Bénin: Maitre Benjamin Soudé parle des arts martiaux et de leur évolution

Bénin: Maitre Benjamin Soudé parle des arts martiaux et de leur évolution

Initiée par l’ex assistant au cabinet du ministère des Sports, Hector Houégban, la première édition de la Journée de la mémoire sportive du Bénin a eu lieu le samedi 25 novembre 2017 au Centre Paul VI à Cotonou.

Bénin: Entretien avec Viérin Dégon, président de la Fba

Benjamin Soudé, instructeur en chef de la fédération béninoise de karaté-do, a donné une communication sur le thème « Les arts martiaux au Bénin : des origines à nos jours ».

Dans cet entretien, il donne son avis sur l’initiative et brosse un peu l’historique des arts martiaux au bénin.

Vous êtes l’un des communicateurs de cette journée. D’abord comment trouvez-vous l’initiative?

Je vous remercie. Je pense que c’est une bonne initiative. Vous savez jusqu’à présent le sport a toujours été considéré comme le parent pauvre de la plupart de nos politiques de développement. Consacrer une journée à la mémoire sportive nationale est une bonne chose et notre souhait est que cela puisse se reproduire avec une grande audience. Car le sport est un élément moteur pour le développement de l’homme et en partant de là pour le développement économique.

Que peut-on retenir du thème que vous avez développé?

Disons que le thème qu’il m’a été demandé de développer est « Les arts martiaux au Bénin : des origines à nos jours ». Je voudrais d’abord dire que quand on m’a demandé cela, je me suis demandé par où commencer, car c’est un sujet très vaste. J’ai retenu faire un peu plus d’historique, et peut-être à une autre occasion faire le développement des sujets et certains points plus importants. L’essentiel est beaucoup plus sur le plan historique.

Disons que les arts martiaux sont arrivés au Bénin dans les années 60 par le biais du judo. Et cela grâce à un coopérant français qui était affecté au lycée Béhanzin. Comme c’était un pratiquant de judo, il a essayé entre autres activités, d’introduire cet art en montant le premier club de judo dans ce lycée.

Mais par la suite, il a essayé de monter un autre club à Porto-Novo près de la lagune, qu’on appelait Lions club. Puis quelques temps après, il y a maitre Ahossou Bernard qui ayant fini ses études en France comme ingénieur des travaux publics, est rentré avec un grade de ceinture noir de judo et a essayé d’asseoir le club qu’on a appelé Cica 2 roues à Cotonou, qui était un ancien magasin de l’Ocbn situé à côté de l’annexe de la mairie aujourd’hui.

Après cela le karaté a vu le jour au Bénin au cours de l’année scolaire 72-73, grâce à deux professeurs d’éducation physique et sportive que sont Kokou Martial du lycée Béhanzin et Rosario de Souza du lycée technique Coulibaly. Ce sont eux qui ont commencé à introduire le karaté dans ces deux établissements.

C’est ainsi que le karaté est rentré au Bénin dans les années 72-73. En 74-75, çà a été le tour du taekwondo avec maitre Pierre Ogoudjobi qui a été engagé à la gendarmerie nationale. Il a commencé par donner des cours de taekwondo à l’école nationale de gendarmerie à Porto-Novo. Puis nous avons eu dans la même foulée, le maitre Agossou qui est arrivé et qui a introduit le kunfu au niveau de Cotonou. C’est ainsi que nous avons commencé.

Grâce à l’appui du ministère des sports en l’occurrence celui qui était directeur national des sports d’alors, Roger Kpossou, nous avons fini par trouver un terrain d’entente pour trouver un cadre permettant le développement de ces sports, parce qu’il n’y avait qu’une fédération, la fédération de judo. Et c’est là qu’il a été créé dans les années 78 et plus, ce que nous avons appelé la Fédération béninoise des arts martiaux qui regroupait le judo, le karaté, le taekwondo et le kung-fu.

Je dois dire que le ministre d’alors, l’actuel Général Kouyami, a été d’une grande utilité. Puis en 92, il y a eu le vote de la charte des sports qui sur le plan organisationnel des fédérations, ne reconnaissait que les fédérations uni disciplinaires. Cela nous a donc amenés à éclater la Fédération des arts martiaux en 4 fédérations, à savoir : la Fédération béninoise de judo, la Fédération béninoise de karaté amateur et la Fédération de taekwondo. Ces trois fédérations ont été créées en 92.

Au niveau du kung-fu il y a eu un flottement. Et ce n’est que deux ans plus tard que cette fédération a vu le jour. Et là, il y avait aussi un problème de leadership parce qu’entre temps le jeune Patrice Kobéna était rentré au pays avec une ceinture noire, et entre lui et maitre Agossou il y avait quelques tensions. En fin de compte, c’est Kobéna qui a été choisi par ses pratiquants pour guider la fédération.

Donc voilà du point de vue historique comment nous sommes arrivés et par la suite, si vous avez suivi l’actualité, on a constaté qu’après cela il y a eu plusieurs problèmes.

Quels sont ces problèmes?

D’abord un problème de leadership. J’ai parlé tout à l’heure de ce qui s’est passé au niveau du kung-fu. Cela a continué pendant plusieurs années. Après, çà a été le tour du judo avec la présence d’autres professeurs d’Education physique et sportive (Eps) en la personne de Saka, avec ce que je peux appeler une coalition des professeurs d’Eps de judo qui considéraient qu’ils devaient être à la première place.

Il y a eu tellement de tensions qu’enfin de compte, on a assisté à l’évincement de maitre Ahouassou Bernard qui a pris sa retraite et qui s’est détaché de toutes les activités. Puis après, le problème est apparu au niveau du taekwondo où l’autorité du maitre Ogoudjobi a été contestée. Et puis c’est comme çà qu’il s’est retiré. Il ne s’est pas retiré à la manière de maitre Ahouassou, puisque lui il a continué à mener ses activités parallèlement. Donc aujourd’hui, nous en sommes là.

Au niveau du karaté même, disons que le problème qui s’est posé est qu’à un moment donné, avec la nouvelle loi, moi j’aurais préféré retenir le poste de directeur technique. Je ne pouvais être président et directeur technique. C’était interdit par la loi. Nous avons permis à ce que nos jeunes élèves puissent prendre les commandes.

Mais par la suite, disons 5 ou 6 ans après, le problème de leadership s’est aussi posé. Nous avons essayé de gérer autant qu’on peut. Donc, c’est à peu près la situation sur le plan historique. Nous avons récemment une autre discipline qui est entrain de s’installer dans le pays qui est le Aïkido, qui pour le moment n’est pas encore dans un cadre formel parce qu’il n’y a pas encore suffisamment d’élèves.

Vous savez lorsque vous devez créer une fédération, il y a un minimum de clubs ou d’associations que vous devez avoir et qui sont répartis sur l’ensemble du territoire. Dons voila, pour résumer, je dirai que les arts martiaux sont bien rentrés au Bénin mais sont confrontés à quatre problèmes : le premier est qu’on a constaté que dans le développement des arts martiaux, l’esprit martial qui est à la base de ces disciplines est en train de disparaitre, effacé par la compétition. Et au nom de cette compétition, nous avons beaucoup de pratiquants aujourd’hui qui vont à vau l’eau.

C’est la disparition de cet esprit martial qui explique les autres problèmes. Nous avons les problèmes au niveau des instructeurs qui font que dès que quelqu’un a la ceinture noire, il s’autoproclame instructeur de karaté, sans avoir toutes les bases. Et donc la matière qu’il a à fournir n’est pas tellement celle qu’il faut. Le troisième problème est un problème de leadership que nous avons souvent lorsque quelqu’un pense qu’il a une certaine aura, il pense que c’est à lui de diriger. Et il fait tout pour pouvoir évincer les autres. Et le dernier problème, c’est celui qu’ont la plupart des disciplines sportives au Bénin.

C’est le problème du support de l’appui qu’on devrait avoir de la part de l’Etat. Voilà à peu près tout ce que j’ai prévu de dire dans ma communication en ce qui concerne l’histoire des arts martiaux au Bénin des origines à nos jours.

Parlez-nous des prouesses réalisées par ces différentes disciplines

Comme je l’ai dit, aujourd’hui c’est la compétition qui est beaucoup plus en exergue et je dirai que  nous avons eu la chance d’avoir un champion du monde en la personne de Dovi Damien, qui est actuellement en France. Nous avons eu au niveau du continent africain beaucoup de réussites dont les toutes dernières sont entre autres la championne d’Afrique féminine Océane Ganiéro, et l’équipe féminine…

Au niveau du taekwondo, il y a eu plusieurs médailles aussi bien sur le plan régional, continental que mondial. Je ne peux pas citer tous les noms. Au judo c’est là qu’aujourd’hui nous avons beaucoup à faire. Le judo qui était la première discipline a connu tellement de problèmes que nous avons très peu de résultats. Je parlerai aussi de quelques résultats que nous avons eus sur le plan du kung-fu, surtout l’année dernière où nous avons eu à l’occasion du championnat d’Afrique le titre de champion d’Afrique.

Voilà ce que je peux citer comme résultats et prouesses. C’est pour vous dire que malgré les problèmes, nous avons quand même des résultats. Et ce sont eux qui encouragent pour que nous puissions continuer d’apporter notre contribution.

Transcription: Jeau-Paul Nouwligbèto

Commentaires

Commentaires du site 9
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    OLLA OUMAR 2 semaines

    Ah ! La belle époque , Me soudé a fait une bonne chronologie de l’histoire des arts martiaux au benin , mais je trouve dommage qu’il n’ait pas citer des gens qu’il a eu à former et qui n’ont pas démérité comme les roch Quenum , les paraïso etc 

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    OLLA OUMAR 2 semaines

    Gbeto , on a dû se croiser sur le tatami de xlacodji , avec maître soudé, j’étais la bête noire à l’époque , et j’en collais de ” Maé-guéri ” à vous étudiants de calavi et du lycée behanzin, les boco ( l’ancien pilote ) n’vekounou etc devraient s’en rappeler ; et je me souviens de la rivalité entre nous élèves de soudé ( shotokan ) et ogoutchobi ( taekoundo ) avec le les aplogan ( le métis ) et amoussouga , la belle époque où j’avais des mahagi-gueri foudroyants ; 
    Alors agadjavi fais gaffe 😡😡😡

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    GbetoMagnon 2 semaines

    Par ailleurs, je voudrais dire que la vision rétrospective de Maître SOUDE “Ben” (c’est le nom et le titre par lesquels toute la communauté des pratiquants le désignait), est juste et représente, rapportée au microcosme des Arts Martiaux, le problème de la société béninoise toute entière: egos et manque cruel de moyens.

    A peine, apparue, chaque discipline a été combattu par la précédente pour la faire disparaître (exception faite du karaté shotokan et du Tae Kwon Do, dont les pratiquants ainsi que Me SOUDE Ben, collaboraient sans animosité).

    Pour le reste, y compris je l’ai appris plus tard le Tae Kwon Do, tout n’a été que clans ou personnes, luttant contre le temps qui passait, pour freiner les générations montantes et durer, sans objectif, sans finalité, pour rien.

    ça ne rassure pas, mais en France c’est pareil, sinon pire et de beaucoup (plus d’argent venu de l’Etat).

    S’agissant des jeunes ceintures noires auto-proclamées entraineurs/instructeurs; si je puis me permettre, il suffit de décréter et d’instaurer un DIF (Diplôme d’Instructeur Fédéral), exigible sous peine de sanction pénale (les Arts martiaux peuvent être dangereux..), à toute personne désirant professer.

    Point n’est besoin d’en faire un concours d’entrée à Polytechnique: – – – l’idée est de s’assurer de la moralité des candidats (Casier judiciaire),
    – de les former aux 1ers secours avec délivrance de Brevet(une matinée chez les pompiers ou par des infirmiers urgentistes, des secouristes Croix Rouge) et,
    – de faire dispenser le tronc commun avant une évaluation pédagogique et technique (comment montrer et apprendre à donner un coup).

    Ce n’est pas la mer à boire, mais c’est un moyen plus qu’éprouvé de garantir un niveau minimum de sécurité (enfants, ados), de probité et de niveau technique.

    Plus il y aura de d’instructeur diplômés, plus les Arts Martiaux se développeront. les béninois ne sont pas plus sots que d’autres, il suffit juste de retourner sans cesse un problème dans sa tête, d’y consacrer du temps; pour avoir la solution et l’adapter en fonction de ses moyens.

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      GbetoMagnon 2 semaines

      “a été COMBATTUE…ainsi que Me SOUDE Ben et Me OGOUDJOBI, collaboraient sans animosité”

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      Un Contributeur 2 semaines

      Excellent commentaire. Bravo Monsieur pour votre lucidité et la pertinence de votre propos.
      Bravo…

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    GbetoMagnon 2 semaines

    SOUDE Benjamin. Un homme respecté dans toute la communauté des pratiquants d’Arts Martiaux au Bénin.

    Dojo du quartier “Xlacodji”, que de souvenirs…: Karaté Shotokan, Judo, Tae Kwon Do, “Kung Fu” (Hum…)

    Pour l’anecdote, des générations de jeunes aspirants combattants béninois ont été formés dans le hangar où BEHANZIN a passé sa dernière nuit sur la terre de ses aïeux, avant d’être déporté.