La musique africaine en question

La musique africaine en question

Osons le dire : la musique africaine commerciale ne se porte pas mal. A en juger par le nombre toujours plus croissant de musiciens. A en déduire du fulgurant développement de la production discographique.

Ecole de vie, école de la vie

L’Afrique fait danser l’Afrique. L’Afrique fait danser le monde. Il faut craindre que ce constat premier ne soit le bel arbre qui cache la forêt dense des problèmes. Beaucoup d’Africains sont appelés sur la scène continentale de la musique.

Mais combien sont-ils à bénéficier des faveurs des muses pour conduire une carrière musicale dans les règles de l’art ? Nous parlons de musiciens dûment formés, sachant lire et écrire la musique. Nous parlons de musiciens agissant comme de véritables chefs d’entreprise. Nous parlons de musiciens qui peuvent se compter comme des membres d’un collège managérial de producteurs et de créateurs. La musique, comme produit marchand, est une industrie.

Le général De Gaulle disait Des chercheurs, on en trouve. Mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche. Parodiant l’homme, nous dirons pour notre part : Des musiciens en Afrique, il y en a. Mais la musique africaine qui nourrit son homme de musicien, on nourrit l’espoir d’en avoir.

C’est vrai, beaucoup d’Africains vont à la musique faute de mieux. On s’ouvre un sentier improbable dès lors qu’on s’est convaincu qu’on a une belle voix ou qu’on sait gratter une guitare. D’autres se laissent porter par les vagues éphémères de la mode.  D’autres encore sont des produits de saison. Ils se prêtent à une croissance artificielle, à une maturation rapide. S’en charge l’ordinateur, en tant qu’agent producteur d’OGM musical (organisme génétiquement modifié). D’autres enfin sortent d’insolites couveuses. Ils sont fabriqués par des DJ de boîtes de nuit ou des animateurs de médias complaisants.

Il est temps que la musique africaine ou la musique en Afrique, sans être embrigadée ni téléguidée, entre dans le portefeuille d’action des Etats. La musique doit faire l’objet de politiques officielles systématiques de promotion et de développement. Cela commence par l’institutionnalisation, dans nos écoles de l’enseignement et de l’éducation artistique et musicale. Est incomplète la formation de ce citoyen qui n’a pas eu à éprouver sa sensibilité sur les grilles de la musique.

La défense et la protection des droits de nos musiciens-créateurs revêtent la même importance. Nous parlons de droits d’auteurs et de droits voisins. De formation et de perfectionnement. D’éligibilité à un Fonds de développement de la musique pour encourager la recherche et l’équipement, pour soutenir la création et la production, pour accompagner les échanges dans le cadre de la coopération culturelle…La sécurité sociale de l’artiste-musicien nous importe (santé et retraite notamment).

Mais il revient d’abord et avant tout aux musiciens africains eux-mêmes d’impulser le mouvement en commençant par se discipliner et par s’organiser. On dit, à tort ou à raison, que nos musiciens, parce que trop sensibles, parce que trop individualistes, ne savent pas se mettre ensemble pour faire éprouver leur force sociale comme un bloc d’intérêt.

Au Bénin, par exemple, les rangs des artistes-musiciens sont gangrenés par de faux conflits de génération, par de bien bêtes querelles des anciens et des modernes. La jalousie entre artistes empêche toute franche collaboration. Pullulent, dans une incroyable dispersion des forces et des énergies, les “rois de ceci”, les “rois de cela”. Des rois sans trône ni sceptre.

A ce jeu malsain, c’est la médiocrité qui s’installe là où on est en droit d’attendre excellence et explosion des talents. Le public n’entend plus alors que les sons discordants des instruments de musique, que les voix enrouées de ceux qui se sont disqualifiés pour rendre un quelconque culte à la musique. La musique est mélodie. Elle est rétive à tout désordre. La musique est harmonie. Elle s’interdit toute pagaille. La musique est communion. Elle est élévation et concélébration.

Que le renouveau de la musique en Afrique habite les cœurs et rejaillisse sur cet art noble. C’est la seule et unique condition pour relancer la musique et donner des raisons de croire et d’espérer à tous ceux qui s’y dévouent. Nous avons donc du pain sur la planche. A l’image de ce joueur de kora qui caresse les multiples cordes de son instrument. A l’image également de ce joueur de “jimbé” qui fait vibrer les voûtes du ciel. L’optimisme est permis. Pointent à l’horizon les premiers feux d’une aube nouvelle.

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