Contradiction, quand tu nous tiens !

Contradiction, quand tu nous tiens !

Vouloir une chose et son contraire. Le Béninois semble tout entier contenu en cette idée. Une idée qui renvoie à la savoureuse chanson congolaise bien connue :

Des métiers et des mots

Tout le monde veut aller au paradis, mais personne ne veut mourir“. Le Béninois déroule sa vie par une voie accidentée, la voie de la contradiction. Une voie semée de plats, de faux plats et de bosses. La contradiction ? Le Béninois la connaît, l’affectionne, la cultive. Il en fait un acte de foi. Sur la voie des contradictions béninoises, observons quelques escales.

Le Béninois ne sait que trop que le paludisme tue. Cette vilaine affection a marqué toutes nos familles du sceau de ses faits et méfaits. Pourtant, nous entretenons, dans une grande agglomération comme Cotonou, des kilomètres de caniveaux à ciel ouvert. Un nid de moustiques, de virus, de parasites. Un véritable bouillon de culture.

Le Béninois ne sait que trop que l’électricité peut se révéler un danger. Elle n’est pas à laisser en des mains inexpertes. Pourtant, dans tous nos quartiers, courantes sont les extensions sauvages et illégales du courant électrique. Le phénomène dit “toile d’araignée” déroule ses pleins et déliés au nez et à la barbe de qui l’on sait. Silence, on se tue. Pourvu que le courant passe.

Le Béninois ne sait que trop que les sociétés de téléphonies mobiles n’ont rien de philanthropiques. Ce sont des sociétés commerciales. Elles font du chiffre et le Béninois y contribue. Mais au mépris de sa santé, voire de sa vie avec toutes les ondes électromagnétiques qui se propagent ici et là. Qui lui en parle ? Quelles précautions prendre ? Silence, le pays est sous répondeur.

Le Béninois ne sait que trop que “quand le bâtiment va, tout va”. Les édifices publics et privés poussent comme des champignons. Bravo. Mais qui se soucie d’exiger les aménagements nécessaires au profit de personnes souffrant d’un handicap physique ou moteur. Jusqu’à preuve du contraire, ces personnes sont nos frères et nos sœurs. Elles ont des droits.

Le Béninois ne sait que trop que l’Ecole souffre d’une grave pénurie de maîtres. Et dire que ce sont des centaines d’enseignants, chaque année, qui migrent des salles de classe vers les bureaux de l’administration. Qui s’en désole ? Le Béninois a le chic pour se plaindre d’un mal qu’il chérit par ailleurs.

Le Béninois ne sait que trop que son bien être ne dépend de personne d’autre que de lui-même. Pourtant, face aux crevasses qui labourent sa rue, face au dépotoir qu’est devenue sa “vons”, il reste les bras croisés. Il attend passivement le Maire. Comme d’autres attendent Godo. Il ne viendra jamais.

Le Béninois ne sait que trop qu’il est un homme de paix. Il abhorre et réprouve la violence sous toutes ses formes : braquages, attaques à main armée, holdup et autres. Mais Noël venu et comme cadeaux, il comble les tout-petits de jouets qui ne sont que des armes de guerre en miniature. La violence, à l’image d’un bébé, naît dans un berceau avant qu’elle n’embrase tout un pays.

Le Béninois ne sait que trop ce que représente, aujourd’hui, le football. Il est un supporter inconditionnel des “Ecureuils”, l’équipe nationale. Il est, par ailleurs, un coach accompli au fait de tous les schémas tactiques. Au cas où on l’ignorerait, à l’échelle d’un pays, c’est l’équivalent de 11 millions de coachs. Pourtant et malgré cet encadrement massif, les années passent, rien ne se passe et tous nos espoirs trépassent.

Le Béninois ne sait que trop que l’essence de contrebande   est source de grands dangers. C’est une bombe qui nous menace tous. Mais ceux qui la vendent n’ont qu’un seul souci : en vivre. Ceux qui l’achètent n’ont qu’un seul objectif : faire de bonnes affaires. Il y a comme une complicité, une solidarité dans le crime qui déculpabilise tout le monde et encourage l’impunité. Mais un jour, sans crier gare, la bombe éclate : des pertes en vies humaines, des dégâts matériels, des cris de douleurs, un torrent de larmes. Mais le temps cicatrise les plaies. On se calme. On oublie. Jusqu’à une prochaine explosion. Koï gnan ! diront les Fon d’Abomey.

Comme on le voit, la contradiction est à la vertu ce que le mensonge est à la vérité. Qui se contredit ment. Qui se contredit se ment à lui-même

Commentaires

Commentaires du site 3
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    Tchite' 2 semaines

    🙂 Qui se contredit se ment à lui-même

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    Louise 2 semaines

    C’est malheureusement un portrait cache de nous! que faire? attendre les autres ou commencer dans son petit environnement quitte à faire tâche d’huile? on dit également qu’une seule hirondelle ne fait pas le printemps! osons quand même avec le risque d’être combattu.