Expressions de rue, philosophie de vie

Expressions de rue, philosophie de vie

La rue parle. Que dit-elle ? De quoi parle-t-elle ? La rue vibre de tout ce que disent ses usagers qui ne sont que nous-mêmes. Car la rue, c'est l'espace ouvert à Monsieur et à Madame tout le monde.

Voisins et voisinage pour le meilleur

Qu’il nous suffise de tendre l’oreille pour faire moisson d’une foultitude d’expressions. Elles sont loin d’être banales. Elles traduisent des états d’âme. Elles sont teintées d’une vision. Elles portent une pensée. Essayons de les décrypter.

A la question “Comment vas-tu ?” On vous répond : “Je vais à pied”. Une telle réponse est pleine de sous-entendus. Quand on n’a pas les moyens de ses ambitions, il est plus sage de se contenter de ce qu’on a. En effet, nos pieds sont un don de la nature. Si, pour notre mobilité, nous n’avons pas mieux que nos pieds, mettons provisoirement entre parenthèses toutes ces commodités du monde moderne : voitures, engins à deux roues et autres. Du réalisme tout court. Un réalisme teinté de sagesse. Cela revient à se faire une raison. Cela incline à se résigner à admettre ce qu’on ne peut pas changer. Connaissez-vous la fable de “la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ” ? Plutôt folle et insensée une telle entreprise.

“Le pays est sur répondeur”. Le répondeur, c’est l’appareil intégré au téléphone et qui répond aux appels lorsque le destinataire ne décroche pas. Dire que le pays est sous répondeur, c’est soutenir l’idée selon laquelle ceux qui sont en charge de la direction du pays ne répondent plus. Plus de chef de l’Etat, plus de ministres, plus de députés, plus de maires, plus de chefs d’institutions…Nous ne répondons plus de rien.  C’est une machine qui nous répond.  Un pays peut-il tomber plus bas ?  Un pays sous répondeur, c’est un pays sous la tutelle d’une machine, un pays aux ordres d’un robot. C’est la mort de la pensée, synonyme de la mort de l’homme.

“Je suis là en chaîne et en or”. Il s’agit d’un jeu de mot dérivé   de l’expression “En chair et en os”. Celui qui dit “être là en chaîne et en or”, tient à marquer sa présence d’une manière   particulière, en l’affectant d’un coefficient fort. Ce que symbolise à merveille une chaîne en or, un bijou de valeur, voire de grande valeur.

Dans les grandes cérémonies -funérailles, mariages, baptêmes, célébrations diverses – l’hôte du jour, à travers des dépenses   somptuaires, se manifeste à ses convives en mettant en marche la grosse artillerie. Il lui faut être à la hauteur de l’événement. En d’autres termes, il lui faut être là “en chaîne et en or”.

“C’est l’homme qui a peur, sinon il n’y a rien” L’expression nous vient de la Côte d’Ivoire. Elle démythifie nos peurs. Comme pour dire que nous sommes à l’origine de nos propres peurs. Qu’un fait nous intrigue, qu’une situation nous   angoisse, nous perdons aussitôt pied. Alors qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Nous sommes les architectes de nos propres peurs. Sortons la peur du jeu et nous gagnerons le droit de rester maîtres de tous nos enjeux.

“Chacun s’assoit et Dieu le pousse”. C’est l’une des versions de la loi du moindre effort. Nous sommes les créatures de Dieu qui nous a tout donné. Après qu’il nous eut établi dans l’éminente position de “Pères de l’univers” ,Gbèto”  en Fongbé. Voici que nous déboulons sur la scène de la vie avec nos gros sabots, réclamant à Dieu et le beurre et l’argent du beurre. Quel culot !

Ce sont les adeptes de la gratuité qui s’illustrent ainsi. Ils ne    méritent que bien d’être sévèrement taclés par les Gun de Porto-Novo : “Nun so nu dé ma gni ba wa. Akouè wê ho vavo”. Aucune sauce n’est gratuite. Les condiments qui ont servi à l’apprêter et à l’accommoder ont un coût. Il n’est donc ni juste ni sain de vouloir avoir tout à l’œil et sans effort. Il faut sortir de son esprit qu’on peut s’asseoir gentiment, alors qu’on n’a pas eu à mettre la table, et espérer être servi au doigt et à l’œil. C’est contre toutes les lois de la nature. Les Fon nous ont pourtant prévenus : “Gbè do su”.

Nous venons d’entendre la rue. L’avions-nous comprise ? Au-delà des apparences, la rue est une école. Une école particulière. Ici, chacun est son propre maître.

Commentaires

Commentaires du site 1
  • Avatar commentaire
    Tchite' 3 semaines

    Et voila qui est bien élucidé. Je comprends maintenant mieux ces expressions fréquemment utilisées.