrité

En décidant de remplacer les cellules qui géraient les communications institutionnelles par une direction de la communication logée à la présidence, le régime du nouveau départ était loin de réaliser que cette réforme plomberait de façon criante la communication gouvernementale.

La paix par un autre chemin : Un mécanisme de prévention des conflits

A travers les différents régimes présidentiels, du Dahomey d’autrefois à l’actuel Bénin, les journalistes ou communicateurs ont toujours eu une place de choix, par mérite ou par option. Le régime du président Boni Yayi dans sa politique de développement, a accordé à la presse une place privilégiée et fit d’elle un pilier essentiel de sa gouvernance, malgré ses nombreuses tentatives d’inféodation.

Le régime du nouveau départ depuis son installation en avril 2016, a supprimé ce rôle essentiel que les medias jouent dans la vie publique. Des 20 ministères que compte le gouvernement de Patrice Talon, aucun ne possède une cellule de communication (Ccom). En lieu et place, il a été créé une direction de la communication logée à la présidence de République. Elle  centralise et gère les informations de toutes les institutions publiques.

Quelques organes de presse et agences de communications ont été sélectionnés sur des critères clientélistes. Pour obtenir des contrats auprès des institutions publiques, il faudra nécessairement revoir sa ligne éditoriale et l’orienter vers l’apologie des actions du gouvernement. Aussi est-il nécessaire d’insister sur les critères suggestifs comme le népotisme, le régionalisme, etc., exigés par le régime de Patrice Talon. Les différents points de presse et relevés de conseils des ministres sont envoyés aux organes de presse qui ont accepté de faire la promotion du régime de la rupture. L’information qui revient de droit aux professionnels des médias est de ce fait bloquée. La clochardisation des journalistes est de facto évidente. Les journalistes qui critiquent l’action du gouvernement sont soit ignorés, soit intimidés.

L’obtention d’une information auprès d’une autorité est devenue un calvaire. Le droit à l’information ne relève plus que de l’idéal. La direction de la communication logée à la présidence de la république a un fonctionnement lourd et opaque. Et bien évidemment, ses agents ont de véritables difficultés à coordonner l’ensemble de la communication des institutions de la république. L’un des rôles majeurs de ce service est d’organiser et d’assurer les relations qui doivent le lier aux différents organes de presse. La direction de la communication voulue par le président Talon ne fonctionne pas et ne sert pratiquement à rien ; n’est ce pas une institution budgétivore ?

La caporalisation de l’information au sommet de l’Etat et l’absence d’une politique claire de communication gouvernementale, génère depuis quelques mois au sein de l’opinion publique des confusions et des doutes légitimes. Les réseaux sociaux ont pris le pas sur les médias traditionnels et colportent à dessein des rumeurs qui parfois se confirment, et qui font ensuite l’objet ‘’démentis’’ officiels.

Il y a quelques mois, le président de la République a été absent du territoire national pour bilan de santé. Pendant que les médias officiels étaient muets, ce sont les réseaux sociaux qui ont informé l’opinion sur son état de santé. Il a fallu attendre le retour du chef de l’Etat pour avoir la version officielle sur son état de santé. Les différents ministres qui sont intervenus, ont tous apporté des versions contradictoires. Qui pour entretenir le mensonge au sommet de l’Etat, qui pour préciser le jour et l’heure du retour au pays du “Boss”, etc. Néophytes et journalistes s’abreuvent désormais, faute de versions officielles, aux intoxications et rumeurs.

La cellule de communication d’une présidence de la république a l’obligation de faire un communiqué signifiant l’absence du Chef du pays. Un président n’est pas un citoyen ordinaire. Ses déplacements doivent être connus de ses concitoyens. En clair, politique et démocratie riment avec communication, et la communication sous la rupture laisse à désirer. Un président ne peut gérer un pays dans une telle discrétion, comme une entreprise…

Commentaires

Commentaires du site 1
  • Avatar commentaire
    Joeleplombier 4 semaines

    L’idée n’était pas si mauvaise en soi . Seulement ; par clientélisme, on a confié la gestion de la cellule de communication du gouvernement à des amateurs.
    Ne cherchez pas loin le désert de compétences.
    Pauvre de mon pays.