Départ de Paul Issè Iko à la tête de la Cstb : Un grand combattant quitte la scène

Départ de Paul Issè Iko à la tête de la Cstb : Un grand combattant quitte la scène

Depuis le 5e congrès ordinaire tenu le vendredi 8 septembre 2017 à Cotonou, Paul Essè Iko, a quitté le monde de la lutte syndicale. Un départ inattendu d’un activiste dont les actions marqueront pendant longtemps ses compagnons de lutte, et l’ensemble de la  population béninoise.

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Après Dieudonné Lokossou et Pascal Todjinou en fin d’année 2016, le monde syndical au Bénin vient d’enregistrer le départ d’une des figures les plus marquantes de la lutte syndicale de ses 5 dernières années, Paul Essè Iko. Après 4 ans seulement à la tête de la confédération syndicale des travailleurs du Bénin, Cstb, il laisse derrière lui un bilan d’activités de lutte, comparable aux plus de 20 ans d’un autre à la tête de cette même confédération syndicale.

Son nom seulement Paul Essè Iko, suffisait pour susciter la curiosité voire l’adhésion mécanique à une manifestation. L’homme a été de tous les combats de la lutte syndicale, et plus particulièrement de la défense des intérêts des travailleurs. Comme secrétaire de la Cstb, Essè Iko était d’un courage étonnant, doublé d’un franc-parler atypique et triplé d’une témérité mémorable. Il ne reculait devant rien, face aux membres du gouvernement, son intervention était sans ambages, la voix serrée et les propos sans équivoques. Il ne savait pas transiger sur ses positions Lorsqu’il était convaincu de la justesse de son combat, il y allait sans compromission. On dirait que le fondement de sa lutte reposait sur la logique : «ça passe ou sa casse », entendu comme « obtenir satisfaction aux doléances ou poursuivre le combat jusqu’au dernier bout de souffle ».

C’est certainement cette détermination et cette témérité qui lui ont valu de nombreuses divergences avec ses autres collègues, secrétaires généraux des confédérations syndicales. Il ne serait pas exagéré de relever qu’il a entretenu avec ses collègues Sg, durant les quatre ans la tête de la Cstb, une collaboration difficile. De passage sur l’émission « Sans langues de bois», Dimanche dernier, Noel Chadaré, Sg de la confédération des organisations syndicales indépendantes du Bénin, Cosi-Bénin, a tenu sur lui des propos aimables : «c’était un grand combattant qui va encore nous manquer à la bourse du travail… ». Non sans reconnaitre que : « nous n’avions pas toujours la même approche, nous divergions sur certaines questions parce que nous n’avions pas la même perception de la réalité. Cette divergence d’appréciation a conduit une scissiparité des centrales syndicales en deux blocs. L’un constitué des six autres centrales syndicales, et l’autre constitué seulement de la Cstb. Mais même isolés voire marginalisés, Essè Iko et la Cstb n’ont jamais baissé les bras. Au contraire, par ses engagements sur tous les fronts, Essè Iko a hissé la Cstb comme centrale syndicale phare de la bourse du travail.

Essè Iko et la Cstb étaient à toutes les revendications justifiées, surtout à Cotonou. Du syndicat national de la police à celui des douaniers ou encore celui des enseignants du primaire ou du secondaire. Pour ces occasions, il avait trouvé une formule qui tendait à réunir tous les travailleurs : « enseignants, policiers et douaniers, mêmes problèmes, même combat ». Mais Essè Iko ne s’en arrêtait pas là, il était aux côtés des étudiants qui marchaient à Cotonou, aux premiers rangs des manifestations du personnel de la santé, avec les agents du ministère de l’agriculture dont les entreprises ont été liquidées par le gouvernement, aux côtés des syndicats de la plate-forme portuaire… La liste est loin d’être exhaustive. C’est encore Essè Iko qui s’est joint aux membres du front du sursaut patriotique, qui ont d’abord organisé une marche à Cotonou puis passé la nuit devant l’Assemblée nationale, pour protester contre le projet de révision de la constitution.

Le même Essè Iko a été le seul Sg des centrales, visionnaire, qui a refusé de signer la charte sur le dialogue social. Ce qui lui a valu une exclusion par le gouvernement, lors des deux sessions tenues jusqu’ici. Celui qui passe le témoin à son successeur Kassa Mampo, laisse derrière lui des réalisations qui l’inscriront dans la postérité. Reste à savoir si ses successeurs pourront garder la barre haute. Il y a cependant une grande curiosité sur ce départ inattendu et surprenant de Essè Iko de ses fonctions, lui qui n’a fait qu’un seul mandat… Aurait-il atteint selon les textes la limite d’âge, ou d’autres facteurs auraient-ils concouru à son départ brusque ? Bien d’écheveaux que nous nous proposons de démêler dans nos prochaines parutions

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